écoute, bruit, musique

Vous l’aurez compris à mes bidouillages récents sur la synthèse additive, à la réalisation d’un artichaut sonore avec un bout du cri de la girafe, je continue d’explorer des trucs autour de l’écoute, du bruit et de la musique. ALors évidemment, pour alimenter ces expérimentations, j’ai poursuivi mes lectures sur la musique. Voici donc quelques titres qui sont venus rejoindre les précédents sur mon chevet ces dernières semaines.

Tout est bruit pour qui a peur, de Pierre Albert Castanet

Sous-titré pour une histoire sociale du son sale, cet essai très dense emprunte son titre à Sophocle. Je suis loin de l’avoir fini, car il navigue entre sociologie, musicologie, et histoire récente. On y parle de bruit social, de bouleversement des idées, de musique institutionnelle, de musique populaire, de toutes les facettes du son-bruit. Le texte bouillonne d’exemples, un millier de portes ouvertes à qui veut explorer.

Filigrane n°7, intitulé Musique et bruit

La revue Filigrane (Musique, Esthétique, Sciences, Société) propose régulièrement, sous forme de recueil, une série d’articles sur un sujet commun. Ce numéro, datant du premier trimestre 2008 aborde la question de la musique et du bruit. Regroupés en deux parties, les premiers articles abordent à la fois l’aspect scientifique et historique du bruit. J’ai particulièrement aimé lire l’article intitulé « Anthropologie historique de la notion de bruit », qui fait écho à des idées explorées par Schafer dans son paysage sonore. La deuxième partie traite de la place du bruit dans le musique contemporaine. Une belle revue pour s’ouvrir l’esprit sur la notion de bruit.

Voyage de mon oreille, de Claude Ballif

Voilà aussi un livre qu’il faut prendre le temps de lire calmement. L’auteur nous accompagne dans son univers. Avec ce livre, on a l’impression de soulever le rideau, de voir e qu’il y a derrière la partition d’un compositeur de musique contemporaine. On ne parle pas ici de technique, mais de motivations, de construction de la beauté. Étourdissant.

La machine à écouter, essai de psycho-acoustique, E. Leipp

Publié en 1977, cet essai s’intéresse à ce qu’est le son d’un point de vue physique, et propose un modèle permettant de décrire comment l’humain perçoit, traite et analyse les sons, la musique. L’intuition pédagogique géniale de l’auteur, c’est d’assimiler un humain à un ordinateur, avec des capteurs, une unité centrale, etc. Alors certes, les modèles informatiques datent de la fin des années 70, mais je trouve l’ensemble très très accessible.

Le boucher du prince Wen-houei, de Bastien Gallet

Le volume est sous-titré enquêtes sur les musiques électroniques. Rempli de références à des artistes et albums qui jalonnent l’histoire de ces musiques, les pages retracent les différentes influences et connexions entre ces sonorités, à la place des techniques dans la création. Le livre est construit comme un collage de textes publiés précédemment par l’auteur, et permettent d’appréhender la problématique sous nombre de facettes différentes, depuis la technique jusqu’à des problématiques plus philosophiques, liées aux pratiques de ces musiciens…

La synthèse de son additive

Après de nombreux mois à lire sur la musique électronique, sur la manière de faire du son, et à utiliser des logiciels pour en faire, j’avais de plus en plus envie de me lancer dans la fabrication d’un synthétiseur logiciel. Pas un truc révolutionnaire, hein ! Mais quelque chose à visée pédagogique, pour apprendre comment faire du son, et le partager avec d’autres.

Et le hasard faisant bien les choses, j’ai rencontré dans le groupe de recherche Informatique Sans Ordinateur de l’IREM (là où je travaille déjà à des activités pédagogiques) un copain de jeu, Pascal Lafourcade, qui voit en la programmation musicale une manière ludique de former les jeunes publics à l’informatique.

Dans cet article, je vous propose donc de découvrir ce qu’est la synthèse additive, en illustrant mes propos par quelques exemples générés par l’outil que je suis en train de développer, basicsynth.

Le son, c’est quoi ?

Le son, c’est le résultat de la compression puis décompression rapide de l’air (ou de tout autre matériau), que nos oreilles captent, et que l’on peut produire de plein de manières différentes : avec un instrument de musique, un haut-parleur, ou tout objet du quotidien. Pour réussir à en fabriquer avec un ordinateur, il faut prendre le temps de comprendre comment cela marche physiquement.

On peut représenter la compression/décompression successive de l’air par une courbe, où l’axe horizontal serait le temps, et l’axe vertical la quantité de pression, qui peut être négative ou positive. On appelle de telles représentations des oscillogrammes :

Plus le son est fort à nos oreilles, plus l’amplitude de la pression est importante. Dans l’exemple suivant, le son représenté en jaune est identique au son rouge, excepté son volume : il est beaucoup plus faible.

En plus du volume sonore, notre oreille apprend très tôt à distinguer les sons aigus des sons graves. Sur les oscillogrammes, c’est la longueur d’onde qui va varier. Quand la longueur d’onde varie, il n’y a bien sûr pas le même nombre d’oscillations par minute. C’est ce qu’on appelle la fréquence. On a par exemple pris l’habitude d’appeler la la note correspondant à une vibration de 440 oscillations par minute. Sa longueur d’onde est donc de 1/440 secondes. Chaque note usuelle a ensuite sa fréquence. En les jouant successivement, on peut produire une mélodie.

J’ai du bon tabac, synthétisé par une méthode d’échantillonnage de sinus, très basique.

Pour fabriquer ce son, j’ai utilisé la technique de l’échantillonnage. Il s’agit du principe utilisé pour produire du son numérique : on découpe chaque seconde en 44100 intervalles (ce nombre a été fixé au moment de la commercialisation du CD), et on choisi une valeur numérique (correspondant à la pression, la mesure verticale) pour chaque échantillon :

Dans ce premier exemple, le son n’est pas très agréable : on dirait un buz, agressif, peu mélodieux. Il faut donc travailler pour améliorer ce son. La première chose à faire consiste à introduire une enveloppe. Le principe de l’enveloppe d’une note est de faire varier le volume de la note progressivement, pour imiter les sons tels qu’ils sont produits par les objets qui nous entourent. On peut par exemple faire monter progressivement le volume de la note, puis le diminuer progressivement, pour avoir un son très doux :

J’ai du bon tabac, synthétisé avec une enveloppe montante/descendante.

Dans cet exemple, chaque note est jouée avec sa fréquence fondamentale, mais le volume varie, comme illustré ci-dessous :

Dans l’univers de la synthèse musicale, on a pris l’habitude de décomposer l’enveloppe des sons en quatre parties : l’attaque, le déclin, le maintien, et le relâchement. En faisant varier l’amplitude et la durée de chacune de ces parties, on est capable de simuler grossièrement des sons proches de ceux entendus dans notre quotidien, qui sont souvent issus d’une première partie (frottement ou frappe), et d’une seconde partie plus ou moins longue.

Voici le même morceau que précédemment, mais joué avec une attaque et un déclin très prononcée (pour simuler une frappe), un très court maintien beaucoup plus faible, et un lent relâchement :

J’ai du bon tabac, synthétisé en simulant un son frappé, grâce à une enveloppe adéquate.

Cependant, dans la vraie vie, aucun instrument n’est capable de produire un son « pur ». Il y a toujours une foultitude de notes qui se mélangent, pour produire un son riche. Chaque instrument a été conçu pour produire un mélange spécifique de sons, pour chaque note jouée. C’est ce que l’on appelle le timbre de l’instrument. Or, quand on trouve un son harmonieux, c’est souvent que les sons qui viennent compléter la note fondamentale sont des notes dont la fréquence est un multiple de la note fondamentale. Ainsi, la première harmonique d’un la à 440 Hz est un son qui vibre à 2 × 440 = 880 Hz, la deuxième harmonique est un son qui vibre à 3 × 440 = 1320 Hz, etc. En synthèse additive, on peut donc ajouter à chaque fois que l’on joue une note quelques harmoniques, dont on construira une enveloppe beaucoup plus réduite, afin de garder la note fondamentale en avant, tout en l’enrichissant.

En rejouant la même partition que précédemment, et lui en ajoutant quelques harmoniques, voilà ce que l’on obtient :

J’ai du bon tabac, synthétisé en simulant de manière rudimentaire un son de piano, grâce à une enveloppe adéquate et des quelques harmoniques.

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! Si vous voulez vous aussi essayer de fabriquer du son avec mon petit synthétiseur pédagogique, rendez-vous sur la page du projet, où vous pourrez télécharger le synthétiseur ainsi que le script qui a servi à fabriquer les exemples que nous avons écouté. Le tout est écrit en python, et sous licence GPLv3.

Artichauts sonores

Le week-end dernier, j’étais à Bruxelles avec Théo et quelques ami·e·s rencontré·e·s à Utopie Sonore, pour expérimenter autour de la réappropriation de l’espaces public, et de la création sonore. Nous avons convergé vers une forme d’artichaut sonore, à la fois poétique et politique. Pour préparer tout ça, nous étions accueillis à l’ADES’if, et nous logions au 123, deux lieux à découvrir, heureusement bien loin de l’ambiance des marchés de noël à la con.

Découvrez le projet sur le site du cri de la girafe, ou parcourez le mode d’emploi (juste en dessous) pour vous faire une idée des trépidations que nous avons vécues :

Je suis une giraphone

En septembre dernier, j’ai quitté Radio Campus Clermont-Ferrand. J’avais commencé là-bas en 2009, en participant à la Panthère Rouge, sur l’invitation de Lise. J’ai appris plein de choses, dans cette association, en occupant plein de missions : webmaster, technicien, animateur, interviewer, administrateur, président, trésorier… Une école du monde de la radio, et du monde associatif. Difficile d’arrêter si brutalement après 8 ans d’aventures.

C’est pourquoi dès la mi-2017, j’ai commencé à discuter avec quelques amis de plusieurs projets, pour continuer à vivre notre passion du faire ensemble. Et voilà, un premier projet est prêt à être partagé : le cri de la girafe !

Le cri de la girafe, c’est un collectif de gens qui aiment le son et la radio. Le site internet propose d’une part nos créations sonores, disponibles aussi en podcast, et d’autre part un espace où nous partageons nos lectures, écoutes, coup de cœur.

Si le projet a mis du temps à démarrer, c’est parce que nous avions envie qu’il soit vraiment à notre image : nom, site internet, mais aussi autoportraits sonores, le premier défi que nous nous sommes lancés.

Une histoire commence, et nous, giraphones, sommes très heureuses de le partager avec tou·te·s !

Maladie de Batten

La maladie de Batten est une maladie rare. Comme toutes les maladies rares, on a du mal à la comprendre. En fait, même les chercheurs ont du mal à bien la cerner.

Il y a peu en visite en Angleterre pour représenter VML à la BDFA Family Conference, j’ai eu envie de regrouper toutes mes notes sur la maladie, et d’en faire un site que j’espère pédagogique. Il maintenant disponible en ligne à l’adresse http://cln.jmfavreau.info/.