Créer une webradio

Il existe plein de manières de démarrer une webradio. Certaines solutions clé en main polluent votre flux avec des publicités non désirées. D’autres solutions imposent d’avoir un ordinateur personnel qui fonctionne sans interruption à la maison. La solution que j’ai commencé à mettre en place n’a pas ces deux inconvénients. Mais commençons par expliquer ce qu’est une webradio, et comment ça fonctionne.

Qu’est-ce qu’une webradio ?

Une webradio, c’est une radio que l’on écoute grâce au web. Elle est disponible aux auditeurs sous forme d’un flux de son, généralement au format mp3, qui peut être soit lu dans un logiciel ou une application dédiée, soit depuis un site internet, soit grâce à un poste de radio internet (ou radio wifi, quelque chose qui se démocratise de plus en plus).

Quand on créé une webradio, on doit donc être capable d’envoyer le flux de son vers le poste de chacun des auditeurs. Cela veut dire que le serveur de diffusion doit avoir une bande passante assez conséquente, pour pouvoir accueillir tous les auditeurs, comme l’illustre le schéma ci-dessous. Clairement, une connexion ADSL ne suffit pas, il faut louer les services d’une entreprise qui dispose de serveurs à grande bande passante.

Étapes principales de la diffusion d'une webradio

Le serveur de diffusion reçoit quant à lui le son depuis un multiplexeur, un outil qui permet de choisir (ou de mélanger) les sources : soit on propose un direct depuis un studio, soit on diffuse de la musique qui a été programmée. Chacune de ces trois connexions n’étant pas trop gourmande, on peut alors installer au besoin ces serveurs derrière une connexion normale, même ADSL.

La plupart du temps, sauf pour des raisons pratiques, on va choisir d’installer la partie programmation, multiplexage et diffusion sur le même ordinateur, le même serveur physique, installé dans un datacenter. La partie prise d’antenne en direct se réalise généralement depuis un studio en ville.

Et c’est là qu’intervient airtime, qui est un logiciel pilotant liquidsoap, cet outil polyvalent qui fabrique un flux de son à partir de multiples sources. L’interface d’airtime permet de choisir les morceaux qui passeront, et liquidsoap les assemble pour les envoyer ensuite à un logiciel de diffusion, comme icecast par exemple.

Une solution à base d’airtime

Il y a deux ans, j’avais aidé Radio Campus Clermont-Ferrand à déployer une solution d’automation avec airtime. Depuis ce temps, l’entreprise à l’origine de ce logiciel a arrêté de publier les nouvelles versions sous licence libre… À cette occasion, j’avais co-signé une lettre à la communauté pour motiver l’arrivée d’un fork, libretime. Aujourd’hui, libretime est encore en version alpha, aussi je vous invite fortement à préférer pendant quelques temps les versions produites du temps d’airtime.

Configuration du système

Pour pouvoir faire fonctionner sans surprise airtime 2.5.x, il est conseillé d’installer une Ubuntu 14.04 (trusty) 64 bits. Pour ma part, j’ai choisi de prendre un serveur chez Scaleway, à 3 euros par mois c’est très raisonnable. C’est je pense le prix minimum à payer pour avoir une solution complètement indépendante de toute publicité, et pour maîtriser toutes les briques logicielles du streaming.

Attention cependant, cette version d’ubuntu a une version de silan défectueuse : elle se trompe dans le calcul de la durée des morceaux. Il faut donc la remplacer par une version proposée par l’entreprise qui développe airtime :


wget http://apt.sourcefabric.org/pool/main/s/silan/silan_0.3.2~trusty~sfo-1_amd64.deb
dpkg -i silan_0.3.2~trusty~sfo-1_amd64.deb

Une fois la machine installée et ainsi corrigée, on commence donc par cloner la version 2.5.x depuis le github de libretime :

git clone -b archive/airtime/2.5.x https://github.com/LibreTime/libretime.git

Puis on se rend dans le répertoire libretime ainsi créé, et on lance l’installation :


cd libretime
sudo ./install

L’outil d’installation se charge d’installer les paquets manquants, pour rendre fonctionnelle la machine.

Configuration d’airtime

Pour régler correctement airtime, il est nécessaire d’aller dans l’onglet Système, puis de régler le flux de sortie.

Fenêtre de réglage des flux dans airtime

Airtime est installé avec icecast, logiciel qui se charge de faire la diffusion du flux vers les auditeurs. Il suffit donc de régler airtime pour qu’il envoie le flux qu’il produit à l’instance d’icecast installée sur le même serveur. Sur la capture d’écran ci-dessus, c’est le panneau droit qui permet de faire cela. On peut d’ailleurs régler plus d’un flux, par exemple pour avoir différentes qualités d’encodage, ou différents formats (mp3, ogg).

Programmation d’airtime

Ensuite, on téléverse des morceaux dans airtime, puis on créé des blocs intelligents, des listes de diffusion, et enfin des émissions dans le calendrier. Et puis on glisse des listes de diffusion dans les émissions, et c’est prêt à jouer ! Pour plus de détails, je vous propose de consulter la documentation que j’avais écrite pour Radio Campus France à ce sujet.

Petits réglages

Si on a oublié d’installer la version corrigée de silan, les titres joués par airtime seront coupés à la moitié de leur durée à chaque diffusion. On peut alors installer la bonne version de silan, puis utiliser airtime-re-silan, un petit script que j’ai écrit pour corriger les durées des titres déjà importés dans airtime…

À suivre…

Vous l’aurez sans doute compris en lisant ce billet, avec une paire de potes on se lance dans la création d’une webradio, pour ne pas tomber dans la dépression post Radio Campus. Affaire à suivre, donc !

Lectures sur la musique

Je continue ma revue de lecture autour du son et de la création sonore avec quelques pas en direction de la musique. Depuis que j’ai commencé à compiler et structurer quelques éléments d’histoire des musiques électroniques, j’ai envie de compléter un peu mieux ma compréhension de tout ça.

Bruits, Jacques Attali

Bruits, Jacques Attali

Au fil de mes lectures sur le son, je suis très souvent tombé sur la référence à cet essai de Jacques Attali, sous-titré Essai sur l’économie politique de la musique, dont la première édition date de 1977. Jusqu’à présent, j’avais choisi de ne pas lire ce texte, parce que l’idée que je me faisais de l’auteur, et les autres livres de lui que j’avais eu sous la main m’avaient plutôt fait fuir. Et puis à force de le lire comme une référence, je me suis finalement laissé tenté par cette lecture.

Le livre que j’ai entre les main est une nouvelle édition datant de 2001. J’avais peur que l’auteur n’affirme des faits sans références. Je me trompais, l’ouvrage est bien documenté. Il raconte l’histoire de la musique du point de vue économique et politique : le va et vient constant entre musique contrôlée par les puissants et musique du peuple, les débuts de la propriété intellectuelle, de la commercialisation, l’histoire du support d’enregistrement, et sur la fin la dématérialisation.

C’est finalement un ouvrage que je trouve intéressant, si l’on choisi de focaliser notre lecture sur l’objet premier annoncé par le sous-titre, en dépassant les avis personnels de l’auteur.

Histoire de la musique, Jacqueline Jamin

Histoire de la musique, Alphonse Leduc

Quand on se promène aux puces, on tombe parfois sur des livres improbables comme celui-ci. Comment pensait-on l’histoire de la musique en Europe en 1966 ? Fortement ancrée en Europe, évidemment, marquée par des affirmations puissantes : tel courant est marqué par Tel et Tel compositeur. Très bien illustré en noir et blanc, avec photos de représentations de théâtre classique, reproduction de portraits de compositeurs, ce bouquin nous amène jusqu’aux portes de la musique contemporaine et du jazz, en prenant le temps de raconter la musique des civilisations anciennes, le moyen-âge, la renaissance (évacuée en 2 pages), l’époque classique, le romantisme, et la seconde moitié du 19e siècle 20e siècle. Le tout marqué par cette assurance catégorique et professorale qui laisse peu de place à une histoire alternative. C’est beau, c’est drôle, et ça fait un bon recueil de classiques… Ah oui, on parle en quelques pages de la musique des civilisations orientales, aussi.

Musiques actuelles, musique savante, quelles interactions ?

Musiques actuelles, musiques savantes

Avec mon exploration de la naissance de la musique électronique, je me suis aperçu que les musiques actuelles et la musique contemporaine utilisant les supports électroniques avaient très peu en commun. Bien sûr, certains musiciens de techno actuels puisent une partie de leurs influences chez des gens comme Pierre Boulez par exemple, mais ce n’est pas l’histoire du mouvement musical où ils appartiennent. Les deux histoires semblent s’être construites en parallèle. J’avais donc très envie de lire cette série d’entretiens, réalisés réunis et présentés par Éric Denut, et intitulés Musiques actuelles, musique savante, quelles interactions ?. Le recueil date de 2001, mais en le parcourant on trouve des propos qui alimentent nombre de clichés : là un compositeur hautain et méprisant envers la culture des producteurs de musique techno, là un compositeur attiré par l’exotisme et qui au contraire cherche à se dévergonder…

L’avant-propos, de Danielle Cohen-Levinas invite à la réflexion : pourquoi les festivals et rencontres qui proposent au public de la musique contemporaine cherchent avant tout à faire vibrer la fibre de la curiosité chez un public qui peine à venir ? Pourquoi proposer des programmes éclectiques au point qu’aucune cohérence ne puisse être lue par le spectateur ? Bien sûr, on comprendra la stratégie des programmateurs, mais combien de publics passent à côté de ce qui pourrait les faire vibrer, précisément parce que l’argument de curiosité les fait fuir ?

Voyage de mon oreille

Voyage de mon oreille

C’est un texte assez ardu, je trouve, mais dont l’objet a beaucoup motivé ma lecture : essayer de comprendre les réflexions, les démarches, les constructions qui guident le travail d’un compositeur de musique contemporaine. On y lit des questionnements autour de la frontière entre artisan et artiste, un travail sur le temps, une recherche permanente de nouvelles manières de penser la musique. Très enrichissant.

France Musique

Depuis plus d’un an maintenant, je suis devenu auditeur d’émissions sur France Musique. Pas pour mettre du classique en musique de fond, hein, vraiment des émissions que j’écoute en podcast, avec grand intérêt. Il y a de ça 5 ans en arrière, je n’aurais pas imaginé ça…

Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai grandi avec la radio. Chez mes parents, mes grands-parents, France Inter était diffusé quasiment toute la journée sur le poste de radio de la cuisine. À tel point qu’encore aujourd’hui, je me souviens de la musique du jeu des mille francs avec un certain pincement au cœur, parce que c’était le moment où il fallait ranger les jeux, pour se préparer à la fin de la journée… Je pense que j’ai eu mon premier poste de radio vers 10 ou 12 ans. J’ai joué à chercher toutes les stations, j’écoutais au hasard de la bande FM des trucs. Plus tard, avec l’adolescence, j’ai découvert les radios commerciales majeures de ma génération, Fun Radio, NRJ et Sky Rock. On enregistrait des K7 de best-of, avec les titres du moment, pour les réécouter ensuite.

K7 compilations musiques radio années 90

Plus tard, j’ai découvert Nova, Radio FG, ou encore Canal B quand j’étais à Rennes. Et puis en arrivant à Clermont-Ferrand, je me suis mis à faire de la radio.

France Culture

Difficile de faire de la radio si on n’écoute pas ce que font les autres. Les détracteurs de l’émission science alors ! que j’avais animée avec Cécile et Claire nous reprochaient de « faire du France Culture ». Jusqu’alors, j’avais la conviction que je ne me retrouverais pas dans les programmes de France Culture. À chaque fois que je tombais sur une émission proposée en podcast sur les réseaux sociaux, le sujet me captivait, je trouvais ça super. Mais je n’osais pas prendre le temps d’aller explorer la grille. Alors petit à petit, j’ai pris mes habitudes, plutôt en podcast d’ailleurs : la fabrique de l’histoire, du grain à moudre, les carnets de la création, création on air

France Musique

Et puis il y a un peu plus d’un an, je suis tombé par hasard sur le cri du patchwork. Clément Lebrun propose dans son émission hebdomadaire de parcourir la production musicale sous un angle à chaque fois renouvelé, qui interroge la place du son dans la création sonore. On y retrouve de la musique contemporaine, de la musique classique, mais aussi des musiques actuelles, du field recording, etc. À l’occasion du festival longueur d’ondes en 2017, j’avais pu assister à un échange avec Clément Lebrun, qui avait encore renforcé mon plaisir à écouter cette émission. Voici par exemple un épisode, le premier d’une série de 5 émissions consacré au brut :

À la rentrée 2017, une nouvelle émission vient de rejoindre la grille de France Culture, il s’agit de l’expérimentale. Produite par le GRM, dont j’avais parlé dans un précédent billet, cette émission est déclinée chaque semaine du mois en une forme différente&nbs;: entretiens, archives, ou encore rediffusion de concerts, le tout avec l’envie d’écouter les artistes explorer le son. Musiques électroacoustiques, concrètes, électroniques, d’avant-garde ou même improvisées sont au programme. C’est l’émission consacrée au field recording qui a attiré mon attention sur l’émission, puis j’ai écouté ensuite celle consacrée à Pierre Henri. Une belle porte d’entrée dans l’univers de ce créateur de sons :

Manipuler des images médicales

Il y a quelques mois, j’avais participé à l’API hour 23 organisé par Clermont’ech. Il s’agit de soirées où des intervenants présentent rapidement une notion technique ou scientifique, un lieu d’échange très convivial. Par chance, ces interventions sont filmées, et c’est comme ça qu’après quelques temps, on retrouve une vidéo sur les internets, avec ma tête dessus…

Mon intervention s’intitulait Manipuler des images médicales : de l’IRM à l’écran, et la courte description disait Qu’est-ce qu’une image médicale, comment peut-on la stocker et la manipuler ? Petit tour d’horizon des solutions techniques, depuis le format DICOM jusqu’au logiciel graphique slicer3D, en passant par les bibliothèques ITK et dcmtk.

On peut retrouver les supports que j’ai utilisé sur les internets.

Cette année, j’interviendrai sur mon nouveau sujet de recherche, qui allie cartographie et assistance aux personnes en situation de handicap visuel. Affaire à suivre !

NM#1 — Conrad vs Zoé

À l’occasion d’Utopie Sonore 2017, nous avons participé avec Théo et Noémie à l’une des invitations à création proposées par les organisateurs de cette rencontre. L’année précédente, nous avions déjà œuvré avec Théo en proposant une réalisation sur le thème la présidentielle n’aura pas lieu.

Cette année, deux thèmes proposés ont attiré notre attention : Noir polar, et transpécisme. Avec l’animation des premiers jours à Utopie Sonore, où les humains apprenaient à cohabiter entre eux, et avec les animaux des lieux, nous avons très vite choisi notre sujet : la « prise de bec » entre Conrad, le coq des lieux, et Zoé, arrivée avec son père pour la fin de semaine. Une anecdote qui a d’ailleurs inspiré plusieurs participants, comme on le constatera en écoutant les autres réalisations sur la page de restitution d’US 17.

La difficulté, comme l’année dernière, a été de réussir à trouver du temps pour travailler sur le projet : réflexion et écriture, puis prises de son, entretiens, et enfin montage, et mix. Nous avions choisi de ne pas dire à Zoé ou à son père le sujet de notre réalisation, et avons donc réalisé des interviews en orientant nos échanges, et en laissant le hasard faire émerger les propos et expressions qui nous intéressaient. Puis, en laissant traîner les micros un peu partout, nous avons assemblé du matériau sonore…

Nous avons aussi puisé dans nos archives personnelles pour émailler notre création de textures et de sons qui évoquent l’ambiance des films noirs… Et puis on s’est fait plaisir, et on a puisé dans nos archives d’Utopie Sonore 2016… pour retrouver une interprétation très réaliste d’une poule par Julien. Caché au milieu des réels chants de coqs, il est peu probable que vous l’identifiez à première écoute…

On peut retrouver sur le programme initial les contraintes imposées sur le fond et la forme. Au delà du manque de temps, qui nous a fait réaliser ce projet un peu à la va-vite, on regrette avec Théo de ne pas avoir eu le temps de préparer une interprétation live… L’année prochaine, on prendra le temps !

Merci à Geneviève pour la photo de Conrad en tête de cet article !

Performances & installations à US17

Cette année à Utopie Sonore, il y a eu pas mal d’installations et de performances présentées. Certaines réalisées à l’avance, d’autre construites pendant les quatre jours à la cour des Aulnays. Évidemment, il était impossible d’assister à toutes les propositions, car les journées étaient bien remplies : participation aux tâches collectives, animation et participation à des ateliers, travail de montage pour participer aux appels à contribution…

jeux de lumière transmerdunor

Parmi les installations que j’ai vu, je crois que c’est Transmerdunor qui m’a le plus marqué. On nous l’avait présenté comme une expérience comme prendre du LSD. Les deux protagonistes s’étaient enfermés dans une pièce du manoir, et pendant la première journée et la première nuit, on n’a rien pu voir, rien pu entendre. On les a vu traverser la cour des Aulnays en long, en large et en travers, ramenant dans leur nid des tuyaux, des objets, des bidules. Et puis enfin on a pu rentrer. 8 tuyaux qui diffusent du son, agencés pour immerger complètement l’auditeur dans un univers intriguant, variant, parfois silencieux,
parfois hyperflippant, souvent drôle. Et des jeux de lumière, sublimes mécaniques délicates, pour accompagner le puzzle sonore. Un truc complètement dingue.

Téléphones sauvages

Juste en sortant du Transmerdunor, on tombait sur un projet du collectif Étrange Miroir, intitulé Téléphones sauvages. Un dispositif d’écoute très réussi, avec des téléphones à cadran rotatif pour choisir la piste à écouter, et un projet audio vraiment très chouette : des discussions téléphoniques en tout genre, empreinte absurde de nos échanges avec les standards téléphoniques.

Il y a eu aussi le projet Éponges d’une nuit d’été, un projet collectif proposé par Leslie Doumerc & Arthur Lacomme. Les participants d’Utopie Sonore étaient invités à enregistrer leurs premiers mots du matin, autour du rêve. Un groupe a ensuite travaillé à mettre en forme une restitution mêlant enregistrements de voix, et sons produits en direct. Le résultat était drôle et captivant.

L’année dernière déjà, la radio cousue main était là. Cette année, c’était une radio cousue main à distance, depuis Istambul, et la Little Syria, pour une représentation en direct à travers les internets très émouvante.

Un peu plus loin dans la cour, dans un ancien bâtiment un peu délabré, en pierre, et joliment rebaptisé les ruines de la révolution, un rideau, et un nom intriguant : le Sonomate. Chacun était invité à y aller seul, et à découvrir le dispositif. Installé sur une table, un boîtier en bois et en verre, duquel sortaient un interrupteur et un micro. La curiosité invitait à presser le bouton. Une lumière et un mécanisme s’activaient. À l’intérieur du boîtier, un tic-tac sonore, produit par un minuteur, et un enregistreur k7. Vous aviez quelques dizaines de secondes pour y laisser votre message. Le résultat est surprenant, poétique, drôle, multiple, à l’image des quatre jours.


Et puis, un des moments que j’ai le plus aimé, c’est l’écoute collective de créations sonores, pendant toute la nuit, dans la chapelle. Des matelas, des canapés, des fauteuils, et des gens dans des duvets, à regarder la charpente voûtée de ce superbe volume.

Il y a eu plein d’autres choses encore, que l’on peut retrouver sur la page des restitutions de l’édition 2017 d’Utopie Sonore !

Quartz Locked ‎– Wave 91,6

Cette année à Utopie Sonore, il y avait des petits nouveaux, et puis pas mal de participants à l’édition précédente, qui avaient envie de revivre un beau moment. J’avoue, j’étais impatient de les retrouver tous : les gens du Bruitagène, les Bruxellois, les copains des radios locales d’un peu partout (Radio Vassivière, Radio Saint Ferréol), les p’tits jeunes du Créadoc, ceux de Radio Friture, et toute la foultitude de fondus de sons que nous étions.

Parmi tous ces gens, j’espérais bien retrouver l’énigmatique Radio Mulot, l’âme de la fameuse radio pirate de la région de Nantes, que j’aime tant écouter en direct sur internet

Le premier jour, point de mulot à la cour des Aulnays ! Mais le lendemain, heureusement, France Museau était là, avec dans sa besace un disque récemment pressé, comme une empreinte physique d’un projet qui jusqu’ici n’avait été qu’ondes. Édité chez Warm, l’album s’intitule Wave 91,6. On y retrouve les mêmes collages étranges et poétiques que ceux de la radio, compositions où se superposent musiques aériennes, ambiances intriguantes et prises de son volées du réel. Le disque a cependant quelque chose de plus dansant, plus musical, au sens commun du terme.

Allez tendre une oreille à ce projet sur le bandcamp, pour vous faire une idée. Et puis commandez le disque, il est beau !

Ch’ai faire, ch’ai dire

À l’occasion d’Utopie Sonore 2017, on a proposé avec Théo deux ateliers, dont le premier s’intitulait ch’ai faire, ch’ai dire.

Cela faisait quelques temps que je peaufinais cette idée, après les lectures sur le son, et en particulier après avoir beaucoup appris sur les travaux de Pierre Schaeffer, en lisant Michel Chion et Murray Schafer. Le principe de l’atelier était de construire collectivement un ensemble d’outils pour décrire les sons.

Déroulé de l’atelier

Nous avons organisé l’atelier en deux séances d’une heure trente, séparées d’une pleine journée. Pendant la première séance, nous avons commencé par un tour de table, où chacun a témoigné de son rapport à la description du son (pratique du solfège ou de la musique, créateurs de contenu radiophoniques, intérêt pour la voix…). Puis avec Théo nous avons amené les participants à découvrir la notion d’objet sonore, en soulignant l’importance de faire abstraction de la manière dont le son avait été produit.

On a ensuite commencé à faire une liste d’adjectifs, que l’on a vite regroupé en groupe cohérents (hauteur, intensité, …), puis on a commencé à écouter des sons qui avaient été collectés dans la journée précédente avec Théo. Le groupe a tranquillement convergé vers un ensemble d’outils, à vrai dire assez semblables à ce qu’a proposé Pierre Schaeffer : décomposer le son en attaque, corps et chute, décrire chaque partie avec la hauteur, l’intensité, la texture, la masse, le timbre harmonique, et introduire la notion de dynamique…

Arrivés à la fin de cette première séance, chacun à donné à son voisin la description d’un son, à l’aide de ce vocabulaire que nous avions construit en commun. La consigne était de revenir à la séance suivante avec l’enregistrement d’un objet sonore correspondant.

La deuxième séance a été l’occasion d’affiner notre pratique de la description, puisque nous avons écouté collectivement les sons récoltés, en tentant de les décrire, avant de confronter cette description aux consignes obtenues.

Quelques ressentis

Je crois que l’atelier a été un vrai succès, tous les participants ayant pris un grand plaisir à échanger et à construire ensemble un vocabulaire de description abstrait.

Plusieurs participants ont exprimé leur satisfaction à avoir pratiqué une écoute comme ils ne l’avaient jamais fait. Au début de l’atelier, l’espoir avait été exprimé de pouvoir converger vers du vocabulaire permettant de trier sa banque de sons personnels. Nous avons constaté à la fin de l’atelier que ça n’était pas nécessairement l’outil idéal pour cela, mais qu’il permettait plutôt de faciliter la composition de musique électroacoustique.

Nous avons la chance d’avoir à l’occasion d’Utopie Sonore des participants passionnés de son, curieux, et avec l’envie de faire ensemble. Pas sûr que cet atelier marche aussi bien à chaque fois… Affaire à suivre.

Atelier ch'ai dire, ch'ai faire

Utopie Sonore 2017

L’année dernière, on vivait pour la première fois l’utopie sonore : une parenthèse dans l’été, pour vivre à cent le son. De superbes rencontres, prolongées tout au long de l’année à SONOR#9, à Longueur d’ondes, au Forum ouvert de l’éducation aux médias, ou au hasard des routes d’Auvergne et d’ailleurs…

Avec Théo et Noémie, on en parlait depuis des mois : l’édition 2017 d’Utopie Sonore, on en serait, on ferait la route ensemble, et cette année serait aussi géniale que l’année précédente. Vous savez quoi ? Bah ça s’est passé exactement comme ça !

Ça a bien sûr commencé par des retrouvailles entre Théo et la cuve qui l’année dernière avait été le support de notre atelier, et dont les enregistrements ont alimenté toutes les créations de Théo pendant une année. Je ne pouvais pas manquer de faire une interview croisée entre les deux compères :

Cette année, l’équipe organisatrice de l’événement a mis les petits plats dans les grands, en poursuivant tout le meilleur de l’année dernière, et en l’enrichissant de nouvelles idées, de nouvelles installations et dispositifs. Cette année, il y avait par exemple de la bonne bière locale, il y avait une somptueuse ambiance lumineuse, des tentes en dôme sont venues compléter les espaces existants, l’événement a duré un jour de plus. On a pu en profiter à fond, et notamment de la bibliothèque éphémère partagée, où chacun était invité à amener ses livres sur le son, la politique et la poésie…

le très bel éclairage de la courLa bibliothèque éphémère

Cette année encore, les journées ont été ponctuées d’ateliers, très riches en échanges, de performances et installations absolument géniales, des discussions passionnantes, des repas végétariens succulents… Les organisateurs ont commencé à compiler sur le site de l’événement les restitutions, audio et photos. Allez y jeter une oreille et un œil, vous pourrez ressentir un peu de la belle énergie qui s’y est développée.

Comme l’année dernière, cet interlude à partager quatre jours avec plein de gens, dans une belle énergie positive, d’entraide, d’apprentissage mutuel et de créations collectives, cet interlude a regonflé mes batteries à bloc. Prêt pour une nouvelle année !

Dans les jours qui viennent, je continuerai à raconter ici quelques moments forts qui m’ont marqué :

La tour des Aulnays

Merci aux Utopien-ne-s pour les superbes photos partagées, que j’ai repris pour illustrer cet article…

Revue de lecture : son, espaces et histoire du XXe siècle

De passage dans une colloc à Marseille, je suis tombé sur une bibliothèque avec plusieurs bouquins intéressants autour du son. Et puisque c’est encore les vacances, j’en ai profité pour passer une journée à bouquiner… Je prolonge donc ici la série revue de lecture autour du son…

Le sonore, l’imaginaire et la ville

Henry Torgue est à la fois compositeur et chercheur en urbanisme. Dans cet ouvrage, et croise ses deux expériences de vie pour questionner la manière dont l’espace (urbain, scénique) est approprié et appropriable d’un point de vue sonore. Il cite bien sûr Murray Schafer, mais explore aussi des problématiques plus proches de la composition, ou encore de l’architecture.

À l’écoute du XXe siècle

Alex Ross propose dans ce livre de plus de 700 pages une histoire de la musique du XXe siècle. Plutôt focalisé sur la musique savante, il aborde bien sûr les différents chemins qui ont mené à la musique contemporaine, qu’elle soit sérielle ou concrète. Il aborde l’importance de la place de l’enregistrement et de la radio dans la diffusion des œuvres, et dans la pratique musicale. L’un des intérêts notables cette promenade réside en les analyses très accessibles d’un certain nombre de pièces et morceaux fondateurs de la musique du XXe siècle.

La spatialisation des musiques électroacoustiques

La musique électoacoustique a très tôt été explorer la problématique de la spacialisation, ou comment ajouter une nouvelle dimension aux possibilités de l’écoute. Dans ce recueil d’articles très complet, on lit différents point de vue de chercheurs et musiciens en son, sur la question de la spatialisation, à la foi d’un point de vue théorique, mais également d’un point de vue pratique, avec un certain nombre de plans d’acousmoniums, ainsi qu’une présentation pédagogique de leur fonctionnement. En lisant ces textes, on comprend un peu mieux le défi auquel se confrontent les spatialisateurs, qui sont les techniciens de diffusion de ces œuvres, parfois composées en stéréo, parfois en polyphonie.

Pour aller plus loin, et toujours sur la musique électronique, il serait sans doute intéressant d’aller lire ou écouter Guillaume Kosmicki. La série soundbreaking sur arte était d’ailleurs passionnante.