Ruse48 à US19

Comme tous les ans, avec quelques gira­phones, je par­ticipe à Utopie Sonore. Une ren­con­tre de créa­tion sonore, où au fil des ans (2016, 2017, 2018) on a ren­con­tré des gens géni­aux, appris plein de choses, réal­isé une foule de trucs avec du son…

Cette année, on rompt un peu avec les habi­tudes. Après trois années à la cour des Aulnays, Utopie Sonore se déroulera cette année à Pol’n, en plein cœur de Nantes. Au pro­gramme : ate­liers de pra­tique sonore, échanges, décou­vertes, et resti­tu­tion en fin de séjour.

Et cette fois-ci, on a vu les choses en grand, avec 48 heures de radio éphémère. Ça s’ap­pellera Ruse48, et le site inter­net est déjà en place, sur les serveurs de Radiocratie.

Page d’ac­cueil du site de Ruse48

On invite bien sûr toutes les radios qui le souhait­ent à dif­fuser en direct les 48 heures de resti­tu­tion de US19. Pour cela, rien de plus sim­ple, il vous suf­fit de repren­dre le flux mis à dis­po­si­tion : https://flux.radiocratie.com/flux.

Paris, la forme d’une ville, de Michaël Darin

Alors que le pro­jet ACTIVmap vient d’obtenir le sou­tien de l’Agence Nationale de la Recherche, je con­tin­ue à m’in­téress­er aux ques­tions d’urban­isme et de car­togra­phie.

Et quoi de mieux qu’un mois de juil­let canic­u­laire pour se plonger dans un bon bouquin. Je suis donc tombé à la médiathèque de jaude sur un exem­plaire de Paris, la forme d’une ville, de Michaël Darin, sous-titré pré­cis d’anatomie urbaine, du moyen-âge à nos jours. 216 pages riche­ment illus­trées de pho­tos récentes et d’archives, de plans, de cartes, de dessins de façades…

Out­re ces très bonnes illus­tra­tions, j’ai beau­coup aimé l’an­gle dévelop­pé par l’au­teur, qui pro­pose pas à pas de com­pren­dre la stuc­ture de la ville, depuis l’échelle du bâti­ment jusqu’au Paris du périphérique. On perçoit au fil des siè­cles qui passent le com­plexe mélange de cha­cune des déci­sions poli­tiques, par­fois suiv­ies d’ef­fets, jamais pleine­ment abouties, et des volon­tés indi­vidu­elles, des usages privés de la ville, qui ont fait de la cap­i­tale ce qu’elle est aujour­d’hui.

On y retrou­ve l’his­toire de prom­e­nades et des boule­vards, évo­quée dans Paris-Lon­dres, les mod­i­fi­ca­tions con­stantes des voies de cir­cu­la­tion pour sat­is­faire aux nou­veaux modes de trans­port, les proces­sus d’ex­pan­sion de la ville, et les dif­férentes typolo­gies de quartiers et de rues.

Tou­jours illus­trés de pho­togra­phies, les chapitres se suiv­ent, évo­quant l’hétérogénéité de style ou d’époque d’une rue, celles qui au con­traire ont une cohérence, les lotisse­ments, les îlots restruc­turés, les pro­jets archi­tec­turaux du XXe siè­cle…

À dévor­er.

Alias souris et clavier

J’u­tilise depuis quelques temps une souris sans fil qui cor­re­spond bien à mes besoins. Quand on utilise beau­coup un ordi­na­teur, il faut bien choisir ses périphériques. J’aime bien sa forme (elle est symétrique et épurée), j’aime bien son poids (rel­a­tive­ment lourde pour une bonne iner­tie)… Et j’aime bien ses deux bou­tons sup­plé­men­taires, que l’on active en pous­sant la molette de la souris à droite ou à gauche.

Dans les nav­i­ga­teurs prin­ci­paux, type Chrome(ium) ou Fire­fox, ces bou­tons per­me­t­tent de revenir en arrière dans la nav­i­ga­tion web, enfin plus pré­cisé­ment de nav­iguer dans l’his­torique de la page, en avant et en arrière. Très pra­tique.

Cepen­dant, j’u­tilise plus volon­tier un nav­i­ga­teur léger, très bien inté­gré à kde, nom­mé falkon. Et là, les deux bou­tons retour et suiv­ant ne marchent pas. Je dois utilis­er les rac­cour­cis clavier « alt + flèche gauche » et « alt + flèche droite ». Heureuse­ment, on est sous GNU/Linux, et tout est con­fig­urable (bon, sous Win­dows aus­si en fait), et xbindkeys est l’outil qu’il me faut.

J’ai donc suivi les con­seils de Jim Priest (que je remer­cie au pas­sage), en com­mençant par iden­ti­fi­er les bou­tons grâce à la com­mande xev | grep button, puis en créant dans mon réper­toire per­son­nel un fichi­er .xbindkeysrc avec le con­tenu suiv­ant :

 "xte 'keydown Alt_L' 'key Left' 'keyup Alt_L'"
  b:8

 "xte 'keydown Alt_L' 'key Right' 'keyup Alt_L'"
  b:9

La pre­mière ligne indique que l’on doit simuler la pres­sion tenue sur la touche alt de gauche, la pres­sion sur la touche gauche, puis le relâche­ment de la touche alt gauche. La deux­ième ligne indique que c’est lorsque le bou­ton d’i­den­ti­fi­ant 8 de la souris sera activé que l’on doit simuler cette séquence de touch­es. Les deux lignes suiv­antes dévelop­pent la même idée avec la touche gauche, et l’autre bou­ton de la souris.

Une fois redé­mar­rée la ses­sion graphique, ça fonc­tionne par­faite­ment !

Réaliser de la fiction audio

Pro­duire du son pour la radio, c’est pas­sion­nant. Il y a plein de ques­tions aux­quelles il faut réfléchir, pour com­bin­er les sources. La voix est bien sûr un élé­ment essen­tiel, peut-être encore plus quand il s’ag­it de fic­tion.

Depuis quelques années, je m’in­téresse beau­coup aux formes que peu­vent pren­dre les voix dans un enreg­istrement : la voix du jour­nal­iste, de l’an­i­ma­teur, de l’in­ter­vieweur à la radio, la voix d’une audiode­scrip­tion, la voix pour la fic­tion. La tech­nique d’en­reg­istrement est essen­tielle bien sûr — choix du micro, de l’en­vi­ron­nement, dis­tance au micro, dic­tion — mais le mode de nar­ra­tion est aus­si une ques­tion très intéres­sante.

Le livre audio

Le livre audio est issu d’une longue tra­di­tion de lec­ture à voix haute, tel que le rap­porte Julie Gatineau en 2015 dans son mémoire de diplôme de con­ser­va­trice de bib­lio­thèque inti­t­ulé le livre audio : quel des­tin pour un objet hybride en bib­lio­thèque ?

Si les rares librairies sonores ont énor­mé­ment de mal à sur­vivre à la dématéri­al­i­sa­tion des sup­ports audio, le nom­bre d’au­di­teurs est en nette aug­men­ta­tion, notam­ment avec l’émer­gence des dis­posi­tifs d’é­coute itinérants (smart­phones, autora­dios lecteurs mp3, …).

Au delà des formes com­mer­ciales, notam­ment pro­duites par Novaspot, il existe de nom­breuses pra­tiques ama­teures, des­tinées à une dis­tri­b­u­tion non com­mer­ciale. On peut penser aux pro­duc­tions des passionné·e·s de pod­casts, mais aus­si aux pra­tiques d’en­reg­istrement de livres pour défi­cients visuels portées par des asso­ci­a­tions comme les don­neurs de voix.

On peut aus­si évo­quer les formes non linéaires de nar­ra­tion, à la manière des livres dont vous êtes le héros de mon enfance, pro­posés par Lunii, qui ouvrent encore une autre forme d’é­coute…

Le théâtre radiophonique

Une autre pra­tique his­torique et par­al­lèle est celle du théâtre radio­phonique. En France, ces pro­duc­tions sont ancrées dans une tra­di­tion de longue date, avec l’ORTF puis aujour­d’hui Radio France, qui s’est adap­tée au numérique en pro­posant une plate­forme dédiée à la fic­tion sur son site inter­net.

Avec des adap­ta­tions récentes à grand bud­get, comme celles des aven­tures de Tintin, la radio nationale prend aus­si le temps de racon­ter la manière dont ses per­son­nels tra­vail­lent. Les mak­ing of sont très intéres­sants à explor­er.

Les sagas MP3

Avec l’ar­rivée d’in­ter­net, de l’or­di­na­teur per­son­nel, et des solu­tions de MAO, on assiste à la démoc­ra­ti­sa­tion de la pro­duc­tion de fic­tion audio, sous une forme ama­teure, pleine d’én­ergie, et qui démar­rent avec le très con­nu Don­jon de Naheul­beuk. Ce sont les saga MP3.

On trou­ve notam­ment une grosse com­mu­nauté de réal­isa­teurs et d’au­di­teurs sur le forum Neto­phonix. Leurs pra­tiques, au début mar­quées par les pre­mières séries, se sont ensuite diver­si­fiées, et l’on trou­ve aujour­d’hui des formes très divers­es.

On pour­ra d’ailleurs con­sul­ter le site de François TJP, pour une revue des fic­tions de référence.

Les formes de narration

On pour­rait penser qu’il existe une cer­taine homogénéité dans les formes de nar­ra­tion pra­tiquées pour le livre audio, et la fic­tion en général. En vérité, il n’en est rien. Il existe de nom­breuses manières de com­pos­er les choses, depuis la lec­ture mono­corde jusqu’au théâtre radio­phonique. Voici quelques-unes des pistes que l’on peut explor­er quand on met en ondes un texte de fic­tion.

Mettre le ton

Tout d’abord, il y a le ton, ce qui per­met à un lecteur de mar­quer la dis­tinc­tion entre un pas­sage nar­ratif et un dia­logue, qui per­met de ryth­mer les pas­sages à sus­pense, ceux à sur­prise, les inter­ro­ga­tions.

À une extrémité, on trou­ve les enreg­istrements des­tinés à l’au­diode­scrip­tion, qua­si­ment neu­tres de toute inten­tion, pour ne pas influ­encer l’au­di­teur.

Extrait de l’au­diode­scrip­tion du film Bonobo de Zoel Aeschbach­er, réal­isée par ADVOX en 2018.

Un peu plus loin, cer­tains enreg­istrements sont très neu­tres, et l’on dis­tingue juste les dif­férents pas­sages par des mar­ques nar­ra­tives, indiquées dans le texte. C’est sou­vent le cas des textes aux dis­cours indi­rects.

Puis à l’autre extrémité, on trou­ve des textes très joués, presque inter­prétés, où la dic­tion est même adap­tée suiv­ant le per­son­nage, le débit évolu­ant, l’in­ten­sité aus­si. Voix chu­chotée, voix par­lée, voix qui porte pour inter­peller…

Extrait de Fan­tas­tique Maître Renard, livre audio édité chez Audi­ble, avec la voix de Daniel Prévost.

Entre les deux, on ren­con­tre plein de pra­tiques, avec des dic­tio­ns plus ou moins mar­quées d’une époque. Le ton peut être fam­i­li­er, ou au con­traire assez ampoulé, le débit très lent… La diver­sité des styles rend l’ex­péri­ence de l’é­coute mul­ti­ple.

Extrait de Jack et le hari­cot mag­ique, lu par Bernard-Pierre Don­nadieu en 1988 au micro de Mar­guerite Gateau, pour France Cul­ture. Red­if­fu­sion en 2017 dans l’émis­sion esti­vale Lec­tures d’en­fance.
Extrait du livre audio Les deux gredins, de Roald Dahl, édité chez Audi­ble, avec la voix de Claude Villers.

On trou­ve aus­si des formes d’écri­t­ure qui guident l’in­ter­pré­ta­tion. Par exem­ple, quand le per­son­nage s’adresse directe­ment à l’au­di­teur, cas­sant le qua­trième mur.

Extrait de C’est la vie !, un feuil­leton radio­phonique de RFI, pro­duit en 2019.

Interpréter les personnages

Par­fois aus­si, le nar­ra­teur donne un accent, une tex­ture à la voix d’un per­son­nage, une tes­si­ture. La voix aura un son cav­erneux, une musi­cal­ité sif­flante, fluette, ou encore nasil­larde. Le per­son­nage aura un ton mesquin, coquet, naïf, arro­gant, …

Extrait de Har­ry Pot­ter et la Cham­bre des Secrets, édité chez Audi­ble, et lu par Bernard Giraudeau.

La dif­fi­culté réside ici dans la capac­ité à tenir ces inter­pré­ta­tion dans la longueur de l’en­reg­istrement.

Utiliser plusieurs voix

Il arrive par­fois que le texte utilise non pas une seule voix, mais plusieurs. Dif­férentes dis­tri­b­u­tions peu­vent être ren­con­trées. On peut par exem­ple utilis­er un nar­ra­teur, et une ou des voix dif­férentes pour les dia­logues.

Extrait de Char­lie et la choco­la­terie, lu par Claude Villers, Éti­enne Fer­nagut, Sophie Wright, Muriel Flo­ry, et Chris­tine Authi­er.

Plus on s’ap­prochera du théâtre radio­phonique, et plus on aura une voix par per­son­nage. Dans les deux extraits qui suiv­ent, on peut appréci­er la dif­férence d’adap­ta­tion et d’in­ter­pré­ta­tion à plus de 50 ans d’é­cart du même pas­sage de la bande dess­inée d’Hergé.

Extrait des 7 boules de cristal, feuil­leton radio­phonique en 15 épisodes réal­isé par l’ORTF en 1960, à retrou­ver sur le site de l’I­NA, et en écoute sur le site de France Cul­ture.
Extrait des 7 boules de cristal, présen­té sur France Cul­ture par la Comédie-Française, Moulin­sart avec l’Orchestre Nation­al de France en 2017. À réé­couter en pod­cast sur le site de France Cul­ture.

On peut aus­si sépar­er la par­tie nar­ra­tive en plusieurs voix. Par exem­ple, dans l’en­reg­istrement de Fan­tas­tique Maître Renard édité chez Gal­li­mard, Chris­tine Delaroche et Daniel Prévost se parta­gent les per­son­nages, ain­si que les par­ties nar­ra­tives proches de leurs per­son­nages, même si Daniel Prévost inter­prète la majeure par­tie des nar­ra­tions. Chris­tine Delaroche inter­prète majori­taire­ment les per­son­nages féminins et les enfants.

Extrait de Fan­tas­tique Maître Renard, livre audio édité chez Audi­ble, avec la voix de Daniel Prévost et de Chris­tine Delaroche.

Si l’on avait lais­sé à Daniel Prévost le soin de toutes les par­ties nar­ra­tives, on aurait eu très sou­vent un change­ment de voix, ce qui aurait ren­du dif­fi­cile la com­préhen­sion et le suivi du texte.

Les ambiances sonores

Les ambiances sonores peu­vent par­fois venir accom­pa­g­n­er les voix pour ren­dre plus vivants les livres. C’est un par­ti pris sou­vent ren­con­tré dans les livres audio pour enfants, ou lorsque la pro­duc­tion est claire­ment des­tinée à une écoute radio­phonique grand pub­lic.

Ces bruitages peu­vent par­fois être très légers, ils ser­vent à ryth­mer un texte, à l’aug­menter. On enten­dra une auto­mo­bile démar­rer, une porte cla­quer, un ani­mal miauler…

En allant plus loin encore, tout un envi­ron­nement peut être recon­sti­tué, se rap­prochant des pra­tiques du ciné­ma, même par­fois aug­men­tées de musiques (voir plus bas). C’est sou­vent le par­ti pris du théâtre radio­phonique.

Extrait du feuil­leton radio­phonique Le tem­ple du soleil, dif­fusé pour la pre­mière fois en 2019 sur France Cul­ture, avec la par­tic­i­pa­tion de la la Comédie-Française, de Moulin­sart, et avec l’Orchestre Nation­al de France.

Les techniques d’enregistrement

La manière la plus courante d’en­reg­istr­er un livre audio est de plac­er un micro à courte de dis­tance du nar­ra­teur, à la manière du voice-over. La voix est celle de la radio, l’au­di­teur ne perçoit pas l’e­space d’en­reg­istrement. On évite aus­si les jeux de prox­im­ité. Le micro est ren­du trans­par­ent, il s’ag­it d’une lec­ture.

Extrait du livre audio Miss Pere­grine et les enfants par­ti­c­uliers, lu par Ben­jamin Jungers.

Mais par­fois, au con­traire, on veut don­ner vie à la matière de la voix elle-même, dans un espace plus ou moins grand, plus ou moins traité acous­tique­ment, qui va réson­ner, être intérieur ou extérieur. Par­fois les acteurs et actri­ces joueront avec le micro, s’éloigneront, se rap­procheront au con­traire.

Extrait de l’adap­ta­tion radio­phonique du roman De la Terre à la Lune, dif­fusée pour la pre­mière fois en 1960 par France III Nationale.

Plus on va dans cette direc­tion, plus on s’ap­proche d’une pra­tique de théâtre radio­phonique.

Utiliser la musique

La musique en par­ti­c­uli­er, et les sons abstraits en général sont des élé­ments qui vien­nent facile­ment aug­menter une nar­ra­tion. On peut ren­con­tr­er ces élé­ments sonore comme des mar­queurs de fin de chapitre, ou de tran­si­tion dans la nar­ra­tion.

Extrait de Le Hob­bit, lu par Dominique Pinon.

On peut aus­si utilis­er la musique comme un moyen de soutenir la nar­ra­tion, pour ampli­fi­er ou faciliter la com­préhen­sion d’une sit­u­a­tion, à la manière dont le ciné­ma le pra­tique : pour soutenir le sus­pense, aug­menter un pas­sage dra­ma­tique, etc.

Extrait de Matil­da, lu par Chris­t­ian Gonon et 7 autre comé­di­ens.

On ren­con­tre même des exem­ples où l’am­biance sonore est qua­si­ment un tapis con­tinu…

Extrait du livre audio Les révoltés du Boun­ty, et lu par Lu par : Chris­t­ian Fromont, Jean-Claude Landi­er, Will Maes et Cyril Deguillen.

Ces élé­ments sonores musi­caux peu­vent pren­dre des formes de qua­si bruitage, pour évo­quer des événe­ments de l’his­toire.

Extrait de la fée du robi­net, tiré des incon­tourn­ables con­tes de la rue Bro­ca, lu par Pierre Gri­pari et François Morel.

Enfin, on trou­ve aus­si les chan­sons comme élé­ments com­plé­men­taires à la nar­ra­tion, comme dans les comédies musi­cales.

Extrait de Allo doc­teur Ludo, une comédie musi­cale vrai­ment géniale, avec la voix de François Morel.

Au delà de la fiction

Dans le doc­u­men­taire aus­si, on doit réfléchir à la voix. Même si ce n’est pas le sujet de cet arti­cle, j’avais tout de même envie d’évo­quer quelques vari­a­tions, depuis les inter­pré­ta­tions très neu­tres jusqu’aux doc­u­men­taires à sen­sa­tion, en pas­sant par les choses plus sub­tiles.

En par­ti­c­uli­er, j’aime énor­mé­ment le ton qu’u­til­i­sait Jean-Christophe Vic­tor dans le dessous des cartes.

La voix de Jean-Christophe Vic­tor dans l’émis­sion le dessous des cartes, avant son décès en 2016.

Dans les formes plus mar­quées, on trou­ve le nou­veau pro­gramme très réussie de France Inter à des­ti­na­tion des enfants, Les Odyssées. Le ton, la musique, l’am­biance font un peu penser à ces doc­u­men­taires améri­cains comme les bâtis­seurs de l’im­pos­si­ble, où tout est incroy­able…

Extrait de l’épisode des Odyssées con­sacré à Apol­lo 11.

Dans un style très dif­férent, on trou­ve aus­si des poèmes com­posés musi­cale­ment, par Jacques Reboti­er.

Litanie de la vie j’ai rien com­pris, de Jacques Reboti­er

Remerciements

Je ne pou­vais pas finir cet arti­cle sans un clin d’œil à Denis et Cather­ine de la com­pag­nie du Chat noir, qui ont été pen­dant de nom­breuses années nos deal­ers de quartiers du livre audio. Leurs con­seils avisés ont été source de nom­breuses joies, et le sont tou­jours…

Je remer­cie aus­si Blast pour les com­plé­ments à la pre­mière ver­sion de cet arti­cle, qui m’ont per­mis d’a­jouter des liens et infor­ma­tions sur les saga mp3.

Lunii

Il y a quelques années, je lisais sur le blog de Mor­gane un bil­let au sujet d’une petite boîte mag­ique, la fab­rique à his­toires Lunii.

Récem­ment, j’ai eu l’oc­ca­sion de l’es­say­er, et je dois avouer que le pro­duit est vrai­ment bien pen­sé : sim­ple à manip­uler pour l’en­fant, avec une grande var­iété d’his­toires, et tou­jours cette pos­si­bil­ité d’être acteur de l’é­coute. Car avec Lunii, on n’é­coute pas une his­toire, on la fab­rique, en choi­sis­sant les élé­ments qui vont la com­pos­er : per­son­nage prin­ci­pal, décor, objets, acolytes, … et c’est par­ti !

Cerise sur le gâteau, l’ap­pli­ca­tion de mise à jour des his­toires est disponible pour tous les sys­tèmes d’ex­ploita­tion, y com­pris GNU/Linux !

Les pos­si­bil­ités sem­blent très éten­dues, et on attend avec impa­tience un kit ou un logi­ciel pour pou­voir soi-même fab­ri­quer des his­toires dont on serait les héros…

Quelques ingrédients d’une pièce radiophonique

Quand on fab­rique du son pour la radio, et plus générale­ment pour que quelqu’un l’é­coute, il existe plein de tech­niques, de méth­odes, d’in­gré­di­ents que l’on peut utilis­er. Depuis quelques années, je lis pas mal autour du son, je dis­cute avec les copains et copines d’Utopie Sonore, du Cri de la girafe, de Radio Cam­pus. On échange aus­si avec les gens lors d’ate­liers sur le son ampli­fié au théâtre, ou autour de la descrip­tion du son.

De ces lec­tures et dis­cus­sions, ain­si que de mes expéri­men­ta­tions per­son­nelles pub­liées ou non, j’ai réu­ni dans le texte qui suit quelques idées, lignes de réflex­ion, qui peu­vent aider à penser le son. Je ne pré­tend pas être exhaus­tif, et les quelques pistes pro­posées doivent plus être vues comme des élé­ments de réflex­ion sur sa pra­tique, ou comme des out­ils d’aide à l’analyse cri­tique de pièces exis­tantes.

Des mots pour décrire le son

Quand on manip­ule du son, la pre­mière chose à faire pour le com­pren­dre, c’est de s’équiper d’un vocab­u­laire de descrip­tion. En musique et en physique, on a du vocab­u­laire pour décrire tout cela. Je vous ren­voie à l’ar­ti­cle que j’avais écrit sur les math­é­ma­tiques et le son, qui racon­te ce qu’est le son de ces points de vue : hauteur/fréquence, inten­sité, rythme, bat­te­ments par min­utes, etc.

En allant un peu plus loin, on peut s’in­téress­er à des travaux comme celui de Pierre Scha­ef­fer, explo­rateur théoricien d’un vocab­u­laire de descrip­tion du son : attaque/corps/chute, mais aus­si tex­ture, masse, dynamique, …

Ces out­ils sont utiles pour iden­ti­fi­er des sons sim­i­laires, repér­er ceux qui se fon­dront facile­ment l’un dans l’autre, ou au con­traire ceux qui ressor­tiront effi­cace­ment quand on les mélangera. Un son aigu, très lisse, com­posé d’une masse prin­ci­pale­ment dis­tribuée le long des har­moniques de la fon­da­men­tale (une note cristalline) ressor­ti­ra par exem­ple très effi­cace­ment au milieu d’un son de masse impor­tante, plutôt grave et rugueux (le son d’un moteur de camion).

Pierre Schaeffer présentant l'acousmonium
Pierre Scha­ef­fer présen­tant l’a­cous­mo­ni­um

Objets sonores

Pierre Scha­ef­fer a con­stru­it son tra­vail à par­tir de la déf­i­ni­tion d’objet sonore, ou entité sonore détachée de son con­texte. Quand on fab­rique des pièces à écouter, on assem­ble sou­vent plusieurs frag­ments sonores, que l’on super­pose, jux­ta­pose, mélange. Pour l’au­di­teur, peut importe la recette. Quand il va écouter la pièce, il pour­ra par­fois iden­ti­fi­er dis­tincte­ment plusieurs objets sonores qui se super­posent, par­fois au con­traire il ne percevra qu’une seule con­ti­nu­ité de son.

Com­pos­er une pièce con­siste donc à jouer avec ces dif­férents objets sonores pour qu’ils se répon­dent, se mélan­gent, se détachent, se com­bi­nent… Dans la suite, on évoque quelques manières de penser ces objets sonore, de les fab­ri­quer, et de les assem­bler, afin de con­stru­ire une pièce com­plète et cohérente.

Voix, musiques, ambiances, bruits

Une pre­mière manière de caté­goris­er ces objets sonores, c’est de les dis­tinguer suiv­ant ce qu’ils por­tent.

En pre­mier lieu, notre oreille est extrême­ment habituée à percevoir le son d’une voix humaine par­mi d’autres sons. Nous sommes aus­si très sen­si­bles aux mod­i­fi­ca­tions de ces sons : équal­i­sa­tion, glisse­ment de fréquences et autres arti­fices seront vite détec­tés, et pour­ront con­stituer une col­oration de la voix.

Il faut bien sûr dis­tinguer dans le son d’une voix le pro­pos qu’elle porte de la matière sonore qu’elle com­pose en elle-même. Par­fois, on pour­ra choisir des sons de voix sans se préoc­cu­per de leur sens, voire même en les masquant. D’autres fois, on tra­vaillera sur le pro­pos seul, et sa tex­ture sera ignorée, lais­sée brute, sans recherche d’esthé­tique sophis­tiquée. Si l’on tra­vaille à l’en­reg­istrement, la ques­tion du dis­posi­tif micro­phone est égale­ment un point impor­tant.

Une des pre­mières choses que l’on ajoute ensuite en radio après la voix, c’est de la musique. Du son conçu pour être joli à l’or­eille, har­monieux, ryth­mique­ment élaboré. Il assure une cer­taine sta­bil­ité à l’au­di­teur, qui peut s’ap­puy­er sur sa cul­ture d’au­di­teur pour écouter, ressen­tir sans devoir trop analyser. C’est un out­il très facile pour rehauss­er les ressen­tis de l’au­di­teur, aug­menter un côté dra­ma­tique, accentuer un pro­pos amu­sant, ou au con­traire se plac­er en con­tre­point. Mais c’est aus­si quelque chose de com­pliqué à utilis­er, car l’au­di­teur peut avoir ses pro­pres sou­venirs liés à un morceau, ce qui nuira à sa récep­tion. C’est aus­si un son très arti­fi­ciel, qui peut éloign­er l’au­di­teur d’une immer­sion dans un décor sonore, lui rap­pelant qu’il écoute un son com­posé. On peut aus­si s’in­ter­roger sur les ques­tions de droits d’au­teur, ou sur les prob­lé­ma­tiques de cap­ta­tion… Les com­po­si­tions récentes sont aus­si énor­mé­ment tra­vail­lées, et face à un son naturel paraître trop écras­antes, trop arti­fi­cielles…

Quand on capte les sons en extérieur, on est vite ten­té d’u­tilis­er une prise d’am­biance pour com­pléter un son, plac­er un décor. On peut par­ler de paysage sonore. C’est un ingré­di­ent clas­sique, mais dif­fi­cile à manip­uler, car elle néces­site d’être très soigneux dans sa cap­ta­tion pour ne pas souf­frir de gros défauts tech­niques. C’est aus­si quelque chose avec lequel tous les audi­teurs ne sont pas fam­i­liers, et qui teinte la pièce d’une dimen­sion doc­u­men­taire, dont l’esthé­tique est très puis­sante. On tra­vaille sou­vent ici avec des péri­odes de silence sur les autres élé­ments de la pièce, afin de laiss­er le décor s’in­staller.

Enfin, on com­plète ces élé­ments par des bruits, fig­u­rat­ifs ou non, qui vien­dront ponctuer et ryth­mer l’ensem­ble, soit en illus­trant des détails d’un paysage sonore, à la manière d’une loupe audi­tive, soit en mar­quant une tran­si­tion entre plusieurs moments de la pièce.

D’où vient le son

Il existe prin­ci­pale­ment deux sources de son : les sons cap­tés par un micro, que l’on pour­ra dire sons du réel, et les sons fab­riqués, que l’on pour­ra appel­er sons de syn­thèse. Dans les deux cas, il existe une grande diver­sité de sons.

Un micro­phone dans un stu­dio.

Les sons du réel peu­vent être issus d’un envi­ron­nement naturel, cap­tés dans la ville, issus d’un micro­phone à con­tact perce­vant les moin­dres vibra­tions d’un objet, ou encore cap­tées grâce à un micro très direc­tion­nel, comme une loupe sur un son en par­ti­c­uli­er… On pour­ra aller lire un arti­cle précédem­ment écrit sur la manière d’u­tilis­er un enreg­istreur pour repér­er quelques élé­ments clés de cette ques­tion de cap­ta­tion.

Les sons de syn­thèse peu­vent être pro­duits par un dis­posi­tif élec­tron­ique, infor­ma­tique, voire mécanique. Cette syn­thèse peut s’ap­puy­er sur des oscil­la­teurs, sur des généra­teurs aléa­toires, être conçu pour être agréable, ou désagréable, etc.

Au moment de la fab­ri­ca­tion, ces deux familles de sources (du réel vs de syn­thèse) sont générale­ment facile­ment iden­ti­fi­ables, sauf bien sûr si on s’a­muse à enreg­istr­er le son d’une son­nette élec­trique avec un micro. À l’or­eille, on arrive aus­si sou­vent à dis­tinguer les deux familles. Mais quand on com­mence à les mod­i­fi­er avec des plu­g­ins, des effets, des dis­tor­sions, on peut vite per­dre cette sépa­ra­tion. On obtient un con­tin­u­um, depuis les sons très réels issus du quo­ti­di­en, fig­u­rat­ifs et explicites de leurs sources, jusqu’aux sons très abstraits, qui sem­blent ter­ri­ble­ment syn­thé­tiques.

Il est cepen­dant dif­fi­cile de mélanger sim­ple­ment des sons des deux extrêmes sans que l’au­di­teur ressente tout de suite une impres­sion de col­lage bru­tal. Notre oreille capte deux canaux, qui vivent leur vie séparée. Deux objets sonores dis­tincts. En allant plus loin dans ce con­tin­u­um, on peut bien sûr percevoir plus de deux canaux, si les car­ac­téris­tiques de cha­cun d’eux est suff­isam­ment dif­férente.

Ce qui est intéres­sant, c’est que l’on peut jouer de cet assem­blage, en faisant se répon­dre les sons, voire en choi­sis­sant des sons dont les fréquences, le grain sont telle­ment sem­blables que l’on perd soudain l’au­di­teur en faisant fusion­ner ces sources. C’est à la fois un défi tech­nique, et un guide intéres­sant de la com­po­si­tion : tra­vailler à faire vivre ces sons au delà d’une jux­ta­po­si­tion bru­tale.

Ce tra­vail de fusion peut être réal­isé en amont, pour fab­ri­quer un objet sonore unique, ou au con­traire de manière dynamique, pour faire évoluer la pièce.

Structurer une pièce

L’un des aspects impor­tant est bien sûr la struc­ture glob­ale de la pièce. La penser en actes, en par­ties, en élé­ments ayant cha­cun une couleur, une inten­tion, une dom­i­nante… Ici cha­cun peut tra­vailler à sa manière, en s’in­spi­rant de pra­tiques exis­tantes, issues de la com­po­si­tion musi­cale, de l’art de la nar­ra­tion, de la con­struc­tion de doc­u­men­taires, etc.

Con­duc­teur papi­er de l’émis­sion Léthargiques Sub­stances Dis­parates

On peut par exem­ple faire se répon­dre deux types de pas­sages, les uns très doc­u­men­taires, les autres plus abstraits. On peut au con­traire mélanger ces deux aspects pour for­mer un ensem­ble con­tinu, ou le pro­pos, la couleur nar­ra­tive sera plutôt le fac­teur déter­mi­nant.

Chaque pro­jet a sa pro­pre trame, son pro­pre mécan­isme d’écri­t­ure sonore. Dans les pro­jets sur lesquels j’ai tra­vail­lé, je peux citer Léthargiques Sub­stances Dis­parates, où la pièce d’une heure était découpée en tableaux aux inten­tions préal­able­ment définies, un pro­jet de créa­tion sonore col­lec­tive, où les tableaux et les tran­si­tions avaient été pen­sées avant leur réal­i­sa­tion, ou les artichauts sonores, où on a cher­ché à mêler des formes dif­férentes. Dans Inter­face, la musique et les ambiances jouent un rôle impor­tant dans la tenue du rythme.

Un point impor­tant con­siste à soign­er les tran­si­tions. On peut utilis­er des silences, des sons per­cus­sifs et très nets, ou au con­traire tra­vailler sur une tran­si­tion douce. On peut exploiter la vari­a­tion de reg­istre de con­tenu (voix, musique, ambiance, bruits) pour faciliter la lec­ture du change­ment de tableaux. En radio, on utilise par exem­ple sou­vent le principe de vir­gule musi­cale quand on con­stru­it un con­duc­teur.

Une habi­tude prise avec les ami·e·s du cri de la girafe a con­sisté à être très soigneux sur les pre­miers moments des pièces pro­duites, autant sur le fond que sur la forme, afin d’ac­crocher l’au­di­teur, et ain­si l’in­viter à pro­longer son écoute. C’est une pra­tique qui sem­ble essen­tielle, à l’heure où de plus en plus d’é­coutes se font en pod­cast.

Travailler par plans

Com­po­si­tion d’une pho­to par plans.

Une autre manière de réfléchir les élé­ments sonores d’une pièce con­siste à les penser en terme de plans : le pre­mier plan, où l’é­coute est pleine­ment con­cen­trée, le sec­ond plan, où des détails vien­nent com­pléter les choses, et l’ar­rière-plan, qui dresse le décor. On pour­ra jouer sur le vol­ume, sur la spa­tial­i­sa­tion, sur des effets de réver­béra­tion par exem­ple, pour ouvrir le son depuis le micro jusqu’au loin­tain.

Une manière de com­pos­er sim­ple­ment une scène con­siste à plac­er les voix au pre­mier plan, les bruits des objets manip­ulés par les pro­tag­o­nistes au sec­ond plan, et l’am­biance de la ville en arrière-plan, pour plac­er une dis­cus­sion au bal­con d’un apparte­ment mar­seil­lais par exem­ple.

Cette con­struc­tion par plans peut bien sûr évoluer au fil d’une scène, par exem­ple en faisant s’ap­procher pro­gres­sive­ment une bande musi­cale de l’au­di­teur : d’abord étouf­fée, cap­tée en con­di­tion naturelle pen­dant une fête entre amis, elle est pro­gres­sive­ment rem­placée par la ver­sion pro­pre, directe­ment prise sur le disque de l’artiste. C’est un effet que nous avons par exem­ple tra­vail­lé dans le générique de Faratanin Fra­ter­nité.

De l’importance des niveaux de détail

Niveaux de détails dans une com­po­si­tion 3D.

C’est en étu­di­ant la manière dont tra­vail­lent les info­graphistes que j’ai com­pris un élé­ment impor­tant de la com­po­si­tion sonore. Dans une série de vidéos et d’ar­ti­cles trai­tant de la manière de bien mod­élis­er des objets 3D, Jonathan Lam­pel rap­pelle l’im­por­tance d’inté­gr­er dans une com­po­si­tion des élé­ments à chaque échelle : des détails de grande taille pour struc­tur­er l’ensem­ble, des élé­ments de petite taille pour don­ner à la créa­tion un car­ac­tère dense, com­plet, réal­iste, et des détails à l’échelle inter­mé­di­aire pour ren­dre le tout naturel.

C’est en suiv­ant ce chemin de com­po­si­tion que l’on peut penser une créa­tion, en la ren­dant équili­brée suiv­ant dif­férents aspects : la longueur des objets sonores util­isés (des objets sonores qui s’étirent sur la longueur, aux élé­ments qua­si instan­ta­nés, en pas­sant par les objets de quelques sec­on­des de durée), la hau­teur des sons (des sons graves, médi­um et aigus), leur rugosité (liss­es, rugueux, inter­mé­di­aires), leur présence spa­tiale (des sons qui occu­pent tout l’e­space avec une réver­béra­tion intense, des sons très pré­cis comme pris au micro-canon), etc.

En choi­sis­sant de ne pas inclure des objets sonores de toutes les tailles sur ces dif­férentes échelles, on risque de créer un déséquili­bre. Ce déséquili­bre peut être un choix artis­tique, mais il est impor­tant d’en avoir con­science.

Pour aller plus loin

Par­mi les livres qui trait­ent de la com­po­si­tion sonore dans une voie un peu proche de ce qui est présen­té ici, on peut penser à Pour une écri­t­ure du son, de Daniel Deshays, ou aux livres de Michel Chion autour de l’écri­t­ure du son pour le théâtre ou le ciné­ma.

Sur un sujet proche, et en même temps éloigné, on peut écouter Poé­tiques de la radio, qui ques­tionne ce qu’est la pra­tique de la radio.

Le son binaural, c’est quoi ?

Depuis deux ans, on entend par­ler absol­u­ment partout du son bin­au­r­al. La pre­mière fois que j’ai réelle­ment décou­vert ce que cela sig­nifi­ait, c’é­tait à l’oc­ca­sion d’Utopie Sonore 2016, où un groupe de participant·e·s avait pu réalis­er quelques expéri­men­ta­tions.

Plus récem­ment, c’est à Longueur d’on­des 2019 que j’ai assisté à une démon­stra­tion de mix­age pour l’é­coute bin­au­rale.

Le monde de la radio et du son en général est en véri­ta­ble effer­ves­cence au sujet de ce qui est annon­cé par beau­coup comme une véri­ta­ble révo­lu­tion… On peut écouter des émis­sions à ce sujet, et même en écouter sur le site de Radio France dédié au son 3D

Mais qu’est-ce que c’est, le son bin­au­r­al ?

[Le son bin­au­r­al] est une tech­nique qui restitue l’é­coute naturelle, en trois dimen­sions.

Son bin­au­r­al : la 3D sonore — Le numérique et nous, Cather­ine Petil­lon, France Cul­ture, mai 2017

Cette pré­pa­ra­tion spé­ci­fique du son per­met de ressen­tir une impres­sion d’im­mer­sion très réal­iste. On se retrou­ve au cœur d’un univers sonore, bien plus qu’avec la stéréo clas­sique.

Pour com­pren­dre com­ment ça marche, il faut revenir un tout petit peu en arrière, et expli­quer com­ment notre sys­tème audi­tif fonc­tionne pour localis­er les sources des sons.

On écoute avec deux oreilles

Je ne reviendrai pas ici sur ce qu’est un son, ni sur la ques­tion du spec­tre audi­tif. Si ces ques­tions vous intéressent, je vous invite à con­sul­ter le début de l’ar­ti­cle que j’avais écrit sur la musique et les math­é­ma­tiques.

« Le son que je viens d’en­ten­dre a‑t-il été pro­duit devant moi, au dessus, sur la gauche, der­rière ? À 2 mètres, à 10 mètres ? » Les humains, comme beau­coup d’autres ani­maux, sont capa­bles de localis­er très pré­cisé­ment une source sonore dans l’e­space envi­ron­nant.

Pour cela, on utilise prin­ci­pale­ment nos deux oreilles. Une à gauche, une à droite. Comme elles sont placées de chaque côté de notre tête, et comme le son avance dans l’air ambiant à une vitesse de 340 mètres par sec­onde, il y a donc quelques mil­lisec­on­des de dif­férence dans la per­cep­tion du son par les deux oreilles. En ajoutant à cela l’at­ténu­a­tion naturelle de l’in­ten­sité due à la dis­tance, on a donc une légère dif­férence de niveau sonore dans la per­cep­tion du son entre les deux oreilles. Cela per­met de situer effi­cace­ment un son dans le plan hor­i­zon­tal.

La local­i­sa­tion dans le plan ver­ti­cal du son est quant à elle per­mise par la forme par­ti­c­ulière de nos oreilles, nos épaules, notre tête, etc. En effet, ces struc­tures ont ten­dance à réfléchir ou à fil­tr­er cer­taines fréquences, ce qui entraîne une mod­i­fi­ca­tion du spec­tre fréquen­tiel perçu. Cer­taines fréquences sont atténuées, et d’autres ampli­fiées suiv­ant la direc­tion d’où vient le son.

La per­cep­tion de la dis­tance est notam­ment per­mise grâce aux dif­férences per­cep­ti­bles entre le son qui arrive directe­ment à nos oreilles, et celui qui arrive après avoir été réver­béré par l’en­vi­ron­nement.

Enfin, puisque ces dif­férentes per­cep­tions sont par­fois déli­cates, nous avons égale­ment ten­dance à réalis­er des micro-mou­ve­ments de la tête, non con­trôlés, qui aideront le cerveau à affin­er sa per­cep­tion de la local­i­sa­tion de la source, en util­isant plusieurs esti­ma­tions suc­ces­sives à des ori­en­ta­tions dif­férentes.

Si vous voulez en lire plus sur ces ques­tions, je vous invite à par­courir l’ar­ti­cle sur le site cochlea, que je trou­ve très péd­a­gogique.

Simuler un son naturel

Quand on utilise un dis­posi­tif d’en­reg­istrement et de resti­tu­tion du son, on cherche donc à simuler un son naturel, pour per­me­t­tre à l’au­di­teur de le percevoir local­isé dans l’e­space ambiant. À cha­cune des étapes de l’en­reg­istrement, du mix­age, et de la dif­fu­sion, on doit donc réfléchir à la manière de spa­tialis­er le son.

Multi-sources

La manière la plus sim­ple de spa­tialis­er le son, mais qui est peu util­isée, con­siste à plac­er une enceinte à l’en­droit de cha­cun des sons que l’on veut simuler. C’est ce qui est fait au théâtre par exem­ple, où l’on pour­ra plac­er une enceinte dans le lan­dau pour faire enten­dre un bébé qui pleure. Les spec­ta­teurs enten­dront le son venir exacte­ment du bon endroit.

Évidem­ment, cette tech­nique n’est pos­si­ble que si l’on peut posi­tion­ner une enceinte pour cha­cune des sources sonores que l’on veut simuler. C’est assez utopique, et impos­si­ble pour un dis­posi­tif d’é­coute per­son­nel.

La tech­nique la plus courante est donc la dif­fu­sion du son en stéréo, voire en 5.1. Je ne prendrai pas le temps de détailler les sons 5.1 et ses alter­na­tives pour le ciné­ma, mais on peut les enten­dre comme une exten­sion du son stéréo.

Le son stéréo

Studio de montage stéréo
Stu­dio de mon­tage stéréo

Le son stéréo fonc­tionne très bien avec deux enceintes, placées de part et d’autre de l’au­di­teur, à dis­tance égale, générale­ment en for­mant un tri­an­gle équilatéral à 60°.

En mix­ant le son pour la stéréo, on utilise prin­ci­pale­ment les écarts d’in­ten­sité entre les deux canaux pour simuler un son gauche/droite. Par­fois, on ajoute à cela un léger délai entre les deux sig­naux, pour aug­menter encore l’im­pres­sion de spa­tial­i­sa­tion. Mais on va rarement au delà, car la per­cep­tion réelle de l’au­di­teur dépend beau­coup de la posi­tion de ses enceintes.

Pour enreg­istr­er du son pour la stéréo, on pour­ra par exem­ple utilis­er un cou­ple XY, ou encore un cou­ple ORTF, suiv­ant les besoins et envies.

Il est intéres­sant de not­er que l’é­coute au casque d’un son mixé pour la stéréo sem­blera générale­ment moins bien spa­tial­isé, parce que les sources sonores seront col­lées aux oreilles, et non plus éloignées sig­ni­fica­tive­ment de l’au­di­teur. En dif­fu­sant un son unique­ment dans l’en­ceinte droite, on a tou­jours une écoute stéréo, l’au­di­teur perçoit l’en­ceinte à 45°. À l’in­verse, en ne dif­fu­sant un son que dans l’or­eil­lette droite d’un casque, on pro­posera à l’au­di­teur un mix qui n’a rien de naturel (on n’en­tend jamais un son que d’une seule oreille). De plus, avec un casque, impos­si­ble de prof­iter des micro-mou­ve­ments de la tête.

Le son binaural

Le principe du son bin­au­r­al est de con­cevoir un son pour une écoute au casque, la plus fidèle pos­si­ble à ce que l’on pour­rait percevoir en envi­ron­nement réel : délai entre les deux oreilles, dif­férence d’in­ten­sité, mod­i­fi­ca­tion du spec­tre de fréquences, afin de simuler au mieux les choses.

Tête de man­nequin et micros-oreilles.

Il existe dif­férentes tech­niques pour pro­duire un tel son : soit en cap­ta­tion bin­au­rale, en util­isant deux micros placés au niveau des oreilles de l’opéra­teur ou d’un man­nequin, soit en util­isant des plu­g­ins de spa­tial­i­sa­tion de son dédiés, où l’on place la source dans l’e­space ambiant, et où l’on simule un son bin­au­r­al.

Les limitations du son binaural

Si sur le papi­er cette approche sem­ble très promet­teuse, il est tout de même impor­tant de rap­pel­er quelques lim­i­ta­tions, qui font que cette tech­nique n’est prob­a­ble­ment pas aus­si for­mi­da­ble que ses défenseurs veu­lent le faire enten­dre.

Tout d’abord, notre écoute s’ap­puie beau­coup sur les micro-mou­ve­ments de la tête pour affin­er la local­i­sa­tion des sources de son. La seule manière de simuler cela dans le cadre d’une dif­fu­sion bin­au­rale est de réalis­er un suivi en temps réel de la tête de l’au­di­teur, et d’a­juster le mix qui arrivera à ses oreilles en temps réel. Cela n’est pos­si­ble qu’avec un son réal­isé virtuelle­ment avec des plu­g­ins de spa­tial­i­sa­tion, et ne sera pas pos­si­ble avec un son naturel enreg­istré en bin­au­r­al.

D’autre part, une grande par­tie de la per­cep­tion spa­tiale dépend de la forme pré­cise de nos oreilles et de notre anatomie en général (forme de la tête, forme des épaules, etc.). D’une per­son­ne à l’autre, le fil­tre fréquen­tiel que subit le son peut vari­er de manière sig­ni­fica­tive. Ain­si, si j’en­reg­istre en bin­au­r­al depuis mes oreilles, et que vous écoutez ensuite l’en­reg­istrement, vous pour­riez percevoir un son au dessus de vous, alors que je l’au­rais enreg­istré face à moi. La seule manière pour con­tourn­er cette lim­i­ta­tion est de réalis­er un mix dédié à chaque audi­teur, ou à chaque famille d’au­di­teurs. C’est prob­a­ble­ment un chemin qui suiv­ra l’in­dus­trie du son.

En atten­dant, on a donc à notre dis­po­si­tion des sons bin­au­raux mixés pour qu’ils sat­is­fassent au plus grand nom­bre. Si vous êtes proches des pro­priétés mor­phologiques de la moyenne, vous aurez alors une per­cep­tion très fine de la spa­tial­i­sa­tion. À l’in­verse, si vous en êtes éloignés, vous percevrez aus­si une spa­tial­i­sa­tion, mais prob­a­ble­ment inco­hérente avec celle imag­inée par le pro­duc­teur…

Conclusion

Ce que je regrette beau­coup dans la com­mu­ni­ca­tion à out­rance que l’on voit ces dernières années sur les tech­nolo­gies bin­au­rales, c’est que les défenseurs de ces tech­niques se pla­cent en évangélisa­teurs, présen­tant la tech­nique comme une révo­lu­tion for­mi­da­ble, qui per­met des mer­veilles.

Même si cette tech­nique apporte des sen­sa­tions vrai­ment intéres­santes pour l’au­di­teur, je pense qu’il est impor­tant de rel­a­tivis­er, d’une part sur les per­for­mances de sim­u­la­tion réal­iste de l’ap­proche, comme nous l’avons vu ci-dessus, mais aus­si sur le fait que cette approche est fréquem­ment exploitée par les gens qui réalisent un mix, même pour la stéréo. Ce n’est donc pas une révo­lu­tion, mais plus une évo­lu­tion des pra­tiques…

Convertir des fichiers son

J’u­tilise inten­sé­ment les logi­ciels de traite­ment de son disponibles sur GNU/Linux. Dans l’ensem­ble, ils cor­re­spon­dent à la plu­part de mes besoins. Cepen­dant, la con­ver­sion des fichiers est sou­vent une ques­tion un peu ennuyeuse.

Soit on le fait en ligne de com­mande avec le super out­il ffm­peg, soit on le fait avec un out­il graphique comme le sound­con­vert­er de Gnome, soit on utilise audac­i­ty… Mais c’est à chaque fois plein de mod­i­fi­ca­tions.

Au quo­ti­di­en, j’u­tilise l’en­vi­ron­nement KDE pour tra­vailler. L’ex­plo­rateur de fichi­er, c’est Dol­phin. Lequel a l’énorme avan­tage d’être mod­i­fi­able sim­ple­ment. Je me suis donc récem­ment retroussé les manch­es, pour écrire un petit menu de con­ver­sion audio, de celles que je fais le plus sou­vent :

  • con­ver­tir n’im­porte quel fichi­er mul­ti­mé­dia vers du flac (for­mat non destruc­tif) pour per­me­t­tre l’im­port dans ardour, qui ne sait pas pren­dre en charge le mp3, car il s’ap­puie sur lib­snd­file, une bib­lio­thèque qui n’a pas encore le sup­port de ce for­mat, mal­gré l’en­trée récente de ce for­mat dans le domaine pub­lic.
  • con­ver­tir n’im­porte quel fichi­er mul­ti­mé­dia vers du mp3 44.1kHz en qual­ité 320k, pour une dif­fu­sion web et radio­phonique.

Le tout est disponible en faisant un clic droit sur n’im­porte quel fichi­er mul­ti­mé­dia. Ce petit bout de script est donc disponible sur github, et sous licence GPL v3. Toute sug­ges­tion d’amélio­ra­tion est la bien­v­enue, dans la lim­ite du temps disponible.

Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner

Les per­son­nes sen­si­bil­isées aux con­séquences de l’ul­tra-libéral­isme et du cap­i­tal­isme ont générale­ment con­science de la ter­ri­ble pres­sion qu’ex­er­cent les multi­na­tionales sur la planète en général, et sur les humain·e·s en par­ti­c­uli­er : délo­cal­i­sa­tions pour exploiter au mieux les tra­vailleurs et tra­vailleuses les moins bien protégé·e·s, util­i­sa­tion mas­sive de trans­ports plutôt que de pro­duire local, déshu­man­i­sa­tion à la fois pour les per­son­nels et pour les usagers.

Mais on oublie sou­vent un point impor­tant : ce sont des entre­pris­es qui se débrouil­lent qua­si­ment toutes pour ne pas pay­er d’im­pôts. Or, quand on béné­fi­cie des infra­struc­tures, des con­di­tions per­mis­es par les ser­vices d’un état, il est nor­mal que l’on par­ticipe finan­cière­ment à son fonc­tion­nement.

Les par­adis fis­caux, c’est l’un des prin­ci­paux out­ils de ces grands bid­ules pour ne pas par­ticiper à l’ef­fort col­lec­tif. Ça paraît com­pliqué et obscur, tech­nique… Et ça l’est en grande par­tie, car leurs astuces sont de plus en plus com­pliquées pour con­tin­uer de fraud­er.

Com­ment les par­adis fis­caux ont ruiné mon petit-déje­uner est une bande-dess­inée de François Sam­son-Dun­lop. Elle met en scène un p’tit gars qui décide un matin de dire non à toute cette emprise. De fil en aigu­ille, on le suit dans sa quête, guidée par les écrits d’Alain Deneault, qui a beau­coup écrit sur l’é­va­sion fis­cale.

C’est drôle, c’est beau, un peu triste par­fois, mais avec de belles pointes d’e­spoir. Lisez-le !

Petit manuel d’émancipation linguistique

À l’é­cole, j’ai tou­jours été un réfrac­taire à l’orthographe et à la gram­maire, le français était ma han­tise. Puis en com­mençant à écrire à l’u­ni­ver­sité, pour des asso­ci­a­tions, pour le web, j’ai dis­ci­pliné ma pra­tique. Est arrivé un moment où je me suis pas­sion­né pour la typogra­phie, et par exten­sion pour l’ortho­ty­pogra­phie, les réflex­ions sur l’écri­t­ure inclu­sive, avec le point médi­an… J’é­tais qua­si­ment devenu psy­cho­rigide, au point d’être gêné à la lec­ture de textes mal typographiés, ou mal orthographiés. J’ai aimé décou­vrir le tra­vail de Jean Véro­nis en traite­ment automa­tique du lan­gage, qui nous éclairait sur les usages poli­tiques de la langue. Un peu plus tard, j’ai com­mencé à suiv­re la chaîne Lin­guis­ti­cae, dont le tra­vail de vul­gar­i­sa­tion en lin­guis­tique me sem­blait vrai­ment intéres­sant, et puis l’ex­plo­ration des vari­a­tions de langue par les ani­ma­teurs du blog le français de nos régions.

À l’oc­ca­sion des dis­cus­sions sur l’écri­t­ure inclu­sive, j’ai aus­si décou­vert com­ment le mot autrice avait été sup­primé de l’usage par des mas­culin­isa­teurs de la langue, de quoi douter de la sépa­ra­tion entre poli­tique et usages de la langue.

Et puis récem­ment, j’ai com­mencé à me sen­tir mal à l’aise face à cette injonc­tion à respecter ces règles rabâchées à l’é­cole, dont la maîtrise était aus­si très sou­vent le signe d’ap­par­te­nance à une classe sociale.

J’avais très envie de lire sur toutes ces ques­tions. C’est donc avec plaisir que j’ai décou­vert sur le blog langue sauce piquante le récent livre de Maria Can­dea et Laélia Véron, Le français est à nous ! Petit manuel d’é­man­ci­pa­tion lin­guis­tique. Ces deux doc­teures en lin­guis­tique et lit­téra­ture française pro­posent en onze chapitres très faciles à lire d’ex­plor­er ce lien entre poli­tique et langue, qui guide aujour­d’hui la majeure par­tie des injonc­tions publiques à préserv­er des pra­tiques pas si jus­ti­fiées que ça.

Leur pro­pos est ali­men­té par de nom­breux exem­ples, par des références à l’ac­tu­al­ité, enrichi de focus très pré­cis, et pro­pose de nom­breuses références pour pour­suiv­re la lec­ture… Elles citent aus­si des pro­grammes comme Lin­guis­ti­cae, je n’é­tais pas dépaysé.

Au fil des chapitres, les autri­ces définis­sent ce qu’est une langue, com­bi­en c’est une pra­tique mou­vante, diverse, mul­ti­ple. Elles repla­cent le rôle de l’A­cadémie Française, comme out­il poli­tique, racon­tent com­ment le français a été par­fois un out­il du colo­nial­isme, sou­vent un moyen de con­solid­er la sépa­ra­tion des class­es, en offrant aux dom­i­nants un out­il pour ver­rouiller l’ac­cès à leurs sphères aux non ini­tiés.

J’ai lu avec grand intérêt l’his­toire de l’u­til­i­sa­tion de la langue française dans les rela­tions avec les colonies, puis avec les pays issus de ces colonies, après leurs « indépen­dances ».

La ques­tion de la gram­maire sco­laire est aus­si abor­dée, comme un out­il pour impos­er une manière de pra­ti­quer la langue, qui n’est ni logique par rap­port à l’usage, ni en adéqua­tion avec les travaux actuels des lin­guistes. Avec elles, on en vient à se ques­tion­ner sur le réel intérêt à ne pas pra­ti­quer une réforme en pro­fondeur de l’orthographe, qui per­me­t­trait de réduire énor­mé­ment le nom­bre d’heures con­sacrées à l’ap­pren­tis­sage du français écrit, pour dégager du temps sur des ques­tions plus fon­da­men­tales de l’indépen­dance intel­lectuelle : tech­niques de rédac­tion, enseigne­ment de l’élo­quence à l’écrit et à l’o­ral, etc.

Enfin, toute une par­tie évoque les pra­tiques liées au numérique, avec notam­ment une série de réflex­ions qui repla­cent l’usage de l’écrit comme ser­vant à retran­scrire l’o­ral. La mas­si­fi­ca­tion de l’écrit, avec des pra­tiques hybrides, per­met d’ef­frit­er la fron­tière entre les deux pra­tiques, flu­id­i­fi­ant un peu plus cet écrit pen­dant longtemps figé dans une pra­tique éli­tiste.

La con­clu­sion du livre com­mence par ce para­graphe, qui je trou­ve résume assez bien le livre :

Pre­mier para­graphe du chapitre de con­clu­sion

Un livre à faire tourn­er autour de soi !

Souris et claviers sans fil

J’u­tilise depuis quelques années des souris et claviers sans fil. C’est un peu con en terme de con­som­ma­tion élec­trique, j’en ai con­science, car ça néces­site de recharg­er une fois de temps en temps une bat­terie AA. Mais c’est plus pra­tique lorsqu’on bouge sou­vent son matériel infor­ma­tique de place.

Sur mon portable, je branche habituelle­ment une souris. Et quand j’in­stalle l’or­di­na­teur sur un écran sup­plé­men­taire, notam­ment pour faire du mon­tage, j’u­tilise en plus un clavier, afin de m’éloign­er un peu des écrans, mais aus­si pour éviter d’avoir le pavé tac­tile sous les mains.

Depuis quelques temps, le don­gle (ce petit con­necteur USB sans fil) de mon clavier s’est mis à tomber régulière­ment en panne. Impos­si­ble de l’u­tilis­er. J’avais donc com­mencé à faire le deuil de ce clavier, puis j’ai décou­vert le logi­ciel ltuni­fy, ou Log­itech Uni­fy­ing for Lin­ux. Comme son nom l’indique, l’outil ne fonc­tionne qu’avec le matériel Log­itech. Mais il fait for­mi­da­ble­ment bien son tra­vail.

J’ai ain­si décou­vert que l’on pou­vait associ­er et dis­soci­er les appareils con­nec­tés à un don­gle très facile­ment, et même associ­er plusieurs périphériques sur un seul don­gle. En une petite ligne de com­mande, j’ai ain­si pu ajouter le clavier au don­gle de la souris. Et voilà !

Prière de toucher

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon pro­pose depuis avril et jusqu’en sep­tem­bre 2019 une expo­si­tion tem­po­raire dédiée à l’ex­plo­ration des œuvres par les autres sens que la vue.

Si la com­mu­ni­ca­tion faite autour de cette expo­si­tion n’est pas unique­ment des­tinée aux non voyant·e·s, un cer­tain nom­bre de propo­si­tions de médi­a­tions sont à des­ti­na­tion de ce pub­lic. Prof­i­tant des vacances sco­laires et uni­ver­si­taires, je suis allé y faire un tour, curieux de décou­vrir l’ap­proche péd­a­gogique et muséologique dévelop­pée par l’ex­po­si­tion.

Tout d’abord, il faut avouer que le bâti­ment qui accueille le musée, une anci­enne abbaye, est un splen­dide écrin pour les œuvres qu’il abrite. Le par­cours à tra­vers les couloirs jusqu’au lieu de l’ex­po­si­tion n’est pas sim­ple, même si le gar­di­en, un chic type, pro­pose l’u­til­i­sa­tion d’un ascenseur pour faciliter l’ac­cès au patio depuis la place des Ter­reaux.

L’ex­po­si­tion en elle-même prend place dans une enfilade de trois pièces, précédées d’une entrée où des per­son­nels du musée pro­posent aux vis­i­teurs de s’équiper d’un masque cache-yeux, afin de décou­vrir l’ex­po­si­tion à l’aveu­gle.

La pre­mière salle est pro­posée comme une mise en doigts, avec un ensem­ble de matéri­aux à explor­er, afin de se pré­par­er au touch­er des œuvres elles-même. L’ensem­ble, bien que réduit, est assez ludique, et petits et grands sem­blent se pren­dre au jeu. Dans cet espace, trois pre­mières repro­duc­tions de sculp­tures, dont deux cachées par des rideaux, per­me­t­tent de s’ex­ercer au touch­er. Comme la qua­si-total­ité des œuvres pro­posées, il s’ag­it de fig­ures humaines qui sont pro­posées au vis­i­teur. Dès le début, on con­state com­bi­en le drapé sculp­té est un défi à la com­préhen­sion.

Explo­ration tac­tile dans la dernière salle.

La deux­ième salle est com­posée de trois tableaux, per­me­t­tant de s’ap­pro­prier les grandes étapes de la con­cep­tion d’une œuvre volu­mique : mod­e­lage, moulage, fonte… Un dis­posi­tif audio et vidéo vient com­pléter l’ex­plo­ration de cette pièce.

Enfin, le dernier espace pro­pose de décou­vrir une dizaine d’œu­vres de dif­férentes épo­ques, et de dif­férentes tech­niques, dont la repro­duc­tion utilise sou­vent la tech­nique de la résine aug­men­tée de poudre de mar­bre, par­fois le bois. Au mur, repro­duc­tion de textes évo­quant la per­cep­tion fan­tôme de la couleur chez une per­son­ne en sit­u­a­tion de défi­cience visuelle. Deux films com­plè­tent cette instal­la­tion.

Afin d’ac­céder plus aisé­ment aux œuvres, des struc­tures conçues comme des plate­formes per­me­t­tent de se met­tre à la hau­teur des dif­férents élé­ments. Mais là, pas de para­pet, rien qui per­me­tte une com­plète autonomie pour un pub­lic défi­cient visuel.

Nous n’avons pas choisi d’u­tilis­er l’au­dio­gu­ide pro­posé à l’en­trée du musée (pour 1€), ni d’at­ten­dre la vis­ite com­men­tée à 16h ce jour-là. C’est en autonomie que nous avons exploré l’ex­po­si­tion, dont les car­tels sont dou­blés de braille. Dans l’ensem­ble, j’ai trou­vé l’ex­po­si­tion raisonnable­ment intéres­sante. Elle per­met d’avoir accès à quelques exem­ples de sculp­tures à tra­vers les âges. Cepen­dant, très peu d’élé­ments de médi­a­tion sont pro­posés, pour faciliter l’ap­pro­pri­a­tion tac­tile des œuvres.

Ayant pu décou­vrir au fil des années plusieurs autres musées dans lesquels un fort tra­vail de médi­a­tion avait été pro­posé autour du tac­tile — la tapis­serie de l’apoc­a­lypse au château d’Angers ou le Vic­to­ria and Albert Muse­um par exem­ple — je trou­ve intéres­sante l’ex­po­si­tion tem­po­raire du musée des beaux-arts, car il ne s’ag­it pas d’une propo­si­tion unique­ment des­tinée aux per­son­nes en sit­u­a­tion de défi­cience visuelle : elle cherche à touch­er (sic) tous les publics. Cepen­dant, il faut recon­naître que l’ex­po­si­tion sem­ble un peu réduite. On aimerait voir quelque chose de plus dévelop­pé, qui tisse avec le reste de l’ex­po­si­tion per­ma­nente du musée une con­nivence de par­cours, afin de per­me­t­tre une explo­ration plus com­plète des œuvres, en con­texte, le long de la propo­si­tion clas­sique du musée.

Porte ton genre !

Il y a quelques années, je par­tic­i­pais à l’émis­sion la Cam­pusi­enne. Cette année, après quelques mois de silence, l’émis­sion a repris l’an­tenne. On y par­le de plein de choses, c’est un peu un mag­a­zine radio­phonique. Les ani­ma­tri­ces l’an­non­cent : c’est l’émis­sion qui fémin­iste les oreilles ! Ce que j’aimais par­ti­c­ulière­ment, quand je par­tic­i­pais à cette émis­sion, c’est que je m’au­tori­sais à dire à haute voix mon « je » féminin.

Pour moi, le fait de devoir assumer con­stam­ment son sexe social, son genre, cette viril­ité imposée par le fait d’être un garçon, est pesant. Car si par­fois je me sens en accord avec ce sexe que la biolo­gie m’a imposé, sou­vent ça n’est pas le cas, et alors le fait que l’on m’y ren­voie est vécu comme une agres­sion. Car par­fois, je sais que je suis une fille, au sens où la société l’en­tend.

Il y a tou­jours ces moments où le groupe se divise en deux, d’un côté pour men­er des activ­ités « de garçons », de l’autre des activ­ités « de filles ». Et si tu ne choi­sis pas la bonne équipe, on a tôt fait de te le faire remar­quer. Soit pour te dire que tu n’es pas à ta place, soit pour te dire que « vrai­ment c’est bien que tu t’in­téress­es à ça, c’est rare pour un garçon ».

J’ai la chance d’avoir quelques cer­cles d’ami·e·s où l’on peut s’ex­primer, vivre, pass­er une soirée sans qu’une seule fois on nous ren­voie à cette éti­quette imposée. Par­fois je me dis qu’une solu­tion serait de vivre dans un monde où son sexe serait aus­si peu caté­gorisant que la couleur de ses yeux.

Mais il est cer­tain que cette posi­tion est utopique : les femmes qui réfléchissent, dis­cu­tent, se bat­tent au quo­ti­di­en pour que leur exis­tence ne soit pas ignorée, celles qui por­tent les actions mil­i­tantes fémin­istes, celles-ci défend­ent l’idée d’ate­liers et de ren­con­tres en non mix­ité. Pour que la parole se libère, pour une fois une seule ne pas vivre la pres­sion sociale de la présence mas­cu­line.

Les codes de la séduc­tion con­tem­po­raine sont aus­si par­ti­c­ulière­ment tein­tés de ces rôles gen­rés, com­bi­en de fois j’en­tends des militant·e·s anti­sex­istes ou fémin­istes racon­ter leurs crushs, très sou­vent guidés par des réflex­es et des mécan­ismes où l’homme doit assur­er son rôle d’homme, la femme son rôle de femme. Il faudrait donc que chacun·e soit autorisé à nav­iguer entre ces dif­férents rôles, sans s’y retrou­ver enfermé·e.

La semaine dernière, j’ai lu Boys, boys, boys, un roman auto­bi­ographique de Joy Sor­man. L’autrice écrit « Je ne veux ni l’égalité, ni la guerre des sex­es, je veux un seul sexe…» Pour elle, c’est un sexe vir­ile que tout le monde doit adopter. Alors elle y racon­te son envie de chang­er de sexe, de devenir un garçon. Pas biologique­ment, hein, mais sociale­ment. On suit donc cette jeune femme qui en a marre d’être can­ton­née à des soirées entre copines, où les dis­cus­sions sont celles de l’in­térieur, où jamais l’on ne par­le de poli­tique, ou de trucs super tech­niques. Alors elle décide de fréquenter une bande de garçons, et de vivre comme un garçon. À fumer, boire, faire n’im­porte quoi jusqu’à pas d’heure. Elle y par­le alors du regard de la société sur qui elle est, de ses ren­con­tres amoureuses, de ses soirées, des dis­cus­sions à bâtons rom­pus. Puis de la ques­tion du cou­ple, de com­ment peut exis­ter une rela­tion amoureuse durable dans un sché­ma où l’on refuse le sexe social. De la manière de ne pas être un cou­ple en pub­lic, pour préserv­er la socia­bil­i­sa­tion de chacun·e. Puis des déboires de la vie, de l’er­rance amoureuse.

D’un côté je me retrou­ve dans l’en­vie de quit­ter mon sexe social, mais en par­al­lèle, je ne me retrou­ve pas dans ce qu’elle pro­jette sur le rôle social des garçons et dans celui des filles. Car ce que l’on retient de ce bouquin, c’est que la vie des garçons, c’est cool, c’est le mou­ve­ment, c’est l’ac­tion, c’est vir­ile et puis­sant, quant la vie des filles est chi­ante, tournée vers l’in­térieur, gagne-petit, futile. C’est bien sûr un roman, et comme dit l’autrice : « Boys est un réc­it un peu aut­ofic­tion­nel et qui n’est pas dénué de mau­vaise foi » (Libéra­tion, 8 mars 2010). Mais on n’en­tend pas com­bi­en la vio­lence vir­ile peut faire des vic­times. Le posi­tion­nement de l’autrice sur le fémin­isme ain­si est un peu com­pliqué, en retrait d’un mou­ve­ment mil­i­tant qui défend celles qui sont les vic­times de ce mécan­isme de viril­ité dom­i­nante.

Ce que je regrette aus­si, c’est qu’on n’en­tende pas non plus la vio­lence que peut entraîn­er ce mécan­isme de viril­ité dom­i­nante sur cer­tains garçons. Ce ne sont pas des femmes, ils n’ont pas le mou­ve­ment fémin­iste pour les soutenir. Ce ne sont pas for­cé­ment des homo­sex­uels, ils n’ont pas for­cé­ment envie d’aller se réfugi­er dans le mou­ve­ment gay. Ils ont cette pos­si­bil­ité de se gliss­er dans le groupe des garçons dom­i­nants, d’ailleurs par­fois ils se retrou­vent dans cette posi­tion où ils pro­duisent chez d’autres de la souf­france. Alors ils ne peu­vent pas rejoin­dre de mou­ve­ment mil­i­tant, sauf en étant sym­pa­thisant. Ils ne peu­vent pas non plus dire « je voudrais d’une société sans sex­isme », parce qu’ils béné­fi­cient au quo­ti­di­en des facil­ités liées à leur statut de garçon, et qu’on leur dit qu’en défen­dant cette idée ils nient la vio­lence faite au femmes.

Boys, boys, boys a été pub­lié en 2005. J’ai envie de croire que les choses ont évolué depuis cette péri­ode. Que les mou­ve­ments fémin­istes ont com­mencé à se restruc­tur­er dans des actions et réflex­ions plus fines, plus effi­caces, réus­sis­sant à influ­encer la sphère publique de manière pos­i­tive.

Écoutes du moment

Il y a quelques jours, je partageais ici mes lec­tures sur l’é­coute, les revues du son. Par­mi les choses que j’aime lire sur ces pages, ce sont notam­ment les sug­ges­tions d’é­coutes, les cri­tiques d’au­di­teurs sur les pod­casts du moment. J’avais donc envie de partager ici quelques-unes de mes écoutes du moment.

Laitue Nocturne

Visuel de Laitue Noc­turne

C’est l’émis­sion de créa­tion sonore de Radio Larzac. Laitue Noc­turne, une fois toutes les deux semaines, la nuit en FM, puis en pod­cast sur le site de la radio.

Chaque émis­sion durent env­i­ron 30 min­utes, on y retrou­ve pèle-mêle des cap­ta­tions, de la musique con­crète, de la musique pop­u­laire, de la lec­ture de textes, des assem­blages et col­lages sonores. L’émis­sion est pleine de rythmes, de petits bruits, de décou­vertes. Les voix, celle d’Ém­i­lie, et celle des lecteurs et lec­tri­ces qu’elle sol­lici­tent nous amè­nent dans un univers à la fois poé­tique, grat­te-poil, drôle… Tou­jours per­cu­tant !

La causerie musicale

Le visuel de la causerie musi­cale.

La causerie musi­cale, c’est le pod­cast d’Ar­naud, un DJ Cler­mon­tois, une fois toutes les deux semaines ou une fois par mois. On y entend sa voix, qui racon­te une pas­sion, un méti­er, une curiosité pour la musique, pour les gens qui la font, ceux et celles qui l’é­coutent.

Le pre­mier épisode racon­te com­ment on explore la ville et le ter­ri­toire quand on est un DJ, com­ment le son guide dans la ville, et com­ment la pra­tique de la ville influe le son.

Le grain des choses

Page d’ac­cueil du grain des choses

La revue sonore le grain des choses, dont on avait enten­du par­ler à Longueur d’on­des 2018. L’équipe y racon­tait son envie de pren­dre le temps pour bien faire, de pro­pos­er non pas une plate­forme de pod­casts, mais d’éditer régulière­ment une revue d’écri­t­ure sonore.

Le pre­mier numéro, pub­lié en 2019, pro­pose des doc­u­men­taires, des cartes postales, de for­mats var­iés : de 59 sec­on­des à 55 min­utes. Des chan­sons aus­si.

Je n’ai pas encore tout écouté, mais j’ai par­ti­c­ulière­ment aimé ici, à tra­vers les mon­tagnes on voit l’hori­zon, qui racon­te la Drôme, ses habitant·e·s, la sol­i­dar­ité, la soli­tude… Des voix qui mar­quent, des his­toires qui par­lent.

Actualités MIE

Alors que le recours en appel con­tre l’ex­pul­sion du 5 étoiles n’a pas porté ses fruits, on sait main­tenant que le préfet deman­dera l’ex­pul­sion du squat début mai. Une déci­sion à la fois dif­fi­cile à vivre pour les mineurs isolés étrangers (MIE), car ils vont se retrou­ver sans solu­tion pour l’héberge­ment d’ur­gence, mais surtout une déci­sion qui rap­pelle com­bi­en l’é­tat n’as­sume pas ce qui devrait être de sa respon­s­abil­ité : l’ac­cueil de ces jeunes, dans la dig­nité et le respect du droit inter­na­tion­al.

À Cler­mont-Fer­rand, l’aide sociale à l’en­fance est com­plète­ment dépassée, le départe­ment ne se don­nant pas les moyens humains d’as­sur­er un ser­vice pub­lic décent : des jeunes qui font la queue dès 5 heures du matin pour espér­er être par­mi les 20 per­son­nes à être reçues dans la journée, à qui on ne donne même pas de tick­ets de trans­port pour rejoin­dre les étab­lisse­ments où ils ont été sco­lar­isés, aucun moyen pour les four­ni­tures, des jeunes qui doivent jouer de la débrouille pour manger à leur faim… Mais on a trou­vé la solu­tion qui va régler tous les prob­lèmes : déléguer l’é­val­u­a­tion de la minorité des mineurs isolés étrangers à une asso­ci­a­tion, comme c’est déjà pra­tiqué par exem­ple à Toulouse avec le DDAEOMI

Et pen­dant que chaque départe­ment peine à met­tre en place des solu­tions d’ac­cueil cor­rectes, l’é­tat décide de dur­cir la traque, en met­tant en place un fichi­er nation­al de suivi de ces jeunes, le con­seil con­sti­tu­tion­nel valide l’u­til­i­sa­tion des tests osseux pour stat­uer sur la minorité, et on pré­pare une nou­velle loi pour dur­cir encore le non accueil de ces jeunes…

En lisant la propo­si­tion de loi pro­posé le 20 févri­er 2019, on y apprend en vrac que :

  • l’é­tat pour­rait repren­dre en charge l’é­val­u­a­tion de la minorité des MIE.
  • le juge sera ain­si con­traint de refuser l’admission à l’aide sociale à l’enfance à un deman­deur qui refuse la réal­i­sa­tion des exa­m­ens radi­ologiques osseux pour la rai­son évi­dente qu’en réal­ité, il n’est pas un mineur non accom­pa­g­né.
  • dans le cadre de l’évaluation de la sit­u­a­tion des MIE, les doc­u­ments présen­tés comme des actes d’état civ­il faits en pays d’étranger ne fer­ont plus foi et ne per­me­t­tront plus d’établir de façon cer­taine l’état civ­il de celui qui le pro­duit.

Depuis presque un an que SAJE accom­pa­gne les mineurs isolés étrangers, force est de con­stater que le quo­ti­di­en de ces jeunes devient inten­able : délais de prise en charge avant éval­u­a­tion qui peu­vent dur­er plusieurs semaines à cer­tains moments de l’an­née, héberge­ment dans des « hôtels » marchands de som­meil dont cer­tains ont des accords spé­ci­fiques avec le départe­ment pour béné­fici­er de tar­ifs out­ranciers, rejet qua­si sys­té­ma­tique des demande de recon­nais­sance de la minorité après plusieurs mois d’at­tente, avo­cats et juges pour enfants qui ne sont pas en nom­bre suff­isants pour que les dossiers de recon­nais­sance de minorité avan­cent à bonne vitesse, inca­pac­ité à pro­pos­er aux jeunes une sco­lar­ité cor­re­spon­dant à leurs savoir-faire et leurs envies…

La machine à broy­er était déjà bien opéra­tionnelle, mais la suite sem­ble encore moins humaine…

Revues du son

En ce début d’an­née 2019, on appre­nait avec tristesse que la revue de l’é­coute — Syn­tone était mise en hiber­na­tion par le col­lec­tif qui la por­tait. Pen­dant au moins douze mois, comme on peut le lire sur le site de la revue. Aaaah ! Dur !

On peut bien sûr relire les anciens numéros, par­courir les arti­cles, et suiv­re les événe­ments organ­isés par Syn­tone. Mais il y a aus­si d’autres revues qui s’in­téressent au son. Bien sûr, pas sous le même angle, pas avec les mêmes autri­ces et auteurs, mais avec une démarche à décou­vrir. En voici quelques-uns.

Les revues d’analyse

L’un des élé­ments que j’aime lire dans Syn­tone, ce sont les arti­cles d’analyse, qui per­me­t­tent de pren­dre du recul sur les pra­tiques d’é­coute et de créa­tion. C’est la diver­sité des angles (his­torique, soci­ologique, d’analyse musi­cale par exem­ple) que je trou­ve moti­vante.

Audimat

Cou­ver­ture du dix­ième numéro d’Audi­mat.

La revue Audi­mat est d’après son site inter­net une revue de cri­tique musi­cale. Elle est pub­liée deux fois par an sous forme d’un petit car­net papi­er, et regroupe à chaque fois cinq ou six arti­cles de fond, entre soci­olo­gie, musique, his­toire, écoute, ou encore tech­nique du son.

Très mar­quée par la cul­ture musique élec­tron­ique, elle nav­igue dans des sujets var­iés, et s’in­téresse notam­ment à l’his­toire des pra­tiques musi­cales du XXe siè­cle. Je n’ai eu l’oc­ca­sion de ne lire qu’un numéro pour l’in­stant, mais j’ai par­ti­c­ulière­ment appré­cié y trou­ver des arti­cles soignés, bien doc­u­men­tés, et qui ouvrent à la curiosité.

La revue Audi­mat est dis­tribuée dans dif­férents points de vente, sur la bou­tique en ligne ou en abon­nement.

Pilule

Page d’ac­cueil du mag­a­zine Pilule.

Le mag­a­zine Pilule est d’après son site inter­net le mag­a­zine du sonore. C’est un mag­a­zine en ligne, trimestriel, porté par un col­lec­tif dijon­nais regroupant « des jour­nal­istes, des musi­ciens, des graphistes qui sont tous des pas­sion­nés de sons, adorent en par­ler et surtout en débat­tre. »

Chaque numéro abor­de un thème (le vin­tage, la radio), et à chaque fois, de nom­breux arti­cles vien­nent pro­pos­er un angle de lec­ture sur le thème. Explo­rant à la fois la cul­ture pop­u­laire, les pra­tiques du son, et l’his­toire de la créa­tion musi­cale, la revue est dense, bien doc­u­men­tée, sou­vent aug­men­tée de con­tenus son ou vidéo, et per­met d’aller à la ren­con­tre de nombreux·ses pro­duc­teurs et pro­duc­tri­ces de son. La maque­tte du site est très soignée, les pho­tos illus­trant chaque arti­cle sont puis­santes.

Radio Graphy

Radio Gra­phy est pub­lié par le Groupe de Recherch­es et d’Études sur la Radio (GRER), une asso­ci­a­tion sci­en­tifique pour la pro­mo­tion de l’étude du média radio.

On peut y suiv­re une actu­al­ité ori­en­tée autour des approches inno­vantes de la radio, plutôt insti­tu­tion­nelles ou portées par les grands acteurs du domaine. On y retrou­ve des prob­lé­ma­tiques liées aux pra­tiques du jour­nal­isme, à la créa­tion radio­phonique, au rôle et à la place de la radio dans la cité, aux nou­velles pra­tiques d’é­coute et de dif­fu­sion.

Les revues d’écoute

La pro­duc­tion quo­ti­di­enne de son, qu’elle soit réal­isée dans les radios publiques, asso­cia­tives, par des col­lec­tifs, sur des plate­formes de pod­cast ou même sur youtube est tout sim­ple­ment gigan­tesque. Dif­fi­cile de s’y retrou­ver, de décou­vrir de nou­velles choses sans y con­sacr­er tout son temps. On avait autre­fois le génial perce-oreilles, ou l’on retrou­vait une sélec­tion pointue de con­tenus très var­iés, comme une oreille ten­due sur le monde. La revue de l’é­coute pro­po­sait aus­si dans ses pages des chroniques d’é­coute.

Il existe heureuse­ment beau­coup d’e­spaces numériques pro­posant de partager une sélec­tion de con­tenus à écouter. On en trou­ve un peu pour toutes les oreilles, à cha­cun d’y faire son chemin. Voici quelques références où aller butin­er du con­tenu.

Revues de podcasts

2018 a été l’an­née où on s’est fait l’é­cho d’une renais­sance du pod­cast en langue française. En plus des plate­formes de dif­fu­sion de ces con­tenus à série, on a vu appa­raître plusieurs sites pro­posant une sélec­tion plus ou moins régulière de pod­casts à écouter :

  • Radio tips, un web­magazine sur les pod­casts. Il est prin­ci­pale­ment ani­mé par une per­son­ne.
  • Radiovore,  un espace de recom­man­da­tions de pod­casts, de créa­tions sonores, et plus générale­ment, de con­tenus audio par­lé. Il est prin­ci­pale­ment ani­mé par une per­son­ne.
  • les moissonores, porté par un col­lec­tif de 5 per­son­nes, qui pro­posent chaque mois une sélec­tion de pod­casts.
  • pop­cast, un groupe face­book de gens pas­sion­nés de l’é­coute radio­phonique, qui échangent leurs pro­duc­tions, ou leurs décou­vertes.

L’écoutoir

Logo de l’é­coutoir

L’é­coutoir est un peu à part dans cet univers de la sélec­tion à écouter. Il se présente comme un cab­i­net de curiosités, sonores musi­cales et radio­phoniques. Les formes retenues et pro­posées à l’é­coute sont plus pointues, plus proches de la créa­tion radio­phonique ou musi­cale.

On aime y retrou­ver un con­tenu plein de poésie, de déli­catesse.

Et puis tout le reste…

Plein d’autres acteurs pro­posent aus­si sur leurs sites inter­net ce que leur oreille entend quand elle écoute les ondes. De manière très nom­briliste, je peux par exem­ple citer ce qu’é­coutent les gira­phones, ou les Lar­rys de Léthargiques Sub­stances Dis­parates.

Les techniques du son

Ce que j’aimais retrou­ver dans Syn­tone, c’é­tait aus­si quelques arti­cles plus tech­niques au sujet de l’en­reg­istrement, du mon­tage, des aspects tech­niques de la réal­i­sa­tion sonore.

Les dossiers d’audiofanzine

Sur cette ques­tion, j’aime bien lire les dossiers de l’au­dio­fanzine. Ils sont plutôt très tech­niques, à des­ti­na­tion des gens aver­tis et intéressés à la ques­tion.

Rédigés par des bénév­oles pas­sion­nés de la ques­tion, ces dossiers sont de niveau très iné­gaux, mais ils per­me­t­tent tout de même de garder un bout du cerveau branché sur la prise de son, la com­po­si­tion, ou ces ques­tions asso­ciées.

L’actualité sur LinuxMAO

Si l’on utilise GNU/Linux pour pro­duire du son, il est tou­jours intéres­sant de garder un œil sur l’ac­tu­al­ité lin­ux de la Musique Assistée par Ordi­na­teur (MAO), en lisant chaque mois l’édi­to­r­i­al du site Lin­ux­MAO.

On y décou­vre la sor­tie de nou­veaux logi­ciels, les nou­veautés en terme de solu­tions tech­niques, et on garde un œil sur les pra­tiques des bidouilleurs·ses de sons.

Léthargiques Substances Disparates

Il y a un paquet de temps, avec Théo on avait bidouil­lé une pièce live, avec un micro, un con­trôleur, un syn­thé. Ça s’ap­pelait la prési­den­tielle n’au­ra pas lieu. Cette forme-là, j’avais très envie de con­tin­uer à l’ex­plor­er. Quelque chose d’hy­bride entre la com­po­si­tion d’une pièce élec­troa­cous­tique et d’une émis­sion de radio clas­sique en stu­dio.

Et voilà, depuis un mois on s’est lancés, avec deux copains de radio, dans l’aven­ture de Léthargiques Sub­stances Dis­parates. À chaque émis­sion, un nou­veau thème, ligne direc­trice de nos com­po­si­tions, col­lages sonores, et actes…

On tra­vaille à par­tir d’un con­duc­teur graphique, où cha­cun des Lar­ry de l’émis­sion a sa piste de prise de micro, et sa piste de sons à lancer et à bidouiller. Une trame, que l’on com­pose à l’a­vance, et que l’on inter­prétera pen­dant le direct.

Sur une table, un rouleau de papi­er de plus d’un mètre est étalé. Autour, des crayons, des ciseaux, du matériel de son, un cook­ie esseulé dans une assi­ette, des post-it, … Sur le papi­er, une frise séparée en actes, et plusieurs pistes qui por­tent des indi­ca­tions notée dans des cadres rec­tan­gles, par­fois col­orés.

Bien sûr, grâce aux pod­casts de Radio Cam­pus, on peut réé­couter les deux pre­mières émis­sions. L01, où on a décou­vert le for­mat :

S01, où on a com­mencé à faire pro­gress­er la forme dans la direc­tion de ce qui nous motive :

L’émis­sion a lieu tous les pre­miers lundis du mois de 22h à 23h, sur les ondes de Radio Cam­pus Cler­mont-Fer­rand. Après ligneux en jan­vi­er et strych­nine en févri­er, pré­parez vos oreilles à une explo­sion de sons pour le thème sur­prise du mois de mars, on va encore affin­er notre pra­tique.

Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie

Dif­fi­cile de pass­er à côté d’Amer­i­canah. J’ai l’im­pres­sion que tout le monde l’a lu. J’ai décou­vert ce livre après avoir lu Pous­sière rouge, de Jack­ie Kay, et Là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle.

Amer­i­canah, ça racon­te la tra­jec­toire de vie d’une Nigéri­ane, immi­grée aux États-Unis d’Amérique, et qui finale­ment décide de revenir au Nige­ria. L’écri­t­ure est agréable, la nar­ra­tion cap­ti­vante. On décou­vre au fil du livre plein de ques­tion­nements intéres­sants, sur la dif­férence entre être afro-améri­cain ou être récem­ment immi­gré, sur la place de la femme, sur l’afrofémin­isme.

Dans ce livre, l’autrice partage égale­ment avec ses lecteurs et lec­tri­ces son itinéraire de femme issue d’une classe aisée dans son pays d’o­rig­ine, qui se retrou­ve con­fron­tée à la pré­car­ité de la con­di­tion de migrant : dif­fi­culté à trou­ver un emploi, à assumer ses oblig­a­tions finan­cières, vio­lence de la société, presque vio­lence de classe. C’est quelque chose que l’on con­naît en théorie, quand on y réflé­chit un peu, mais que j’ai trou­vé bien retran­scrit dans Amer­i­canah.

Une webradio avec Manuel Faouen

Au fil des années, le blog que vous lisez a évolué avec mes cen­tres d’in­térêt. Aujour­d’hui, si on y lit beau­coup de choses infor­ma­tiques, on y retrou­ve aus­si pas mal de con­tenu autour de la radio, et autour de la défi­cience visuelle.

Logique alors que je vous par­le d’un type vrai­ment chou­ette que j’ai ren­con­tré grâce aux inter­nets. Manuel Faouen vit en France, c’est un pro­fes­sion­nel de l’in­for­ma­tique. Il a mon­té une webra­dio asso­cia­tive, où il dif­fuse notam­ment un paquet de choses intéres­santes, dont quelques pod­casts sur le brico­lage, des­tinés aux non voy­ants. Car oui, si Manuel est un sur-act­if, il réalise tout ses pro­jets en dépas­sant les con­traintes liées à sa défi­cience visuelle.

Au fil du temps, on a ain­si pu échang­er ensem­ble autour du brico­lage informatique/électronique. Et puis récem­ment, je lui ai don­né un petit coup de main pour illus­tr­er le qua­trième arti­cle d’une série qu’il rédi­ge au sujet de la créa­tion d’une webra­dio.

sché­ma du mon­tage son pour un webra­dio, inclu­ant une con­sole, un ordi­na­teur et 4 micros

On retrou­ve donc les arti­cles pour met­tre en place une webra­dio :

Ne ratez pas cette série d’ar­ti­cles et tous les autres sujets abor­dés sur le site de Manuel Faouen.

Là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle

Lancé dans une série de lec­tures qui explorent les tra­jets d’humain·e·s entre con­ti­nents, et prof­i­tant des acqui­si­tions récentes de ma médiathèque de quarti­er, j’ai lu en décem­bre là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle.

J’avais lu juste avant Pous­sière rouge, de Jack­ie Kay, et j’y ai trou­vé autant de sim­i­lar­ités que de dif­férences. Une nar­ra­trice, noire de peau, qui racon­te son rap­port à l’Eu­rope, sa terre d’ac­cueil, et qui regarde aus­si vers la terre de ses orig­ines proches. Une forme à la fron­tière entre auto­bi­ogra­phie et roman, quelque chose qui inter­roge aus­si beau­coup les gens qui font du son.

Dans là où les chiens aboient par la queue, l’autrice part à la ren­con­tre de l’his­toire de ses deux tantes et de son père, retraçant par ces con­ver­sa­tions une tra­jec­toire depuis la Guade­loupe jusqu’à Paris. Des années 60 dans cette anci­enne colonie, du racisme, de la débrouille, des paysages, de la saveur des quo­ti­di­ens. Des émeutes de mai 1967 à Pointe-à-Pitre et dans toutes l’île en général. De la con­di­tion des femmes dans cette cul­ture créole, de l’at­ti­rance pour les pro­duits du cap­i­tal­isme mét­ro­pol­i­tain.

On se laisse entraîn­er, à décou­vrir ces vies, toutes les trois si dif­férentes et si mêlées à la fois. Antoine est le per­son­nage qui attire le plus l’at­ten­tion du lecteur. La tante de la nar­ra­trice, dont le prénom évoque le riche équili­bre du per­son­nage, féminin certes, mais qui empreinte aus­si par­fois au champ du mas­culin…

L’ar­rivée en métro­pole est pro­gres­sive­ment évo­qué au fil du roman, l’autrice racon­te pour cha­cun de ses per­son­nages les espoirs, les décon­v­enues, la réal­ité.

Roman de la ren­trée lit­téraire 2018, là où les chiens aboient par la queue a reçu un très bel accueil dans la presse, a été primé plusieurs fois. On s’en fout un peu quand on le lit, mais c’est bien de le savoir aus­si.