Le son binaural, c’est quoi ?

Depuis deux ans, on entend par­ler absol­u­ment partout du son bin­au­r­al. La pre­mière fois que j’ai réelle­ment décou­vert ce que cela sig­nifi­ait, c’était à l’occasion d’Utopie Sonore 2016, où un groupe de participant·e·s avait pu réalis­er quelques expéri­men­ta­tions.

Plus récem­ment, c’est à Longueur d’ondes 2019 que j’ai assisté à une démon­stra­tion de mix­age pour l’écoute bin­au­rale.

Le monde de la radio et du son en général est en véri­ta­ble effer­ves­cence au sujet de ce qui est annon­cé par beau­coup comme une véri­ta­ble révo­lu­tion… On peut écouter des émis­sions à ce sujet, et même en écouter sur le site de Radio France dédié au son 3D

Mais qu’est-ce que c’est, le son bin­au­r­al ?

[Le son bin­au­r­al] est une tech­nique qui restitue l’écoute naturelle, en trois dimen­sions.

Son bin­au­r­al : la 3D sonore — Le numérique et nous, Cather­ine Petil­lon, France Cul­ture, mai 2017

Cette pré­pa­ra­tion spé­ci­fique du son per­met de ressen­tir une impres­sion d’immersion très réal­iste. On se retrou­ve au cœur d’un univers sonore, bien plus qu’avec la stéréo clas­sique.

Pour com­pren­dre com­ment ça marche, il faut revenir un tout petit peu en arrière, et expli­quer com­ment notre sys­tème audi­tif fonc­tionne pour localis­er les sources des sons.

On écoute avec deux oreilles

Je ne reviendrai pas ici sur ce qu’est un son, ni sur la ques­tion du spec­tre audi­tif. Si ces ques­tions vous intéressent, je vous invite à con­sul­ter le début de l’article que j’avais écrit sur la musique et les math­é­ma­tiques.

« Le son que je viens d’entendre a-t-il été pro­duit devant moi, au dessus, sur la gauche, der­rière ? À 2 mètres, à 10 mètres ? » Les humains, comme beau­coup d’autres ani­maux, sont capa­bles de localis­er très pré­cisé­ment une source sonore dans l’espace envi­ron­nant.

Pour cela, on utilise prin­ci­pale­ment nos deux oreilles. Une à gauche, une à droite. Comme elles sont placées de chaque côté de notre tête, et comme le son avance dans l’air ambiant à une vitesse de 340 mètres par sec­onde, il y a donc quelques mil­lisec­on­des de dif­férence dans la per­cep­tion du son par les deux oreilles. En ajoutant à cela l’atténuation naturelle de l’intensité due à la dis­tance, on a donc une légère dif­férence de niveau sonore dans la per­cep­tion du son entre les deux oreilles. Cela per­met de décel­er effi­cace­ment si un son dans le plan hor­i­zon­tal.

La local­i­sa­tion dans le plan ver­ti­cal du son est quant à elle per­mise par la forme par­ti­c­ulière de nos oreilles, nos épaules, notre tête, etc. En effet, ces struc­tures ont ten­dance à réfléchir ou à fil­tr­er cer­taines fréquences, ce qui entraîne une mod­i­fi­ca­tion du spec­tre fréquen­tiel perçu. Cer­taines fréquences sont atténuées, et d’autres ampli­fiées suiv­ant la direc­tion d’où vient le son.

La per­cep­tion de la dis­tance est notam­ment per­mise grâce aux dif­férences per­cep­ti­bles entre le son qui arrive directe­ment à nos oreilles, et celui qui arrive après avoir été réver­béré par l’environnement.

Enfin, puisque ces dif­férentes per­cep­tions sont par­fois déli­cates, nous avons égale­ment ten­dance à réalis­er des micro-mou­ve­ments de la tête, non con­trôlés, qui aideront le cerveau à affin­er sa per­cep­tion de la local­i­sa­tion de la source, en util­isant plusieurs esti­ma­tions suc­ces­sives à des ori­en­ta­tions dif­férentes.

Si vous voulez en lire plus sur ces ques­tions, je vous invite à par­courir l’article sur le site cochlea, que je trou­ve très péd­a­gogique.

Simuler un son naturel

Quand on utilise un dis­posi­tif d’enregistrement et de resti­tu­tion du son, on cherche donc à simuler un son naturel, pour per­me­t­tre à l’auditeur de le percevoir local­isé dans l’espace ambiant. À cha­cune des étapes de l’enregistrement, du mix­age, et de la dif­fu­sion, on doit donc réfléchir à la manière de spa­tialis­er le son.

Multi-sources

La manière la plus sim­ple de spa­tialis­er le son, mais qui est peu util­isée, con­siste à plac­er une enceinte à l’endroit de cha­cun des sons que l’on veut simuler. C’est ce qui est fait au théâtre par exem­ple, où l’on pour­ra plac­er une enceinte dans le lan­dau pour faire enten­dre un bébé qui pleure. Les spec­ta­teurs enten­dront le son venir exacte­ment du bon endroit.

Évidem­ment, cette tech­nique n’est pos­si­ble que si l’on peut posi­tion­ner une enceinte pour cha­cune des sources sonores que l’on veut simuler. C’est assez utopique, et impos­si­ble pour un dis­posi­tif d’écoute per­son­nel.

La tech­nique la plus courante est donc la dif­fu­sion du son en stéréo, voire en 5.1. Je ne prendrai pas le temps de détailler les sons 5.1 et ses alter­na­tives pour le ciné­ma, mais on peut les enten­dre comme une exten­sion du son stéréo.

Le son stéréo

Studio de montage stéréo
Stu­dio de mon­tage stéréo

Le son stéréo fonc­tionne très bien avec deux enceintes, placées de part et d’autre de l’auditeur, à dis­tance égale, générale­ment en for­mant un tri­an­gle équilatéral à 60°.

En mix­ant le son pour la stéréo, on utilise prin­ci­pale­ment les écarts d’intensité entre les deux canaux pour simuler un son gauche/droite. Par­fois, on ajoute à cela un léger délai entre les deux sig­naux, pour aug­menter encore l’impression de spa­tial­i­sa­tion. Mais on va rarement au delà, car la per­cep­tion réelle de l’auditeur dépend beau­coup de la posi­tion de ses enceintes.

Pour enreg­istr­er du son pour la stéréo, on pour­ra par exem­ple utilis­er un cou­ple XY, ou encore un cou­ple ORTF, suiv­ant les besoins et envies.

Il est intéres­sant de not­er que l’écoute au casque d’un son mixé pour la stéréo sem­blera générale­ment moins bien spa­tial­isé, parce que les sources sonores seront col­lées aux oreilles, et non plus éloignées sig­ni­fica­tive­ment de l’auditeur. En dif­fu­sant un son unique­ment dans l’enceinte droite, on a tou­jours une écoute stéréo, l’auditeur perçoit l’enceinte à 45°. À l’inverse, en ne dif­fu­sant un son que dans l’oreillette droite d’un casque, on pro­posera à l’auditeur un mix qui n’a rien de naturel (on n’entend jamais un son que d’une seule oreille). De plus, avec un casque, impos­si­ble de prof­iter des micro-mou­ve­ments de la tête.

Le son binaural

Le principe du son bin­au­r­al est de con­cevoir un son pour une écoute au casque, la plus fidèle pos­si­ble à ce que l’on pour­rait percevoir en envi­ron­nement réel : délai entre les deux oreilles, dif­férence d’intensité, mod­i­fi­ca­tion du spec­tre de fréquences, afin de simuler au mieux les choses.

Tête de man­nequin et micros-oreilles.

Il existe dif­férentes tech­niques pour pro­duire un tel son : soit en cap­ta­tion bin­au­rale, en util­isant deux micros placés au niveau des oreilles de l’opérateur ou d’un man­nequin, soit en util­isant des plu­g­ins de spa­tial­i­sa­tion de son dédiés, où l’on place la source dans l’espace ambiant, et où l’on simule un son bin­au­r­al.

Les limitations du son binaural

Si sur le papi­er cette approche sem­ble très promet­teuse, il est tout de même impor­tant de rap­pel­er quelques lim­i­ta­tions, qui font que cette tech­nique n’est prob­a­ble­ment pas aus­si for­mi­da­ble que ses défenseurs veu­lent le faire enten­dre.

Tout d’abord, notre écoute s’appuie beau­coup sur les micro-mou­ve­ments de la tête pour affin­er la local­i­sa­tion des sources de son. La seule manière de simuler cela dans le cadre d’une dif­fu­sion bin­au­rale est de réalis­er un suivi en temps réel de la tête de l’auditeur, et d’ajuster le mix qui arrivera à ses oreilles en temps réel. Cela n’est pos­si­ble qu’avec un son réal­isé virtuelle­ment avec des plu­g­ins de spa­tial­i­sa­tion, et ne sera pas pos­si­ble avec un son naturel enreg­istré en bin­au­r­al.

D’autre part, une grande par­tie de la per­cep­tion spa­tiale dépend de la forme pré­cise de nos oreilles et de notre anatomie en général (forme de la tête, forme des épaules, etc.). D’une per­son­ne à l’autre, le fil­tre fréquen­tiel que subit le son peut vari­er de manière sig­ni­fica­tive. Ain­si, si j’enregistre en bin­au­r­al depuis mes oreilles, et que vous écoutez ensuite l’enregistrement, vous pour­riez percevoir un son au dessus de vous, alors que je l’aurais enreg­istré face à moi. La seule manière pour con­tourn­er cette lim­i­ta­tion est de réalis­er un mix dédié à chaque audi­teur, ou à chaque famille d’auditeurs. C’est prob­a­ble­ment un chemin qui suiv­ra l’industrie du son.

En atten­dant, on a donc à notre dis­po­si­tion des sons bin­au­raux mixés pour qu’ils sat­is­fassent au plus grand nom­bre. Si vous êtes proches des pro­priétés mor­phologiques de la moyenne, vous aurez alors une per­cep­tion très fine de la spa­tial­i­sa­tion. À l’inverse, si vous en êtes éloignés, vous percevrez aus­si une spa­tial­i­sa­tion, mais prob­a­ble­ment inco­hérente avec celle imag­inée par le pro­duc­teur…

Conclusion

Ce que je regrette beau­coup dans la com­mu­ni­ca­tion à out­rance que l’on voit ces dernières années sur les tech­nolo­gies bin­au­rales, c’est que les défenseurs de ces tech­niques se pla­cent en évangélisa­teurs, présen­tant la tech­nique comme une révo­lu­tion for­mi­da­ble, qui per­met des mer­veilles.

Même si cette tech­nique apporte des sen­sa­tions vrai­ment intéres­santes pour l’auditeur, je pense qu’il est impor­tant de rel­a­tivis­er, d’une part sur les per­for­mances de sim­u­la­tion réal­iste de l’approche, comme nous l’avons vu ci-dessus, mais aus­si sur le fait que cette approche est fréquem­ment exploitée par les gens qui réalisent un mix, même pour la stéréo. Ce n’est donc pas une révo­lu­tion, mais plus une évo­lu­tion des pra­tiques…

Convertir des fichiers son

J’utilise inten­sé­ment les logi­ciels de traite­ment de son disponibles sur GNU/Linux. Dans l’ensemble, ils cor­re­spon­dent à la plu­part de mes besoins. Cepen­dant, la con­ver­sion des fichiers est sou­vent une ques­tion un peu ennuyeuse.

Soit on le fait en ligne de com­mande avec le super out­il ffm­peg, soit on le fait avec un out­il graphique comme le sound­con­vert­er de Gnome, soit on utilise audac­i­ty… Mais c’est à chaque fois plein de mod­i­fi­ca­tions.

Au quo­ti­di­en, j’utilise l’environnement KDE pour tra­vailler. L’explorateur de fichi­er, c’est Dol­phin. Lequel a l’énorme avan­tage d’être mod­i­fi­able sim­ple­ment. Je me suis donc récem­ment retroussé les manch­es, pour écrire un petit menu de con­ver­sion audio, de celles que je fais le plus sou­vent :

  • con­ver­tir n’importe quel fichi­er mul­ti­mé­dia vers du flac (for­mat non destruc­tif) pour per­me­t­tre l’import dans ardour, qui ne sait pas pren­dre en charge le mp3, car il s’appuie sur lib­snd­file, une bib­lio­thèque qui n’a pas encore le sup­port de ce for­mat, mal­gré l’entrée récente de ce for­mat dans le domaine pub­lic.
  • con­ver­tir n’importe quel fichi­er mul­ti­mé­dia vers du mp3 44.1kHz en qual­ité 320k, pour une dif­fu­sion web et radio­phonique.

Le tout est disponible en faisant un clic droit sur n’importe quel fichi­er mul­ti­mé­dia. Ce petit bout de script est donc disponible sur github, et sous licence GPL v3. Toute sug­ges­tion d’amélioration est la bien­v­enue, dans la lim­ite du temps disponible.

Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner

Les per­son­nes sen­si­bil­isées aux con­séquences de l’ultra-libéralisme et du cap­i­tal­isme ont générale­ment con­science de la ter­ri­ble pres­sion qu’exercent les multi­na­tionales sur la planète en général, et sur les humain·e·s en par­ti­c­uli­er : délo­cal­i­sa­tions pour exploiter au mieux les tra­vailleurs et tra­vailleuses les moins bien protégé·e·s, util­i­sa­tion mas­sive de trans­ports plutôt que de pro­duire local, déshu­man­i­sa­tion à la fois pour les per­son­nels et pour les usagers.

Mais on oublie sou­vent un point impor­tant : ce sont des entre­pris­es qui se débrouil­lent qua­si­ment toutes pour ne pas pay­er d’impôts. Or, quand on béné­fi­cie des infra­struc­tures, des con­di­tions per­mis­es par les ser­vices d’un état, il est nor­mal que l’on par­ticipe finan­cière­ment à son fonc­tion­nement.

Les par­adis fis­caux, c’est l’un des prin­ci­paux out­ils de ces grands bid­ules pour ne pas par­ticiper à l’effort col­lec­tif. Ça paraît com­pliqué et obscur, tech­nique… Et ça l’est en grande par­tie, car leurs astuces sont de plus en plus com­pliquées pour con­tin­uer de fraud­er.

Com­ment les par­adis fis­caux ont ruiné mon petit-déje­uner est une bande-dess­inée de François Sam­son-Dun­lop. Elle met en scène un p’tit gars qui décide un matin de dire non à toute cette emprise. De fil en aigu­ille, on le suit dans sa quête, guidée par les écrits d’Alain Deneault, qui a beau­coup écrit sur l’évasion fis­cale.

C’est drôle, c’est beau, un peu triste par­fois, mais avec de belles pointes d’espoir. Lisez-le !

Petit manuel d’émancipation linguistique

À l’école, j’ai tou­jours été un réfrac­taire à l’orthographe et à la gram­maire, le français était ma han­tise. Puis en com­mençant à écrire à l’université, pour des asso­ci­a­tions, pour le web, j’ai dis­ci­pliné ma pra­tique. Est arrivé un moment où je me suis pas­sion­né pour la typogra­phie, et par exten­sion pour l’orthotypographie, les réflex­ions sur l’écriture inclu­sive, avec le point médi­an… J’étais qua­si­ment devenu psy­cho­rigide, au point d’être gêné à la lec­ture de textes mal typographiés, ou mal orthographiés. J’ai aimé décou­vrir le tra­vail de Jean Véro­nis en traite­ment automa­tique du lan­gage, qui nous éclairait sur les usages poli­tiques de la langue. Un peu plus tard, j’ai com­mencé à suiv­re la chaîne Lin­guis­ti­cae, dont le tra­vail de vul­gar­i­sa­tion en lin­guis­tique me sem­blait vrai­ment intéres­sant, et puis l’exploration des vari­a­tions de langue par les ani­ma­teurs du blog le français de nos régions.

À l’occasion des dis­cus­sions sur l’écriture inclu­sive, j’ai aus­si décou­vert com­ment le mot autrice avait été sup­primé de l’usage par des mas­culin­isa­teurs de la langue, de quoi douter de la sépa­ra­tion entre poli­tique et usages de la langue.

Et puis récem­ment, j’ai com­mencé à me sen­tir mal à l’aise face à cette injonc­tion à respecter ces règles rabâchées à l’école, dont la maîtrise était aus­si très sou­vent le signe d’appartenance à une classe sociale.

J’avais très envie de lire sur toutes ces ques­tions. C’est donc avec plaisir que j’ai décou­vert sur le blog langue sauce piquante le récent livre de Maria Can­dea et Laélia Véron, Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation lin­guis­tique. Ces deux doc­teures en lin­guis­tique et lit­téra­ture française pro­posent en onze chapitres très faciles à lire d’explorer ce lien entre poli­tique et langue, qui guide aujourd’hui la majeure par­tie des injonc­tions publiques à préserv­er des pra­tiques pas si jus­ti­fiées que ça.

Leur pro­pos est ali­men­té par de nom­breux exem­ples, par des références à l’actualité, enrichi de focus très pré­cis, et pro­pose de nom­breuses références pour pour­suiv­re la lec­ture… Elles citent aus­si des pro­grammes comme Lin­guis­ti­cae, je n’étais pas dépaysé.

Au fil des chapitres, les autri­ces définis­sent ce qu’est une langue, com­bi­en c’est une pra­tique mou­vante, diverse, mul­ti­ple. Elles repla­cent le rôle de l’Académie Française, comme out­il poli­tique, racon­tent com­ment le français a été par­fois un out­il du colo­nial­isme, sou­vent un moyen de con­solid­er la sépa­ra­tion des class­es, en offrant aux dom­i­nants un out­il pour ver­rouiller l’accès à leurs sphères aux non ini­tiés.

J’ai lu avec grand intérêt l’histoire de l’utilisation de la langue française dans les rela­tions avec les colonies, puis avec les pays issus de ces colonies, après leurs « indépen­dances ».

La ques­tion de la gram­maire sco­laire est aus­si abor­dée, comme un out­il pour impos­er une manière de pra­ti­quer la langue, qui n’est ni logique par rap­port à l’usage, ni en adéqua­tion avec les travaux actuels des lin­guistes. Avec elles, on en vient à se ques­tion­ner sur le réel intérêt à ne pas pra­ti­quer une réforme en pro­fondeur de l’orthographe, qui per­me­t­trait de réduire énor­mé­ment le nom­bre d’heures con­sacrées à l’apprentissage du français écrit, pour dégager du temps sur des ques­tions plus fon­da­men­tales de l’indépendance intel­lectuelle : tech­niques de rédac­tion, enseigne­ment de l’éloquence à l’écrit et à l’oral, etc.

Enfin, toute une par­tie évoque les pra­tiques liées au numérique, avec notam­ment une série de réflex­ions qui repla­cent l’usage de l’écrit comme ser­vant à retran­scrire l’oral. La mas­si­fi­ca­tion de l’écrit, avec des pra­tiques hybrides, per­met d’effriter la fron­tière entre les deux pra­tiques, flu­id­i­fi­ant un peu plus cet écrit pen­dant longtemps figé dans une pra­tique éli­tiste.

La con­clu­sion du livre com­mence par ce para­graphe, qui je trou­ve résume assez bien le livre :

Pre­mier para­graphe du chapitre de con­clu­sion

Un livre à faire tourn­er autour de soi !

Souris et claviers sans fil

J’utilise depuis quelques années des souris et claviers sans fil. C’est un peu con en terme de con­som­ma­tion élec­trique, j’en ai con­science, car ça néces­site de recharg­er une fois de temps en temps une bat­terie AA. Mais c’est plus pra­tique lorsqu’on bouge sou­vent son matériel infor­ma­tique de place.

Sur mon portable, je branche habituelle­ment une souris. Et quand j’installe l’ordinateur sur un écran sup­plé­men­taire, notam­ment pour faire du mon­tage, j’utilise en plus un clavier, afin de m’éloigner un peu des écrans, mais aus­si pour éviter d’avoir le pavé tac­tile sous les mains.

Depuis quelques temps, le don­gle (ce petit con­necteur USB sans fil) de mon clavier s’est mis à tomber régulière­ment en panne. Impos­si­ble de l’utiliser. J’avais donc com­mencé à faire le deuil de ce clavier, puis j’ai décou­vert le logi­ciel ltuni­fy, ou Log­itech Uni­fy­ing for Lin­ux. Comme son nom l’indique, l’outil ne fonc­tionne qu’avec le matériel Log­itech. Mais il fait for­mi­da­ble­ment bien son tra­vail.

J’ai ain­si décou­vert que l’on pou­vait associ­er et dis­soci­er les appareils con­nec­tés à un don­gle très facile­ment, et même associ­er plusieurs périphériques sur un seul don­gle. En une petite ligne de com­mande, j’ai ain­si pu ajouter le clavier au don­gle de la souris. Et voilà !

Prière de toucher

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon pro­pose depuis avril et jusqu’en sep­tem­bre 2019 une expo­si­tion tem­po­raire dédiée à l’exploration des œuvres par les autres sens que la vue.

Si la com­mu­ni­ca­tion faite autour de cette expo­si­tion n’est pas unique­ment des­tinée aux non voyant·e·s, un cer­tain nom­bre de propo­si­tions de médi­a­tions sont à des­ti­na­tion de ce pub­lic. Prof­i­tant des vacances sco­laires et uni­ver­si­taires, je suis allé y faire un tour, curieux de décou­vrir l’approche péd­a­gogique et muséologique dévelop­pée par l’exposition.

Tout d’abord, il faut avouer que le bâti­ment qui accueille le musée, une anci­enne abbaye, est un splen­dide écrin pour les œuvres qu’il abrite. Le par­cours à tra­vers les couloirs jusqu’au lieu de l’exposition n’est pas sim­ple, même si le gar­di­en, un chic type, pro­pose l’utilisation d’un ascenseur pour faciliter l’accès au patio depuis la place des Ter­reaux.

L’exposition en elle-même prend place dans une enfilade de trois pièces, précédées d’une entrée où des per­son­nels du musée pro­posent aux vis­i­teurs de s’équiper d’un masque cache-yeux, afin de décou­vrir l’exposition à l’aveugle.

La pre­mière salle est pro­posée comme une mise en doigts, avec un ensem­ble de matéri­aux à explor­er, afin de se pré­par­er au touch­er des œuvres elles-même. L’ensemble, bien que réduit, est assez ludique, et petits et grands sem­blent se pren­dre au jeu. Dans cet espace, trois pre­mières repro­duc­tions de sculp­tures, dont deux cachées par des rideaux, per­me­t­tent de s’exercer au touch­er. Comme la qua­si-total­ité des œuvres pro­posées, il s’agit de fig­ures humaines qui sont pro­posées au vis­i­teur. Dès le début, on con­state com­bi­en le drapé sculp­té est un défi à la com­préhen­sion.

Explo­ration tac­tile dans la dernière salle.

La deux­ième salle est com­posée de trois tableaux, per­me­t­tant de s’approprier les grandes étapes de la con­cep­tion d’une œuvre volu­mique : mod­e­lage, moulage, fonte… Un dis­posi­tif audio et vidéo vient com­pléter l’exploration de cette pièce.

Enfin, le dernier espace pro­pose de décou­vrir une dizaine d’œuvres de dif­férentes épo­ques, et de dif­férentes tech­niques, dont la repro­duc­tion utilise sou­vent la tech­nique de la résine aug­men­tée de poudre de mar­bre, par­fois le bois. Au mur, repro­duc­tion de textes évo­quant la per­cep­tion fan­tôme de la couleur chez une per­son­ne en sit­u­a­tion de défi­cience visuelle. Deux films com­plè­tent cette instal­la­tion.

Afin d’accéder plus aisé­ment aux œuvres, des struc­tures conçues comme des plate­formes per­me­t­tent de se met­tre à la hau­teur des dif­férents élé­ments. Mais là, pas de para­pet, rien qui per­me­tte une com­plète autonomie pour un pub­lic défi­cient visuel.

Nous n’avons pas choisi d’utiliser l’audioguide pro­posé à l’entrée du musée (pour 1€), ni d’attendre la vis­ite com­men­tée à 16h ce jour-là. C’est en autonomie que nous avons exploré l’exposition, dont les car­tels sont dou­blés de braille. Dans l’ensemble, j’ai trou­vé l’exposition raisonnable­ment intéres­sante. Elle per­met d’avoir accès à quelques exem­ples de sculp­tures à tra­vers les âges. Cepen­dant, très peu d’éléments de médi­a­tion sont pro­posés, pour faciliter l’appropriation tac­tile des œuvres.

Ayant pu décou­vrir au fil des années plusieurs autres musées dans lesquels un fort tra­vail de médi­a­tion avait été pro­posé autour du tac­tile — la tapis­serie de l’apocalypse au château d’Angers ou le Vic­to­ria and Albert Muse­um par exem­ple — je trou­ve intéres­sante l’exposition tem­po­raire du musée des beaux-arts, car il ne s’agit pas d’une propo­si­tion unique­ment des­tinée aux per­son­nes en sit­u­a­tion de défi­cience visuelle : elle cherche à touch­er (sic) tous les publics. Cepen­dant, il faut recon­naître que l’exposition sem­ble un peu réduite. On aimerait voir quelque chose de plus dévelop­pé, qui tisse avec le reste de l’exposition per­ma­nente du musée une con­nivence de par­cours, afin de per­me­t­tre une explo­ration plus com­plète des œuvres, en con­texte, le long de la propo­si­tion clas­sique du musée.

Porte ton genre !

Il y a quelques années, je par­tic­i­pais à l’émission la Cam­pusi­enne. Cette année, après quelques mois de silence, l’émission a repris l’antenne. On y par­le de plein de choses, c’est un peu un mag­a­zine radio­phonique. Les ani­ma­tri­ces l’annoncent : c’est l’émission qui fémin­iste les oreilles ! Ce que j’aimais par­ti­c­ulière­ment, quand je par­tic­i­pais à cette émis­sion, c’est que je m’autorisais à dire à haute voix mon « je » féminin.

Pour moi, le fait de devoir assumer con­stam­ment son sexe social, son genre, cette viril­ité imposée par le fait d’être un garçon, est pesant. Car si par­fois je me sens en accord avec ce sexe que la biolo­gie m’a imposé, sou­vent ça n’est pas le cas, et alors le fait que l’on m’y ren­voie est vécu comme une agres­sion. Car par­fois, je sais que je suis une fille, au sens où la société l’entend.

Il y a tou­jours ces moments où le groupe se divise en deux, d’un côté pour men­er des activ­ités « de garçons », de l’autre des activ­ités « de filles ». Et si tu ne choi­sis pas la bonne équipe, on a tôt fait de te le faire remar­quer. Soit pour te dire que tu n’es pas à ta place, soit pour te dire que « vrai­ment c’est bien que tu t’intéresses à ça, c’est rare pour un garçon ».

J’ai la chance d’avoir quelques cer­cles d’ami·e·s où l’on peut s’exprimer, vivre, pass­er une soirée sans qu’une seule fois on nous ren­voie à cette éti­quette imposée. Par­fois je me dis qu’une solu­tion serait de vivre dans un monde où son sexe serait aus­si peu caté­gorisant que la couleur de ses yeux.

Mais il est cer­tain que cette posi­tion est utopique : les femmes qui réfléchissent, dis­cu­tent, se bat­tent au quo­ti­di­en pour que leur exis­tence ne soit pas ignorée, celles qui por­tent les actions mil­i­tantes fémin­istes, celles-ci défend­ent l’idée d’ateliers et de ren­con­tres en non mix­ité. Pour que la parole se libère, pour une fois une seule ne pas vivre la pres­sion sociale de la présence mas­cu­line.

Les codes de la séduc­tion con­tem­po­raine sont aus­si par­ti­c­ulière­ment tein­tés de ces rôles gen­rés, com­bi­en de fois j’entends des militant·e·s anti­sex­istes ou fémin­istes racon­ter leurs crushs, très sou­vent guidés par des réflex­es et des mécan­ismes où l’homme doit assur­er son rôle d’homme, la femme son rôle de femme. Il faudrait donc que chacun·e soit autorisé à nav­iguer entre ces dif­férents rôles, sans s’y retrou­ver enfermé·e.

La semaine dernière, j’ai lu Boys, boys, boys, un roman auto­bi­ographique de Joy Sor­man. L’autrice écrit « Je ne veux ni l’égalité, ni la guerre des sex­es, je veux un seul sexe…» Pour elle, c’est un sexe vir­ile que tout le monde doit adopter. Alors elle y racon­te son envie de chang­er de sexe, de devenir un garçon. Pas biologique­ment, hein, mais sociale­ment. On suit donc cette jeune femme qui en a marre d’être can­ton­née à des soirées entre copines, où les dis­cus­sions sont celles de l’intérieur, où jamais l’on ne par­le de poli­tique, ou de trucs super tech­niques. Alors elle décide de fréquenter une bande de garçons, et de vivre comme un garçon. À fumer, boire, faire n’importe quoi jusqu’à pas d’heure. Elle y par­le alors du regard de la société sur qui elle est, de ses ren­con­tres amoureuses, de ses soirées, des dis­cus­sions à bâtons rom­pus. Puis de la ques­tion du cou­ple, de com­ment peut exis­ter une rela­tion amoureuse durable dans un sché­ma où l’on refuse le sexe social. De la manière de ne pas être un cou­ple en pub­lic, pour préserv­er la socia­bil­i­sa­tion de chacun·e. Puis des déboires de la vie, de l’errance amoureuse.

D’un côté je me retrou­ve dans l’envie de quit­ter mon sexe social, mais en par­al­lèle, je ne me retrou­ve pas dans ce qu’elle pro­jette sur le rôle social des garçons et dans celui des filles. Car ce que l’on retient de ce bouquin, c’est que la vie des garçons, c’est cool, c’est le mou­ve­ment, c’est l’action, c’est vir­ile et puis­sant, quant la vie des filles est chi­ante, tournée vers l’intérieur, gagne-petit, futile. C’est bien sûr un roman, et comme dit l’autrice : « Boys est un réc­it un peu aut­ofic­tion­nel et qui n’est pas dénué de mau­vaise foi » (Libéra­tion, 8 mars 2010). Mais on n’entend pas com­bi­en la vio­lence vir­ile peut faire des vic­times. Le posi­tion­nement de l’autrice sur le fémin­isme ain­si est un peu com­pliqué, en retrait d’un mou­ve­ment mil­i­tant qui défend celles qui sont les vic­times de ce mécan­isme de viril­ité dom­i­nante.

Ce que je regrette aus­si, c’est qu’on n’entende pas non plus la vio­lence que peut entraîn­er ce mécan­isme de viril­ité dom­i­nante sur cer­tains garçons. Ce ne sont pas des femmes, ils n’ont pas le mou­ve­ment fémin­iste pour les soutenir. Ce ne sont pas for­cé­ment des homo­sex­uels, ils n’ont pas for­cé­ment envie d’aller se réfugi­er dans le mou­ve­ment gay. Ils ont cette pos­si­bil­ité de se gliss­er dans le groupe des garçons dom­i­nants, d’ailleurs par­fois ils se retrou­vent dans cette posi­tion où ils pro­duisent chez d’autres de la souf­france. Alors ils ne peu­vent pas rejoin­dre de mou­ve­ment mil­i­tant, sauf en étant sym­pa­thisant. Ils ne peu­vent pas non plus dire « je voudrais d’une société sans sex­isme », parce qu’ils béné­fi­cient au quo­ti­di­en des facil­ités liées à leur statut de garçon, et qu’on leur dit qu’en défen­dant cette idée ils nient la vio­lence faite au femmes.

Boys, boys, boys a été pub­lié en 2005. J’ai envie de croire que les choses ont évolué depuis cette péri­ode. Que les mou­ve­ments fémin­istes ont com­mencé à se restruc­tur­er dans des actions et réflex­ions plus fines, plus effi­caces, réus­sis­sant à influ­encer la sphère publique de manière pos­i­tive.

Écoutes du moment

Il y a quelques jours, je partageais ici mes lec­tures sur l’écoute, les revues du son. Par­mi les choses que j’aime lire sur ces pages, ce sont notam­ment les sug­ges­tions d’écoutes, les cri­tiques d’auditeurs sur les pod­casts du moment. J’avais donc envie de partager ici quelques-unes de mes écoutes du moment.

Laitue Nocturne

Visuel de Laitue Noc­turne

C’est l’émission de créa­tion sonore de Radio Larzac. Laitue Noc­turne, une fois toutes les deux semaines, la nuit en FM, puis en pod­cast sur le site de la radio.

Chaque émis­sion durent env­i­ron 30 min­utes, on y retrou­ve pèle-mêle des cap­ta­tions, de la musique con­crète, de la musique pop­u­laire, de la lec­ture de textes, des assem­blages et col­lages sonores. L’émission est pleine de rythmes, de petits bruits, de décou­vertes. Les voix, celle d’Émilie, et celle des lecteurs et lec­tri­ces qu’elle sol­lici­tent nous amè­nent dans un univers à la fois poé­tique, grat­te-poil, drôle… Tou­jours per­cu­tant !

La causerie musicale

Le visuel de la causerie musi­cale.

La causerie musi­cale, c’est le pod­cast d’Arnaud, un DJ Cler­mon­tois, une fois toutes les deux semaines ou une fois par mois. On y entend sa voix, qui racon­te une pas­sion, un méti­er, une curiosité pour la musique, pour les gens qui la font, ceux et celles qui l’écoutent.

Le pre­mier épisode racon­te com­ment on explore la ville et le ter­ri­toire quand on est un DJ, com­ment le son guide dans la ville, et com­ment la pra­tique de la ville influe le son.

Le grain des choses

Page d’accueil du grain des choses

La revue sonore le grain des choses, dont on avait enten­du par­ler à Longueur d’ondes 2018. L’équipe y racon­tait son envie de pren­dre le temps pour bien faire, de pro­pos­er non pas une plate­forme de pod­casts, mais d’éditer régulière­ment une revue d’écriture sonore.

Le pre­mier numéro, pub­lié en 2019, pro­pose des doc­u­men­taires, des cartes postales, de for­mats var­iés : de 59 sec­on­des à 55 min­utes. Des chan­sons aus­si.

Je n’ai pas encore tout écouté, mais j’ai par­ti­c­ulière­ment aimé ici, à tra­vers les mon­tagnes on voit l’horizon, qui racon­te la Drôme, ses habitant·e·s, la sol­i­dar­ité, la soli­tude… Des voix qui mar­quent, des his­toires qui par­lent.

Actualités MIE

Alors que le recours en appel con­tre l’expulsion du 5 étoiles n’a pas porté ses fruits, on sait main­tenant que le préfet deman­dera l’expulsion du squat début mai. Une déci­sion à la fois dif­fi­cile à vivre pour les mineurs isolés étrangers (MIE), car ils vont se retrou­ver sans solu­tion pour l’hébergement d’urgence, mais surtout une déci­sion qui rap­pelle com­bi­en l’état n’assume pas ce qui devrait être de sa respon­s­abil­ité : l’accueil de ces jeunes, dans la dig­nité et le respect du droit inter­na­tion­al.

À Cler­mont-Fer­rand, l’aide sociale à l’enfance est com­plète­ment dépassée, le départe­ment ne se don­nant pas les moyens humains d’assurer un ser­vice pub­lic décent : des jeunes qui font la queue dès 5 heures du matin pour espér­er être par­mi les 20 per­son­nes à être reçues dans la journée, à qui on ne donne même pas de tick­ets de trans­port pour rejoin­dre les étab­lisse­ments où ils ont été sco­lar­isés, aucun moyen pour les four­ni­tures, des jeunes qui doivent jouer de la débrouille pour manger à leur faim… Mais on a trou­vé la solu­tion qui va régler tous les prob­lèmes : déléguer l’évaluation de la minorité des mineurs isolés étrangers à une asso­ci­a­tion, comme c’est déjà pra­tiqué par exem­ple à Toulouse avec le DDAEOMI

Et pen­dant que chaque départe­ment peine à met­tre en place des solu­tions d’accueil cor­rectes, l’état décide de dur­cir la traque, en met­tant en place un fichi­er nation­al de suivi de ces jeunes, le con­seil con­sti­tu­tion­nel valide l’utilisation des tests osseux pour stat­uer sur la minorité, et on pré­pare une nou­velle loi pour dur­cir encore le non accueil de ces jeunes…

En lisant la propo­si­tion de loi pro­posé le 20 févri­er 2019, on y apprend en vrac que :

  • l’état pour­rait repren­dre en charge l’évaluation de la minorité des MIE.
  • le juge sera ain­si con­traint de refuser l’admission à l’aide sociale à l’enfance à un deman­deur qui refuse la réal­i­sa­tion des exa­m­ens radi­ologiques osseux pour la rai­son évi­dente qu’en réal­ité, il n’est pas un mineur non accom­pa­g­né.
  • dans le cadre de l’évaluation de la sit­u­a­tion des MIE, les doc­u­ments présen­tés comme des actes d’état civ­il faits en pays d’étranger ne fer­ont plus foi et ne per­me­t­tront plus d’établir de façon cer­taine l’état civ­il de celui qui le pro­duit.

Depuis presque un an que SAJE accom­pa­gne les mineurs isolés étrangers, force est de con­stater que le quo­ti­di­en de ces jeunes devient inten­able : délais de prise en charge avant éval­u­a­tion qui peu­vent dur­er plusieurs semaines à cer­tains moments de l’année, héberge­ment dans des « hôtels » marchands de som­meil dont cer­tains ont des accords spé­ci­fiques avec le départe­ment pour béné­fici­er de tar­ifs out­ranciers, rejet qua­si sys­té­ma­tique des demande de recon­nais­sance de la minorité après plusieurs mois d’attente, avo­cats et juges pour enfants qui ne sont pas en nom­bre suff­isants pour que les dossiers de recon­nais­sance de minorité avan­cent à bonne vitesse, inca­pac­ité à pro­pos­er aux jeunes une sco­lar­ité cor­re­spon­dant à leurs savoir-faire et leurs envies…

La machine à broy­er était déjà bien opéra­tionnelle, mais la suite sem­ble encore moins humaine…

Revues du son

En ce début d’année 2019, on appre­nait avec tristesse que la revue de l’écoute — Syn­tone était mise en hiber­na­tion par le col­lec­tif qui la por­tait. Pen­dant au moins douze mois, comme on peut le lire sur le site de la revue. Aaaah ! Dur !

On peut bien sûr relire les anciens numéros, par­courir les arti­cles, et suiv­re les événe­ments organ­isés par Syn­tone. Mais il y a aus­si d’autres revues qui s’intéressent au son. Bien sûr, pas sous le même angle, pas avec les mêmes autri­ces et auteurs, mais avec une démarche à décou­vrir. En voici quelques-uns.

Les revues d’analyse

L’un des élé­ments que j’aime lire dans Syn­tone, ce sont les arti­cles d’analyse, qui per­me­t­tent de pren­dre du recul sur les pra­tiques d’écoute et de créa­tion. C’est la diver­sité des angles (his­torique, soci­ologique, d’analyse musi­cale par exem­ple) que je trou­ve moti­vante.

Audimat

Cou­ver­ture du dix­ième numéro d’Audimat.

La revue Audi­mat est d’après son site inter­net une revue de cri­tique musi­cale. Elle est pub­liée deux fois par an sous forme d’un petit car­net papi­er, et regroupe à chaque fois cinq ou six arti­cles de fond, entre soci­olo­gie, musique, his­toire, écoute, ou encore tech­nique du son.

Très mar­quée par la cul­ture musique élec­tron­ique, elle nav­igue dans des sujets var­iés, et s’intéresse notam­ment à l’histoire des pra­tiques musi­cales du XXe siè­cle. Je n’ai eu l’occasion de ne lire qu’un numéro pour l’instant, mais j’ai par­ti­c­ulière­ment appré­cié y trou­ver des arti­cles soignés, bien doc­u­men­tés, et qui ouvrent à la curiosité.

La revue Audi­mat est dis­tribuée dans dif­férents points de vente, sur la bou­tique en ligne ou en abon­nement.

Pilule

Page d’accueil du mag­a­zine Pilule.

Le mag­a­zine Pilule est d’après son site inter­net le mag­a­zine du sonore. C’est un mag­a­zine en ligne, trimestriel, porté par un col­lec­tif dijon­nais regroupant « des jour­nal­istes, des musi­ciens, des graphistes qui sont tous des pas­sion­nés de sons, adorent en par­ler et surtout en débat­tre. »

Chaque numéro abor­de un thème (le vin­tage, la radio), et à chaque fois, de nom­breux arti­cles vien­nent pro­pos­er un angle de lec­ture sur le thème. Explo­rant à la fois la cul­ture pop­u­laire, les pra­tiques du son, et l’histoire de la créa­tion musi­cale, la revue est dense, bien doc­u­men­tée, sou­vent aug­men­tée de con­tenus son ou vidéo, et per­met d’aller à la ren­con­tre de nombreux·ses pro­duc­teurs et pro­duc­tri­ces de son. La maque­tte du site est très soignée, les pho­tos illus­trant chaque arti­cle sont puis­santes.

Radio Graphy

Radio Gra­phy est pub­lié par le Groupe de Recherch­es et d’Études sur la Radio (GRER), une asso­ci­a­tion sci­en­tifique pour la pro­mo­tion de l’étude du média radio.

On peut y suiv­re une actu­al­ité ori­en­tée autour des approches inno­vantes de la radio, plutôt insti­tu­tion­nelles ou portées par les grands acteurs du domaine. On y retrou­ve des prob­lé­ma­tiques liées aux pra­tiques du jour­nal­isme, à la créa­tion radio­phonique, au rôle et à la place de la radio dans la cité, aux nou­velles pra­tiques d’écoute et de dif­fu­sion.

Les revues d’écoute

La pro­duc­tion quo­ti­di­enne de son, qu’elle soit réal­isée dans les radios publiques, asso­cia­tives, par des col­lec­tifs, sur des plate­formes de pod­cast ou même sur youtube est tout sim­ple­ment gigan­tesque. Dif­fi­cile de s’y retrou­ver, de décou­vrir de nou­velles choses sans y con­sacr­er tout son temps. On avait autre­fois le génial perce-oreilles, ou l’on retrou­vait une sélec­tion pointue de con­tenus très var­iés, comme une oreille ten­due sur le monde. La revue de l’écoute pro­po­sait aus­si dans ses pages des chroniques d’écoute.

Il existe heureuse­ment beau­coup d’espaces numériques pro­posant de partager une sélec­tion de con­tenus à écouter. On en trou­ve un peu pour toutes les oreilles, à cha­cun d’y faire son chemin. Voici quelques références où aller butin­er du con­tenu.

Revues de podcasts

2018 a été l’année où on s’est fait l’écho d’une renais­sance du pod­cast en langue française. En plus des plate­formes de dif­fu­sion de ces con­tenus à série, on a vu appa­raître plusieurs sites pro­posant une sélec­tion plus ou moins régulière de pod­casts à écouter :

  • Radio tips, un web­magazine sur les pod­casts. Il est prin­ci­pale­ment ani­mé par une per­son­ne.
  • Radiovore,  un espace de recom­man­da­tions de pod­casts, de créa­tions sonores, et plus générale­ment, de con­tenus audio par­lé. Il est prin­ci­pale­ment ani­mé par une per­son­ne.
  • les moissonores, porté par un col­lec­tif de 5 per­son­nes, qui pro­posent chaque mois une sélec­tion de pod­casts.
  • pop­cast, un groupe face­book de gens pas­sion­nés de l’écoute radio­phonique, qui échangent leurs pro­duc­tions, ou leurs décou­vertes.

L’écoutoir

Logo de l’écoutoir

L’écoutoir est un peu à part dans cet univers de la sélec­tion à écouter. Il se présente comme un cab­i­net de curiosités, sonores musi­cales et radio­phoniques. Les formes retenues et pro­posées à l’écoute sont plus pointues, plus proches de la créa­tion radio­phonique ou musi­cale.

On aime y retrou­ver un con­tenu plein de poésie, de déli­catesse.

Et puis tout le reste…

Plein d’autres acteurs pro­posent aus­si sur leurs sites inter­net ce que leur oreille entend quand elle écoute les ondes. De manière très nom­briliste, je peux par exem­ple citer ce qu’écoutent les gira­phones, ou les Lar­rys de Léthargiques Sub­stances Dis­parates.

Les techniques du son

Ce que j’aimais retrou­ver dans Syn­tone, c’était aus­si quelques arti­cles plus tech­niques au sujet de l’enregistrement, du mon­tage, des aspects tech­niques de la réal­i­sa­tion sonore.

Les dossiers d’audiofanzine

Sur cette ques­tion, j’aime bien lire les dossiers de l’audiofanzine. Ils sont plutôt très tech­niques, à des­ti­na­tion des gens aver­tis et intéressés à la ques­tion.

Rédigés par des bénév­oles pas­sion­nés de la ques­tion, ces dossiers sont de niveau très iné­gaux, mais ils per­me­t­tent tout de même de garder un bout du cerveau branché sur la prise de son, la com­po­si­tion, ou ces ques­tions asso­ciées.

L’actualité sur LinuxMAO

Si l’on utilise GNU/Linux pour pro­duire du son, il est tou­jours intéres­sant de garder un œil sur l’actualité lin­ux de la Musique Assistée par Ordi­na­teur (MAO), en lisant chaque mois l’éditorial du site Lin­ux­MAO.

On y décou­vre la sor­tie de nou­veaux logi­ciels, les nou­veautés en terme de solu­tions tech­niques, et on garde un œil sur les pra­tiques des bidouilleurs·ses de sons.

Léthargiques Substances Disparates

Il y a un paquet de temps, avec Théo on avait bidouil­lé une pièce live, avec un micro, un con­trôleur, un syn­thé. Ça s’appelait la prési­den­tielle n’aura pas lieu. Cette forme-là, j’avais très envie de con­tin­uer à l’explorer. Quelque chose d’hybride entre la com­po­si­tion d’une pièce élec­troa­cous­tique et d’une émis­sion de radio clas­sique en stu­dio.

Et voilà, depuis un mois on s’est lancés, avec deux copains de radio, dans l’aventure de Léthargiques Sub­stances Dis­parates. À chaque émis­sion, un nou­veau thème, ligne direc­trice de nos com­po­si­tions, col­lages sonores, et actes…

On tra­vaille à par­tir d’un con­duc­teur graphique, où cha­cun des Lar­ry de l’émission a sa piste de prise de micro, et sa piste de sons à lancer et à bidouiller. Une trame, que l’on com­pose à l’avance, et que l’on inter­prétera pen­dant le direct.

Sur une table, un rouleau de papi­er de plus d’un mètre est étalé. Autour, des crayons, des ciseaux, du matériel de son, un cook­ie esseulé dans une assi­ette, des post-it, … Sur le papi­er, une frise séparée en actes, et plusieurs pistes qui por­tent des indi­ca­tions notée dans des cadres rec­tan­gles, par­fois col­orés.

Bien sûr, grâce aux pod­casts de Radio Cam­pus, on peut réé­couter les deux pre­mières émis­sions. L01, où on a décou­vert le for­mat :

S01, où on a com­mencé à faire pro­gress­er la forme dans la direc­tion de ce qui nous motive :

L’émission a lieu tous les pre­miers lundis du mois de 22h à 23h, sur les ondes de Radio Cam­pus Cler­mont-Fer­rand. Après ligneux en jan­vi­er et strych­nine en févri­er, pré­parez vos oreilles à une explo­sion de sons pour le thème sur­prise du mois de mars, on va encore affin­er notre pra­tique.

Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie

Dif­fi­cile de pass­er à côté d’Amer­i­canah. J’ai l’impression que tout le monde l’a lu. J’ai décou­vert ce livre après avoir lu Pous­sière rouge, de Jack­ie Kay, et Là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle.

Amer­i­canah, ça racon­te la tra­jec­toire de vie d’une Nigéri­ane, immi­grée aux États-Unis d’Amérique, et qui finale­ment décide de revenir au Nige­ria. L’écriture est agréable, la nar­ra­tion cap­ti­vante. On décou­vre au fil du livre plein de ques­tion­nements intéres­sants, sur la dif­férence entre être afro-améri­cain ou être récem­ment immi­gré, sur la place de la femme, sur l’afroféminisme.

Dans ce livre, l’autrice partage égale­ment avec ses lecteurs et lec­tri­ces son itinéraire de femme issue d’une classe aisée dans son pays d’origine, qui se retrou­ve con­fron­tée à la pré­car­ité de la con­di­tion de migrant : dif­fi­culté à trou­ver un emploi, à assumer ses oblig­a­tions finan­cières, vio­lence de la société, presque vio­lence de classe. C’est quelque chose que l’on con­naît en théorie, quand on y réflé­chit un peu, mais que j’ai trou­vé bien retran­scrit dans Amer­i­canah.

Une webradio avec Manuel Faouen

Au fil des années, le blog que vous lisez a évolué avec mes cen­tres d’intérêt. Aujourd’hui, si on y lit beau­coup de choses infor­ma­tiques, on y retrou­ve aus­si pas mal de con­tenu autour de la radio, et autour de la défi­cience visuelle.

Logique alors que je vous par­le d’un type vrai­ment chou­ette que j’ai ren­con­tré grâce aux inter­nets. Manuel Faouen vit en France, c’est un pro­fes­sion­nel de l’informatique. Il a mon­té une webra­dio asso­cia­tive, où il dif­fuse notam­ment un paquet de choses intéres­santes, dont quelques pod­casts sur le brico­lage, des­tinés aux non voy­ants. Car oui, si Manuel est un sur-act­if, il réalise tout ses pro­jets en dépas­sant les con­traintes liées à sa défi­cience visuelle.

Au fil du temps, on a ain­si pu échang­er ensem­ble autour du brico­lage informatique/électronique. Et puis récem­ment, je lui ai don­né un petit coup de main pour illus­tr­er le qua­trième arti­cle d’une série qu’il rédi­ge au sujet de la créa­tion d’une webra­dio.

sché­ma du mon­tage son pour un webra­dio, inclu­ant une con­sole, un ordi­na­teur et 4 micros

On retrou­ve donc les arti­cles pour met­tre en place une webra­dio :

Ne ratez pas cette série d’articles et tous les autres sujets abor­dés sur le site de Manuel Faouen.

Là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle

Lancé dans une série de lec­tures qui explorent les tra­jets d’humain·e·s entre con­ti­nents, et prof­i­tant des acqui­si­tions récentes de ma médiathèque de quarti­er, j’ai lu en décem­bre là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle.

J’avais lu juste avant Pous­sière rouge, de Jack­ie Kay, et j’y ai trou­vé autant de sim­i­lar­ités que de dif­férences. Une nar­ra­trice, noire de peau, qui racon­te son rap­port à l’Europe, sa terre d’accueil, et qui regarde aus­si vers la terre de ses orig­ines proches. Une forme à la fron­tière entre auto­bi­ogra­phie et roman, quelque chose qui inter­roge aus­si beau­coup les gens qui font du son.

Dans là où les chiens aboient par la queue, l’autrice part à la ren­con­tre de l’histoire de ses deux tantes et de son père, retraçant par ces con­ver­sa­tions une tra­jec­toire depuis la Guade­loupe jusqu’à Paris. Des années 60 dans cette anci­enne colonie, du racisme, de la débrouille, des paysages, de la saveur des quo­ti­di­ens. Des émeutes de mai 1967 à Pointe-à-Pitre et dans toutes l’île en général. De la con­di­tion des femmes dans cette cul­ture créole, de l’attirance pour les pro­duits du cap­i­tal­isme mét­ro­pol­i­tain.

On se laisse entraîn­er, à décou­vrir ces vies, toutes les trois si dif­férentes et si mêlées à la fois. Antoine est le per­son­nage qui attire le plus l’attention du lecteur. La tante de la nar­ra­trice, dont le prénom évoque le riche équili­bre du per­son­nage, féminin certes, mais qui empreinte aus­si par­fois au champ du mas­culin…

L’arrivée en métro­pole est pro­gres­sive­ment évo­qué au fil du roman, l’autrice racon­te pour cha­cun de ses per­son­nages les espoirs, les décon­v­enues, la réal­ité.

Roman de la ren­trée lit­téraire 2018, là où les chiens aboient par la queue a reçu un très bel accueil dans la presse, a été primé plusieurs fois. On s’en fout un peu quand on le lit, mais c’est bien de le savoir aus­si.

L’audiodescription au cinéma avec Audio Everywhere

L’audiodescription « con­siste à ren­dre acces­si­ble à un pub­lic défi­cient visuel le con­tenu d’une œuvre graphique (vidéo, image, etc.) en la com­plé­tant par une bande son qui vien­dra décrire le con­tenu graphique. » C’est ce qu’on pro­duit pour le court-métrage ou l’image fixe depuis quelques années main­tenant avec le col­lec­tif ADVOX.

La loi hand­i­cap de 2005 a été un véri­ta­ble déclencheur, et les dif­férents dif­fuseurs se sont pro­gres­sive­ment retrou­vés dans l’obligation de ren­dre acces­si­ble leurs con­tenus. Ain­si, de plus en plus de ciné­mas équipent leurs salles pour que l’on puisse suiv­re les films en audiode­scrip­tion.

Alors bien sûr, il ne s’agit pas de dif­fuser pour tout le pub­lic présent dans la salle le com­plé­ment de descrip­tion, mais plutôt de com­pléter la bande son du film à l’aide d’écouteurs indi­vidu­els, dans lequel on joue l’audiodescription, syn­chro­nisée sur la bande son col­lec­tive.

Avec cette explo­sion de la demande, mais pas unic­ité de la solu­tion tech­nique. Dans la plu­part des salles, jusqu’à présent, j’avais ren­con­tré un sys­tème con­sti­tué d’un émet­teur UHF et de petits boîtiers dans lequel on branche un casque audio. On peut citer par exem­ple les sys­tèmes Fidélio ou Cap­tiview.

Et puis cette semaine, en allant voir un film cette semaine, j’ai décou­vert un ciné­ma qui s’équipe de la tech­nolo­gie Audio Every­where. On installe une appli­ca­tion gra­tu­ite sur son télé­phone intel­li­gent, on active le wifi, et c’est notre télé­phone qui joue alors le rôle du boîti­er en dif­fu­sant le son de l’audiodescription dans notre casque. En tant qu’utilisateur, il nous suf­fit juste de choisir la chaîne « audiode­scrip­tion » pro­posée par l’application.

D’après les gérants de ce mul­ti­plexe, c’est la solu­tion la plus évo­lu­tive et la plus intéres­sante, et ils équipent petit à petit toutes leurs salles. Équiper une salle avec ce sys­tème revient à 5000 euros, ce qui est près de 4 fois moins cher que d’équiper une salle avec un émet­teur et une flotte de 20 boîtiers précédem­ment cités. Ça fait moins de matériel à met­tre à jour.

Mais de mon côté, si je com­prends l’intérêt pour les salles, j’y vois quelques incon­vénients. Tout d’abord, l’application n’est pas très intu­itive, pas traduite en français. Ça ne me dérange pas, mais ça peut frein­er des util­isa­teurs. Ensuite, dans le ciné­ma où nous étions, le wifi ser­vant à l’audiodescription néces­si­tait un mot de passe, que j’ai dû aller chercher auprès du per­son­nel, et que tous ne con­nais­saient pas. Ensuite, le sys­tème n’était pas opéra­tionnel, et ils ont dû aller le redé­mar­rer. Coup de chance que je m’y sois pris en avance. Si le sys­tème tombe en panne silen­cieuse­ment, c’est un peu ennuyeux. Dernier point, mais pas des moin­dres, si comme dans ce ciné­ma le réseau wifi est déjà sat­uré avec les dif­férents ordi­na­teurs et caiss­es con­nec­tées, il fau­dra que le ciné­ma fasse atten­tion à bien dimen­sion­ner son réseau au fil du temps.

De manière générale, en n’assurant pas un sys­tème com­plète­ment fonc­tion­nel au vis­i­teur, mais en ren­dant la solu­tion dépen­dante à la fois du sys­tème fourni, et du télé­phone du spec­ta­teur, le ciné­ma se désen­gage en par­tie de la fia­bil­ité de l’ensemble. Si ça ne marche pas, c’est peut-être parce que votre télé­phone a une appli­ca­tion incom­pat­i­ble, parce que votre con­nex­ion wifi marche mal, ou parce que vous n’avez plus de bat­terie. Alors, c’est de votre faute, à vous, spec­ta­teur.

Mais en même temps, si le sys­tème se démoc­ra­tise, et c’est l’envie de l’entreprise à l’origine du pro­duit, on pour­rait imag­in­er utilis­er cette appli­ca­tion à peu près partout, au restau­rant pour avoir de l’information sur un menu, dans un stade de sport pour avoir les com­men­taires en direct, lors d’une célébra­tion pour avoir une tra­duc­tion en direct… Partout où un sys­tème de stream­ing de son à l’usage du vis­i­teur est utile…

Le sonoscope, outil à décrire sa pratique créative

Avec Théo, en ren­trant de Brux­elles, où nous étions aux 35 ans de Radio Panik avec les copains copines d’Utopie Sonore, on dis­cu­tait du défi que l’on se lance sou­vent, et qui con­siste à se lancer dans une créa­tion col­lec­tive avec des per­son­nes que l’on apprend à décou­vrir pen­dant ce proces­sus créatif.

Ça nous arrive au sein du cri de la girafe, mais aus­si à Radio Cam­pus, aux Utopies Sonores, etc.

Chacun·e des participant·e·s vient avec des envies dif­férentes, sur la forme, sur la manière de procéder, sur le type de pro­pos que l’on veut porter. Par­fois, ces envies sont proches de ses pra­tiques. Par­fois, un·e participant·e a envie de sor­tir de sa zone de con­fort. C’est vari­able. Mais au moment de se lancer dans la créa­tion col­lec­tive, ces envies sont rarement exprimées : on va par­ler de plein de choses, évo­quer des idées de con­tenu, des inten­tions, des exem­ples de créa­tions passées. Mais on n’abordera pas sou­vent la manière dont on va créer ensem­ble.

Alors, en atten­dant que les gilets jaunes lais­sent pass­er aux voitures leur bar­rage fil­trant à la fron­tière fran­co-belge, on a com­mencé à imag­in­er un truc, le sono­scope. Ça se présente comme une série d’échelles, où on se posi­tionne, décrivant ain­si notre pra­tique actuelle, ou celle que l’on appelle de nos vœux. Puis on peut ensuite partager cette représen­ta­tion syn­thé­tique à ses copains et copines.

Par exem­ple, voilà à quoi ressem­ble mon proces­sus créatif en son en 2018.

Bon, je ne sais pas encore com­ment l’outil va évoluer, si on pour­ra super­pos­er deux sono­scopes pour con­stater leur simil­i­tude ou leur dif­férence, si on va ajouter des échelles, si on va faire évoluer la forme, mais j’ai rapi­de­ment écrit un bout de code pour matéri­alis­er cette idée grif­fon­née sur un car­net… 

Le sono­scope, vous en pensez quoi ? On a besoin de votre avis !

Poussière rouge, de Jackie Kay

J’aime beau­coup lire ce qu’écrit le col­lec­tif Cas­es Rebelles, dont le site inter­net porte le sous-titre PanAfroRévo­lu­tion­naires. On y lit de l’afroféminisme, de l’autodéfense, de la cul­ture des luttes, des points de vue sur les poli­tiques migra­toires crim­inelles, et plein d’autres choses pas­sion­nantes. On peut les suiv­re sur Face­book, sur le super site inter­net, et le col­lec­tif Cas­es Rebelles a même un pod­cast !

Récem­ment, ils pro­po­saient la lec­ture de Pous­sière Rouge, de Jack­ie Kay. À la médiathèque de Jaude, le livre n’était pas emprun­té, alors j’en ai prof­ité. 

Ce livre est vrai­ment chou­ette, il racon­te le par­cours de l’autrice, poète, nou­vel­liste et roman­cière, à la recherche de ses par­ents biologiques. Élevée en Écosse par un cou­ple de com­mu­nistes plein d’humour et de pétil­lant, Jack­ie inter­roge son his­toire per­son­nelle, elle qui n’a pas la même couleur de peau que ses par­ents. Au fil de son réc­it, on décou­vre ses inter­ro­ga­tions sur l’héritage biologique et social, sa redé­cou­verte du racisme, sa place en tant que femme dans cette his­toire, le poids des croy­ances, des reli­gions, des his­toires de famille.

On se promène à Lagos, à Aberdeen, dans des coins reculés, à Glas­gow aus­si.

Du bon usage d’un enregistreur

Les logi­ciels pour le mon­tage, c’est bien, mais il faut com­mencer par enreg­istr­er les choses avant d’en faire une pièce sonore. Cela fait presque trois ans que j’utilise un enreg­istreur Tas­cam DR-40. Au fil du temps, j’ai appris à m’en servir, j’ai ajusté cer­taines choses, et je prof­ite du temps hiver­nal pour en faire une petite syn­thèse ici.

Format de fichier et pré-amplification

J’enregistre tou­jours en wav, avec une pré­ci­sion de 24 bits.

J’ai choisi d’éliminer le mp3, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’avec les gross­es cartes mémoire que l’on a aujourd’hui, on dis­pose de nom­breuses heures d’enregistrement, avec un for­mat à moins d’un gigaoctet à l’heure. Inutile donc de choisir un for­mat de com­pres­sion avec perte. L’autre prob­lème du mp3 sur les Tas­cam, c’est que l’utilisation du cir­cuit de com­pres­sion pro­duit un bruit numérique dans les fichiers, ce qui les rend inutil­is­ables.

Ensuite, j’ai choisi d’utiliser du 24 bits et non du 16 bits afin d’avoir une bonne pré­ci­sion quand le son est faible. Ain­si, je sol­licite le moins pos­si­ble le pré-ampli de l’enregistreur, générale­ment entre -18 et -8 dB, sans avoir de prob­lème au moment de la nor­mal­i­sa­tion.

D’autre part, j’enregistre avec un échan­til­lon­nage de 44.1 kHz si je fais du son pour la radio, et en 48 kHz si je fais du son pour l’image, car ce sont les stan­dards pra­tiqués dans cha­cun de ces domaines, et que sinon, cela impose un rééchan­til­lon­nage qui peut être source de bruits par­a­sites.

Si vous voulez en lire plus au sujet de la numéri­sa­tion du son, je vous invite à lire l’article son et math­é­ma­tiques que j’ai écrit il y a peu.

Micros externes et FetHead

Je prends tou­jours soin d’utiliser un micro qui cor­re­sponde à mes besoins :

  • Les micros internes du zoom quand je veux faire une prise d’ambiance, ou que je veux enreg­istr­er rapi­de­ment une voix, tout en sachant que l’environnement sera aus­si cap­té.
  • Un micro omni­di­rec­tion­nel dynamique (comme un Sennheis­er MD-21 ou un LEM DO 21 B, ces incon­tourn­ables micros de reportage), quand je veux pren­dre une belle voix, et garder un peu de l’ambiance autour, par exem­ple en man­i­fes­ta­tion.
  • Un micro car­dioïde dynamique (le fameux Shure SM58, ou un peu moins cher le AKG D5), de ces micros que l’on utilise sur scène pour la voix, quand il s’agit de pren­dre juste une voix, ou une source ponctuelle, et éviter de capter tous les sons de l’environnement.
  • Un micro car­dioïde sta­tique large mem­brane (j’utilise pour ma part le nou­velle­ment arrivé Aston Ori­gin), quand il s’agit de faire une prise de son très pré­cise, dans un envi­ron­nement maîtrisé comme une cab­ine d’enregistrement (j’utilise mon dress­ing pour cela).
  • Une paire ORTF sta­tique (pour ne pas cass­er sa tire­lire, on peut choisir par exem­ple un super­lux S502) pour une prise stéréo avec une belle pré­ci­sion, comme un paysage sonore par exem­ple.

Si j’utilise un micro externe, je ne manque pas d’utiliser des pré-ampli Fet­Head, qui (on ne le répète jamais assez) per­me­t­tent d’obtenir un son d’une qual­ité qua­si irréprochable, même avec un petit enreg­istreur comme le DR-40. Si vous n’êtes pas con­va­in­cus, lisez l’article que j’avais écrit à ce sujet…

Bonnettes, filtres anti-pop et positionnement du micro

Il faut aus­si bien sûr équiper ses micros des fil­tres néces­saires pour éviter les bruits par­a­sites : le souf­fle du vent, les plo­sives d’un locu­teur.

Pour le vent, on peut très facile­ment con­fec­tion­ner des bon­nettes anti-vent avec du tis­su à poil, du moment que le sup­port soit fin.

Pour les plo­sives, il faut s’adapter à la sit­u­a­tion. Les plo­sives, ce sont ces con­sonnes « p », « t », et les autres « f » qui pro­duisent en sor­tie de bouche des petites poussées d’air très rapi­des. Si la bouche est exacte­ment en face du micro, l’air va venir écras­er la mem­brane du micro, et pro­duire un son très sat­uré. La pre­mière pré­cau­tion con­siste donc à tourn­er le micro, de sorte qu’il pointe bien la bouche du locu­teur, mais de façon à ce que l’air ne l’atteigne pas. On met donc le micro légère­ment de côté. Atten­tion cepen­dant à ne pas vis­er depuis le haut ou depuis le bas, car le son de la voix change alors, devenant par exem­ple plus nasil­lard.

Bien sûr, cela ne suf­fit pas tou­jours, et il on en vient vite à utilis­er une bon­nette anti-pop faite en mousse pour l’extérieur, ou un fil­tre anti-pop pour le stu­dio. Pour ma part, j’ai choisi un fil­tre anti-pop en métal, car il se lave facile­ment, est plus solide que la ver­sion en tis­su, et fait très bien le job.

Amortissements

Si on utilise les micros internes, il faut s’assurer de ne pas manip­uler l’enregistreur, faute de quoi le con­tact des mains sur le plas­tique pro­duira des sons par­a­sites (moins qu’avec le Zoom H4n, mais pas mal quand même). Une solu­tion sim­ple con­siste à pos­er l’enregistreur, et à ne plus y touch­er. J’utilise pour cela dif­férentes solu­tions.

Tout d’abord, il y a le petit sup­port en caoutchouc fourni par le fab­ri­cant, qui se loge dans la petite trappe des piles, et se fixe dans le pas de vis, afin de pos­er l’enregistreur hor­i­zon­tale­ment. J’ai mis du temps à décou­vrir où le ranger, heureuse­ment que Théo était là pour me le dire.

Il y a ensuite la solu­tion d’un trépied d’appareil pho­to, lesquels sont com­pat­i­bles avec le pas de vis situé der­rière l’enregistreur. Pour ma part, j’utilise un trépied qui peut aus­si se fix­er comme un serre-joint. Très pra­tique.

Et puis par­fois, on aimerait faire tenir l’enregistreur ver­ti­cale­ment. Mal­heureuse­ment, dans sa ver­sion sor­tie d’usine, impos­si­ble de réus­sir cette prouesse, car les pris­es XLR sont équipées d’une petite languette de métal qui casse la sta­bil­ité. Mais on peut facile­ment résoudre le prob­lème à l’aide de deux butées auto­col­lantes. J’ai trou­vé les miennes dans un mag­a­sin de brico­lage, elles doivent faire 3mm de haut, et sta­bilisent com­plète­ment l’appareil.

Kit main libre

Quand on utilise un micro extérieur, on a vite les main encom­brées : enreg­istreur d’un côté, micro de l’autre. Mais puisque l’enregistreur ne sert pas de micro, on peut très bien le lâch­er ! J’ai récem­ment trou­vé une solu­tion plutôt con­fort­able : une petite boucle en métal, que l’on peut fix­er sur le pas de vis au dos de l’enregistreur, et un mous­que­ton, afin de sus­pendre l’enregistreur, et ain­si se libér­er une main. Une affaire qui roule !

Diffuser une émission de radio via Facebook Live

À l’occasion de la pro­jec­tion en avant-pre­mière de Libre, le film qui racon­te l’aventure de Cédric Her­rou dans la val­lée de la Roya, Alpha de l’émission Faratanin Fra­ter­nité a réal­isé une inter­view du mil­i­tant. Elle sera dif­fusée le 6 octo­bre sur l’antenne de Radio Cam­pus Cler­mont-Fer­rand.

Cédric a gen­tille­ment pro­posé de dif­fuser l’émission en direct sur sa page Face­book. J’ai donc cher­ché com­ment con­necter le stream ice­cast de Radio Cam­pus sur Face­book. Voici com­ment faire :

  • Pré­par­er une image fixe, dans l’idéal d’une petite réso­lu­tion (512x512 par exem­ple), afin d’économiser de la bande pas­sante, dans la suite nom­mée image.jpg. On peut utilis­er la ligne de com­mande con­vert grosse-image.jpg -resize 512x512 -qual­i­ty 75% image.jpg pour réalis­er une con­ver­sion en ligne de com­mande depuis une grosse image.
  • Iden­ti­fi­er l’adresse du flux audio de votre radio, dans notre cas http://campus.abeille.com:8000/campus
  • Se ren­dre sur Face­book et créer un live, ren­dre éventuelle­ment per­sis­tante la clé, afin de facile­ment repro­duire la manip­u­la­tion. Recopi­er l’adresse et la clé de dif­fu­sion (cled­if­fu­sion ci-dessous) pro­posée par la plate­forme
  • Sous GNU/Linux, utilis­er ensuite la com­mande suiv­ante :
​ffmpeg -r 30 -loop 1 -i image.jpg -i http://campus.abeille.com:8000/campus -c:a libfdk_aac -c:v h264 -b:v 768k -preset ultrafast -tune stillimage -pix_fmt yuvj444p -g 60 -profile:v high444 -level 4.2 -f flv "rtmp://live-api-s.facebook.com:80/rtmp/clediffusion"

On peut éventuelle­ment rem­plac­er libfdk_aac par aac si le codec n’est pas disponible.

Cette com­mande est inspirée d’une dis­cus­sion sur stack­over­flow. Elle encode la vidéo avec l’envoi d’une seule image par sec­onde, et une com­pres­sion audio cor­re­spon­dant à ce qui est dif­fusé sur la plate­forme.

Dans mes expéri­men­ta­tions, j’ai dû baiss­er de manière impor­tante la réso­lu­tion de l’image afin d’éviter des sacades qui appa­rais­saient toutes les deux à trois sec­on­des.