Expérimentations et recherches pour l’adaptation à la déficience visuelle

Cela fait maintenant quelques temps que mes activités de recherche et d’expérimentation se tournent autour de la question de la déficience visuelle. Cet été, j’avais commencé à animer un blog au sujet de l’accessibilité au quotidien pour une enfant malvoyant. Mes activités de recherche prenaient doucement le même chemin, mais sans de réelle communication sur le sujet.

Et bien c’est en train de changer !

ACTIVmap

Tout d’abord, puis que je commence depuis novembre à accompagner un doctorant en informatique sur la génération de carte en relief pour non voyants, sur un sujet tout neuf, il nous fallait un outil de communication efficace. C’est maintenant fait ! Allez faire un tour sur le site du projet ACTIVmap, vous constaterez que depuis début 2017, beaucoup de choses se sont passées ! Des travaux d’étudiants, des collaborations naissantes, des idées qui germent…

Et pour raconter tout ça, rien de mieux qu’une petite explication filmée, avec de belles images ! Il y a un an, j’étais allé à l’API Hour de Clermont’ech parler des outils pour manipuler des images médicales. Cette fois-ci, j’ai raconté comment on pourrait fabriquer des cartes pour déficients visuels via OpenStreetMap :

Informatique sans ordinateur

J’ai aussi commencé à travailler avec Pascal Lafourcade et le groupe de recherche de l’IREM consacrée à l’informatique sans ordinateur. J’en avais déjà parlé ici dans l’article consacré à la synthèse de son additive. En regardant le matériel pédagogique qu’ils avaient créé, j’ai eu très envie de réfléchir avec eux à l’adaptation pour déficients visuels. Coup de chance, ça a pas mal amusé Samuel aux petits débrouillards. On a donc commencé à travaillé à la rentrée, et on est vraiment contents d’avoir les premiers résultats à montrer. Le matériel que nous avons imaginé, en collaboration avec Laurence d’ADVOX sera bientôt expérimenté auprès d’un public empêché. En attendant, vous pouvez lire comment on a fait sur la page du projet.

Radiocratie, une webradio pour les contrôler toutes

Il y a peu, je partageais ici la création d’un collectif de création sonore, le cri de la girafe. Un nouveau projet pour poursuivre l’aventure du son après avoir biberonné 8 années à Radio Campus. Seulement, il restait une dimension à poursuivre : le direct, et la programmation. Avec Théo et Fifie, on a donc commencé à travaillé voilà plus de six mois à la création d’une webradio. J’avais d’ailleurs écrit il y a quelques mois comment on pouvait facilement démarrer une telle webradio. Et après quelques mois de rodage, c’est le moment de la partager avec tous ! Vous allez voir, je suis sûr que vous y trouverez du son que vous aimez.

Voici la note d’intention présentée sur le site internet :

La programmation musicale de Radiocratie se veut à l’image de ce que nous écoutons : entre les douceurs des titres qui ne peuvent pas être oubliés, les pièces posées là pour surprendre, et les sons qui dérangent…

Sauf émission spéciale, la journée sur Radiocratie commence à 8h, par une programmation musicale que même Claire et Sylvain Blanchard apprécient. À 18h, Claire et Sylvain se préparent pour une petite soirée festive. Au programme : de la musique pour les mettre en transe ! Mais passé 2h du mat’, chut, Claire et Sylvain dorment. Ne leur parlez pas de ce qui passe sur Radiocratie !

Les sons ne sont pas choisis en fonction de leur style musical, mais plutôt par énergie : tranquille, normal, énervé… Sauf si on s’est lourdement trompées, les oreilles de Claire et Sylvain Blanchard naviguent au fil de nos humeurs, progressivement entre toutes les ambiances du spectre.

Rendez-vous sur radiocratie.com pour en écouter plus !

écoute, bruit, musique

Vous l’aurez compris à mes bidouillages récents sur la synthèse additive, à la réalisation d’un artichaut sonore avec un bout du cri de la girafe, je continue d’explorer des trucs autour de l’écoute, du bruit et de la musique. ALors évidemment, pour alimenter ces expérimentations, j’ai poursuivi mes lectures sur la musique. Voici donc quelques titres qui sont venus rejoindre les précédents sur mon chevet ces dernières semaines.

Tout est bruit pour qui a peur, de Pierre Albert Castanet

Sous-titré pour une histoire sociale du son sale, cet essai très dense emprunte son titre à Sophocle. Je suis loin de l’avoir fini, car il navigue entre sociologie, musicologie, et histoire récente. On y parle de bruit social, de bouleversement des idées, de musique institutionnelle, de musique populaire, de toutes les facettes du son-bruit. Le texte bouillonne d’exemples, un millier de portes ouvertes à qui veut explorer.

Filigrane n°7, intitulé Musique et bruit

La revue Filigrane (Musique, Esthétique, Sciences, Société) propose régulièrement, sous forme de recueil, une série d’articles sur un sujet commun. Ce numéro, datant du premier trimestre 2008 aborde la question de la musique et du bruit. Regroupés en deux parties, les premiers articles abordent à la fois l’aspect scientifique et historique du bruit. J’ai particulièrement aimé lire l’article intitulé « Anthropologie historique de la notion de bruit », qui fait écho à des idées explorées par Schafer dans son paysage sonore. La deuxième partie traite de la place du bruit dans le musique contemporaine. Une belle revue pour s’ouvrir l’esprit sur la notion de bruit.

Voyage de mon oreille, de Claude Ballif

Voilà aussi un livre qu’il faut prendre le temps de lire calmement. L’auteur nous accompagne dans son univers. Avec ce livre, on a l’impression de soulever le rideau, de voir e qu’il y a derrière la partition d’un compositeur de musique contemporaine. On ne parle pas ici de technique, mais de motivations, de construction de la beauté. Étourdissant.

La machine à écouter, essai de psycho-acoustique, E. Leipp

Publié en 1977, cet essai s’intéresse à ce qu’est le son d’un point de vue physique, et propose un modèle permettant de décrire comment l’humain perçoit, traite et analyse les sons, la musique. L’intuition pédagogique géniale de l’auteur, c’est d’assimiler un humain à un ordinateur, avec des capteurs, une unité centrale, etc. Alors certes, les modèles informatiques datent de la fin des années 70, mais je trouve l’ensemble très très accessible.

Le boucher du prince Wen-houei, de Bastien Gallet

Le volume est sous-titré enquêtes sur les musiques électroniques. Rempli de références à des artistes et albums qui jalonnent l’histoire de ces musiques, les pages retracent les différentes influences et connexions entre ces sonorités, à la place des techniques dans la création. Le livre est construit comme un collage de textes publiés précédemment par l’auteur, et permettent d’appréhender la problématique sous nombre de facettes différentes, depuis la technique jusqu’à des problématiques plus philosophiques, liées aux pratiques de ces musiciens…

La synthèse de son additive

Après de nombreux mois à lire sur la musique électronique, sur la manière de faire du son, et à utiliser des logiciels pour en faire, j’avais de plus en plus envie de me lancer dans la fabrication d’un synthétiseur logiciel. Pas un truc révolutionnaire, hein ! Mais quelque chose à visée pédagogique, pour apprendre comment faire du son, et le partager avec d’autres.

Et le hasard faisant bien les choses, j’ai rencontré dans le groupe de recherche Informatique Sans Ordinateur de l’IREM (là où je travaille déjà à des activités pédagogiques) un copain de jeu, Pascal Lafourcade, qui voit en la programmation musicale une manière ludique de former les jeunes publics à l’informatique.

Dans cet article, je vous propose donc de découvrir ce qu’est la synthèse additive, en illustrant mes propos par quelques exemples générés par l’outil que je suis en train de développer, basicsynth.

Le son, c’est quoi ?

Le son, c’est le résultat de la compression puis décompression rapide de l’air (ou de tout autre matériau), que nos oreilles captent, et que l’on peut produire de plein de manières différentes : avec un instrument de musique, un haut-parleur, ou tout objet du quotidien. Pour réussir à en fabriquer avec un ordinateur, il faut prendre le temps de comprendre comment cela marche physiquement.

On peut représenter la compression/décompression successive de l’air par une courbe, où l’axe horizontal serait le temps, et l’axe vertical la quantité de pression, qui peut être négative ou positive. On appelle de telles représentations des oscillogrammes :

Plus le son est fort à nos oreilles, plus l’amplitude de la pression est importante. Dans l’exemple suivant, le son représenté en jaune est identique au son rouge, excepté son volume : il est beaucoup plus faible.

En plus du volume sonore, notre oreille apprend très tôt à distinguer les sons aigus des sons graves. Sur les oscillogrammes, c’est la longueur d’onde qui va varier. Quand la longueur d’onde varie, il n’y a bien sûr pas le même nombre d’oscillations par minute. C’est ce qu’on appelle la fréquence. On a par exemple pris l’habitude d’appeler la la note correspondant à une vibration de 440 oscillations par minute. Sa longueur d’onde est donc de 1/440 secondes. Chaque note usuelle a ensuite sa fréquence. En les jouant successivement, on peut produire une mélodie.

J’ai du bon tabac, synthétisé par une méthode d’échantillonnage de sinus, très basique.

Pour fabriquer ce son, j’ai utilisé la technique de l’échantillonnage. Il s’agit du principe utilisé pour produire du son numérique : on découpe chaque seconde en 44100 intervalles (ce nombre a été fixé au moment de la commercialisation du CD), et on choisi une valeur numérique (correspondant à la pression, la mesure verticale) pour chaque échantillon :

Dans ce premier exemple, le son n’est pas très agréable : on dirait un buz, agressif, peu mélodieux. Il faut donc travailler pour améliorer ce son. La première chose à faire consiste à introduire une enveloppe. Le principe de l’enveloppe d’une note est de faire varier le volume de la note progressivement, pour imiter les sons tels qu’ils sont produits par les objets qui nous entourent. On peut par exemple faire monter progressivement le volume de la note, puis le diminuer progressivement, pour avoir un son très doux :

J’ai du bon tabac, synthétisé avec une enveloppe montante/descendante.

Dans cet exemple, chaque note est jouée avec sa fréquence fondamentale, mais le volume varie, comme illustré ci-dessous :

Dans l’univers de la synthèse musicale, on a pris l’habitude de décomposer l’enveloppe des sons en quatre parties : l’attaque, le déclin, le maintien, et le relâchement. En faisant varier l’amplitude et la durée de chacune de ces parties, on est capable de simuler grossièrement des sons proches de ceux entendus dans notre quotidien, qui sont souvent issus d’une première partie (frottement ou frappe), et d’une seconde partie plus ou moins longue.

Voici le même morceau que précédemment, mais joué avec une attaque et un déclin très prononcée (pour simuler une frappe), un très court maintien beaucoup plus faible, et un lent relâchement :

J’ai du bon tabac, synthétisé en simulant un son frappé, grâce à une enveloppe adéquate.

Cependant, dans la vraie vie, aucun instrument n’est capable de produire un son « pur ». Il y a toujours une foultitude de notes qui se mélangent, pour produire un son riche. Chaque instrument a été conçu pour produire un mélange spécifique de sons, pour chaque note jouée. C’est ce que l’on appelle le timbre de l’instrument. Or, quand on trouve un son harmonieux, c’est souvent que les sons qui viennent compléter la note fondamentale sont des notes dont la fréquence est un multiple de la note fondamentale. Ainsi, la première harmonique d’un la à 440 Hz est un son qui vibre à 2 × 440 = 880 Hz, la deuxième harmonique est un son qui vibre à 3 × 440 = 1320 Hz, etc. En synthèse additive, on peut donc ajouter à chaque fois que l’on joue une note quelques harmoniques, dont on construira une enveloppe beaucoup plus réduite, afin de garder la note fondamentale en avant, tout en l’enrichissant.

En rejouant la même partition que précédemment, et lui en ajoutant quelques harmoniques, voilà ce que l’on obtient :

J’ai du bon tabac, synthétisé en simulant de manière rudimentaire un son de piano, grâce à une enveloppe adéquate et des quelques harmoniques.

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! Si vous voulez vous aussi essayer de fabriquer du son avec mon petit synthétiseur pédagogique, rendez-vous sur la page du projet, où vous pourrez télécharger le synthétiseur ainsi que le script qui a servi à fabriquer les exemples que nous avons écouté. Le tout est écrit en python, et sous licence GPLv3.

Artichauts sonores

Le week-end dernier, j’étais à Bruxelles avec Théo et quelques ami·e·s rencontré·e·s à Utopie Sonore, pour expérimenter autour de la réappropriation de l’espaces public, et de la création sonore. Nous avons convergé vers une forme d’artichaut sonore, à la fois poétique et politique. Pour préparer tout ça, nous étions accueillis à l’ADES’if, et nous logions au 123, deux lieux à découvrir, heureusement bien loin de l’ambiance des marchés de noël à la con.

Découvrez le projet sur le site du cri de la girafe, ou parcourez le mode d’emploi (juste en dessous) pour vous faire une idée des trépidations que nous avons vécues :

Je suis une giraphone

En septembre dernier, j’ai quitté Radio Campus Clermont-Ferrand. J’avais commencé là-bas en 2009, en participant à la Panthère Rouge, sur l’invitation de Lise. J’ai appris plein de choses, dans cette association, en occupant plein de missions : webmaster, technicien, animateur, interviewer, administrateur, président, trésorier… Une école du monde de la radio, et du monde associatif. Difficile d’arrêter si brutalement après 8 ans d’aventures.

C’est pourquoi dès la mi-2017, j’ai commencé à discuter avec quelques amis de plusieurs projets, pour continuer à vivre notre passion du faire ensemble. Et voilà, un premier projet est prêt à être partagé : le cri de la girafe !

Le cri de la girafe, c’est un collectif de gens qui aiment le son et la radio. Le site internet propose d’une part nos créations sonores, disponibles aussi en podcast, et d’autre part un espace où nous partageons nos lectures, écoutes, coup de cœur.

Si le projet a mis du temps à démarrer, c’est parce que nous avions envie qu’il soit vraiment à notre image : nom, site internet, mais aussi autoportraits sonores, le premier défi que nous nous sommes lancés.

Une histoire commence, et nous, giraphones, sommes très heureuses de le partager avec tou·te·s !

Maladie de Batten

La maladie de Batten est une maladie rare. Comme toutes les maladies rares, on a du mal à la comprendre. En fait, même les chercheurs ont du mal à bien la cerner.

Il y a peu en visite en Angleterre pour représenter VML à la BDFA Family Conference, j’ai eu envie de regrouper toutes mes notes sur la maladie, et d’en faire un site que j’espère pédagogique. Il maintenant disponible en ligne à l’adresse http://cln.jmfavreau.info/.

Police de caractère bibi-binaire

Connaissez-vous le bibi-binaire ? C’est un système de numération en base 16, inventé par Boby Lapointe (oui oui, le chanteur !), qui a pour but de faciliter l’écriture, la prononciation, et les opérations élémentaires sur les nombres. J’en avais déjà parlé il y a deux ans à l’occasion de la code week, où François Fabre avait présenté son super spectacle si le BIBI de BOBI m’était compté.

Avec François, on a longtemps discuté du manque d’outils pour écrire les chiffres bibi. Il y en a 16, avec des formes caractéristiques, mais très différentes des formes de nos chiffres usuels. Après de longues discussions, on est arrivés à la conclusion qu’il fallait une police de caractères (ou fonte) dédiée, où les caractères de 0 à 9, puis de A à F seraient remplacés par les caractères du bibi-binaire.

On a donc travaillé ensemble avec François, d’abord en dessinant les formes à la main, puis en utilisant inkscape, un logiciel libre de dessin vectoriel.

Une fois ce travail fait, nous avons utilisé fontforge pour dessiner la police. L’une des manières simple de faire, c’est de charger dans le logiciel une police que l’on aime bien (dans mon cas, DejaVu). On commence donc par supprimer tous les glyphes existants (sauf ceux nécessaires à l’écriture de calculs), on modifie les propriétés de la police (nom, auteur, licence), puis on importe chaque glyphe dessinés au format svg dans le logiciel.

Il est ensuite très important d’ajuster les espaces qui entourent chacun des glyphes, pour qu’un nombre complet soit composé avec équilibre et élégance.

Et voilà ! Si cette police de caractère vous intéresse, vous pouvez bien sûr la télécharger et l’utiliser librement, sous les clauses de la licence OFL : BibiBinaire.ttf. Bonne utilisation !

Logiciels pour le montage son

Quand on fait de la radio, du reportage ou de la création sonore, on utilise généralement un enregistreur pour capter les sons environnants, et on produit des fichiers son, au format mp3 ou wav. Il est rare que l’on ne doive pas les traiter avant de les diffuser : les découper, les assembler, corriger le volume, l’égalisation, faire un peu de compression

Depuis deux ans, j’ai beaucoup appris sur ces questions, grâce aux copains de Radio Campus Clermont-Ferrand : Pierre, Enrico, Bruno et Théo partagent chaleureusement leurs connaissances. Merci à eux ! J’ai beaucoup appris, et je prépare prochainement une série de vidéos pour expliquer quelques-unes des techniques que j’ai pu apprendre au fil de mes créations sonores.

Mais avant de produire ces vidéos, j’avais envie de faire le tour de quelques logiciels que j’utilise, pour la production de ces créations sonores. Ce sont tous des logiciels libres, qui sont également accessibles gratuitement. Ils fonctionnent tous sous GNU/Linux, et certains fonctionnent aussi sur Windows ou MacOSX.

Logiciel de montage

Le logiciel le plus important, quand on assemble du son pour faire du reportage par exemple, c’est le logiciel de montage. Beaucoup de débutants commencent par audacity.

Audacity

C’est un couteau suisse très connu, car il est très simple, et fait bien son travail. Mais il a un gros défaut, si l’on fait du montage : toutes les modifications appliquées au son sont destructives. C’est-à-dire qu’elles sont définitives, et que l’on ne peut pas revenir en arrière : découpage, compression, égalisation modifient définitivement le son… C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai très vite arrêté d’utiliser cet outil. Sauf peut-être pour sa fonction de réduction de son, que je trouve très très bien faite :

Il faut bien sûr apprendre à utiliser cet outil avec parcimonie, car utilisé avec trop de force, il détériore nettement le signal que l’on veut garder…

Ardour

Très vite, on cherche donc à utiliser des outils plus complets. De plus en plus, dans les radios associatives, on invite les adhérents à télécharger reaper. Pour l’avoir vu utiliser, je le trouve très bien fait. Malheureusement, il n’est pas disponible sous GNU/Linux (sauf à utiliser wine), et n’est pas un logiciel libre, bien qu’on puisse le télécharger gratuitement.

En regardant ce qui existait autour de moi, et notamment grâce au super site Linux MAO (Musique Assistée par Ordinateur), j’ai découvert ardour.

On a la chance d’avoir sous GNU/Linux un écosystème très complet de logiciels, le tout coordonné par jack, un serveur de son en temps réel. Ardour s’intègre parfaitement dans cet environnement, et bénéficie de tous les avantages d’un fonctionnement très modulaire. Lui-même est d’ailleurs conçu pour faciliter l’édition multipistes, soit en traitant du son enregistré, soit en intégrant des pistes midi. À l’usage, je le trouve très pratique : normalisation automatique des pistes, édition de l’enveloppe par simple clic, gestion des bus, des groupes de piste, automation des effets, etc. Tout y est, ou presque. Et l’équipe de développement est très réactive. J’ai eu l’occasion de faire des rapports de bug qui ont très vite été pris en compte.

Plugins d’effet

Un logiciel de montage n’est rien sans des plugins efficaces et bien pensés. Ardour est livré avec quelques plugins très simples, qui font les choses habituelles (égalisation, réverb, etc.). Leur défaut principal est d’avoir une interface rudimentaire (Théo dit une interface informatique), alors que la plupart des plugins commerciaux proposent une interface qui ressemble à du matériel électronique : boutons à tourner, affichages digitaux, etc. Heureusement, il existe de nombreux plugins très bien faits, qui répondent à la plupart des besoins, et qui n’ont rien à envier aux solutions commerciales. Du moins ils comblent pleinement mes humbles besoin. Si vous cherchez quelque chose de ce type-là, regardez du côté des plugins dits lv2, et évitez les plugins LADSPA, qui viennent sans interface graphique.

Plugins Calf

Le premier ensemble de plugins que je vous inviterais à installer, ce sont les plugins proposés par le studio calf. Ils sont très très bien faits, très simple à prendre en main, et très bien documentés. Un simple parcours de la page principale du studio vous en convaincra. Pour ma part, j’ai beaucoup appris en regardant les vidéos proposées par l’équipe de Calf. Par exemple, la vidéo ci-dessous montre comment distordre des sons très simples pour en faire quelque chose de riche et complexe, à base de saturation, de réverbération, etc.

En allant loin dans l’utilisation de ces plugins, on peut par exemple mettre en place un vocoder au rendu très joli :

Guitarix

Ces premiers outils fournissent déjà beaucoup de possibilités, mais il arrive que l’on ait parfois besoin de « salir » le son, en l’amplifiant à la manière des amplis analogiques. Pour cela, les outils proposés par le projet guitarix offrent d’énormes possibilités.

ArtyFX

Le projet OpenAV développe une série d’outils pour le traitement sans latence du son : ArtyFX… Plutôt orienté live, ces outils peuvent également être utilisés comme outils dans ardour. Le manuel de ces plugins,
disponible en français, donne une très bonne idée de l’ergonomie très bien pensée des outils…

Contrôle de la balance stéréo

Simuler une balance stéréo, cela implique de jouer à la fois sur le volume des deux pistes, mais aussi sur la différence de délai entre les deux canaux. Pour simuler ça, il m’arrive souvent d’utiliser le plugin stereo balance control de Robin Gareus. Vraiment impressionnant !

EQ10Q

Les outils d’égalisation de Calf sont très très bien. Il arrive aussi qu’on ait envie d’aller voir d’autres interfaces. EQ10Q est une alternative vraiment très belle et très facile à utiliser, qui fait aussi très bien son travail.

Plugins synthétiseurs

Il existe sous GNU/Linux de nombreux synthétiseurs de son. Pour la plupart, ils sont utilisables dans ardour, grâce au mécanisme des plugins. On créé une piste midi, on place des notes, puis on ajoute un plugin de synthèse de son, qui va interpréter les notes midi, et produire du son. Parmi ces outils, j’ai découvert récemment grâce aux superbes vidéos de Tobiasz Karoń le synthétiseur Helm, de Matt Tytel :

Le projet OpenAV, cité plus haut, propose lui aussi un synthétiseur, nommé sorcer. Je ne l’ai pas encore utilisé, mais il semble très intéressant.

Enfin, difficile de ne pas citer ZynAddSubFX, dont Tobiasz Karoń parle super bien, et qui semble hyper puissant…

Outils complémentaires

Jouer du son

Quand on a besoin de jouer du son en live, par exemple pendant une émission de radio, ou lors d’une soirée, on a là aussi pas mal d’outils à notre disposition. J’utilise depuis plusieurs mois le logiciel Mixxx, qui reprend les principes qui ont fait le succès du fameux Traktor : contrôle de la vitesse de passage des titres, détection des bpm, synchronisation des pistes, support des contrôleurs midi…

Analyse du son

J’avais déjà parlé ici de spek. C’est un outil super simple, mais rudement efficace, qui permet d’analyser un son en fréquence, à travers le temps. Indispensable à avoir dans sa caisse à outils…

Très simple à utiliser, il suffit de charger un son dans le logiciel, et voilà.

Conversion de format

Il arrive souvent que l’on ait à convertir du son : depuis du wav vers du mp3 pour une diffusion sur internet par exemple, ou encore depuis du flac vers du mp3, ou même depuis du mp3 vers du wav (car ardour ne supporte pas le mp3, c’est un choix des développeurs). Pour cela, j’utilise l’outil très simple sound converter, de GNOME. Je n’ai pour l’instant pas trouvé mieux. Il traite à la volée autant de fichiers que souhaité, en faisant une copie à côté des fichiers sélectionnés. De nombreux réglages sont possibles pour la qualité du format d’export. Le seul défaut du logiciel est qu’il faut aller dans les préférences pour ajuster ces paramètres : pas de réglages pré-établis pour les conversions usuelles…

Découpage de mp3

Le mp3 est un format de compression destructif du son : à chaque fois que l’on modifie un fichier mp3 et qu’on le sauve, il perd en qualité. Quand il s’agit d’extraire des parties d’un mp3, il existe heureusement des solutions pour ne pas détruire plus le son. J’utilise pour cela le logiciel mp3splt, qui a une interface graphique très simple et fonctionnelle, écrite en gtk.

Filtrage audio

Il y a peu, je suis tombé sur ce projet, que je n’ai pas encore eu l’occasion d’utiliser. Mais ça semble absolument génial. Il s’agit de faire de la séparation de source de manière interactive, en dessinant sur l’analyse spectrale d’un son. Le logiciel s’appelle ISSE, et c’est le résultat de la thèse d’Edward Diehl. Un outil à tester d’urgence ! Regardez la vidéo ci-dessous pour comprendre ce qu’est la séparation de sources, et ce que propose cet outil…

Conclusion

Voilà un petit tour personnel des outils existants sous GNU/Linux pour faire du son. Évidemment, j’ai présenté les outils que je connais, et je suis persuadé qu’il en existe de nombreux autres. Il faut aussi noter que le développement des logiciels libres pour la MAO est particulièrement dynamique ces derniers temps, et que ça risque de continuer à avancer toujours et encore… Restez vigilants, et lisez les actualités sur LinuxMAO pour vous tenir au courant !

Informatique sans ordinateur pour malvoyants

Il existe dans la plupart des villes universitaires un IREM (Institut de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques). À Clermont-Ferrand, je viens de rejoindre le groupe informatique sans ordinateur. Le principe du groupe est de concevoir des activités qui permettent à un enseignant de faire découvrir à ses élèves les fondements de la science informatique, mais sans passer par l’utilisation d’un ordinateur. Au menu des activités déjà réalisées : le binaire, les codes correcteurs d’erreurs, les automates, ou encore les algorithmes de tri.

Quand j’ai discuté pour la première fois avec l’équipe qui anime ce groupe de travail à l’IREM, je me suis demandé s’ils avaient envisagé d’adapter leurs activités pour des enfants déficients visuels. Et de fil en aiguille, c’est naturellement que j’ai eu envie de me lancer dans l’aventure…

Comme cette problématique d’adaptation des supports se rapproche un peu du savoir-faire des fablabs, et puisque les petits débrouillards Auvergne s’intéressent pas mal à la découverte de l’informatique sans ordinateur, nous avons décidé d’organiser une première soirée de réflexion autour du problème, dans leurs locaux.

Ça se déroulera donc lundi 13 novembre 2017, et c’est ouvert à toutes et à tous… Soyez les bienvenus !