Créer une webradio

Il existe plein de manières de démarrer une webradio. Certaines solutions clé en main polluent votre flux avec des publicités non désirées. D’autres solutions imposent d’avoir un ordinateur personnel qui fonctionne sans interruption à la maison. La solution que j’ai commencé à mettre en place n’a pas ces deux inconvénients. Mais commençons par expliquer ce qu’est une webradio, et comment ça fonctionne.

Qu’est-ce qu’une webradio ?

Une webradio, c’est une radio que l’on écoute grâce au web. Elle est disponible aux auditeurs sous forme d’un flux de son, généralement au format mp3, qui peut être soit lu dans un logiciel ou une application dédiée, soit depuis un site internet, soit grâce à un poste de radio internet (ou radio wifi, quelque chose qui se démocratise de plus en plus).

Quand on créé une webradio, on doit donc être capable d’envoyer le flux de son vers le poste de chacun des auditeurs. Cela veut dire que le serveur de diffusion doit avoir une bande passante assez conséquente, pour pouvoir accueillir tous les auditeurs, comme l’illustre le schéma ci-dessous. Clairement, une connexion ADSL ne suffit pas, il faut louer les services d’une entreprise qui dispose de serveurs à grande bande passante.

Étapes principales de la diffusion d'une webradio

Le serveur de diffusion reçoit quant à lui le son depuis un multiplexeur, un outil qui permet de choisir (ou de mélanger) les sources : soit on propose un direct depuis un studio, soit on diffuse de la musique qui a été programmée. Chacune de ces trois connexions n’étant pas trop gourmande, on peut alors installer au besoin ces serveurs derrière une connexion normale, même ADSL.

La plupart du temps, sauf pour des raisons pratiques, on va choisir d’installer la partie programmation, multiplexage et diffusion sur le même ordinateur, le même serveur physique, installé dans un datacenter. La partie prise d’antenne en direct se réalise généralement depuis un studio en ville.

Et c’est là qu’intervient airtime, qui est un logiciel pilotant liquidsoap, cet outil polyvalent qui fabrique un flux de son à partir de multiples sources. L’interface d’airtime permet de choisir les morceaux qui passeront, et liquidsoap les assemble pour les envoyer ensuite à un logiciel de diffusion, comme icecast par exemple.

Une solution à base d’airtime

Il y a deux ans, j’avais aidé Radio Campus Clermont-Ferrand à déployer une solution d’automation avec airtime. Depuis ce temps, l’entreprise à l’origine de ce logiciel a arrêté de publier les nouvelles versions sous licence libre… À cette occasion, j’avais co-signé une lettre à la communauté pour motiver l’arrivée d’un fork, libretime. Aujourd’hui, libretime est encore en version alpha, aussi je vous invite fortement à préférer pendant quelques temps les versions produites du temps d’airtime.

Configuration du système

Pour pouvoir faire fonctionner sans surprise airtime 2.5.x, il est conseillé d’installer une Ubuntu 14.04 (trusty) 64 bits. Pour ma part, j’ai choisi de prendre un serveur chez Scaleway, à 3 euros par mois c’est très raisonnable. C’est je pense le prix minimum à payer pour avoir une solution complètement indépendante de toute publicité, et pour maîtriser toutes les briques logicielles du streaming.

Attention cependant, cette version d’ubuntu a une version de silan défectueuse : elle se trompe dans le calcul de la durée des morceaux. Il faut donc la remplacer par une version proposée par l’entreprise qui développe airtime :


wget http://apt.sourcefabric.org/pool/main/s/silan/silan_0.3.2~trusty~sfo-1_amd64.deb
dpkg -i silan_0.3.2~trusty~sfo-1_amd64.deb

Une fois la machine installée et ainsi corrigée, on commence donc par cloner la version 2.5.x depuis le github de libretime :

git clone -b archive/airtime/2.5.x https://github.com/LibreTime/libretime.git

Puis on se rend dans le répertoire libretime ainsi créé, et on lance l’installation :


cd libretime
sudo ./install

L’outil d’installation se charge d’installer les paquets manquants, pour rendre fonctionnelle la machine.

Configuration d’airtime

Pour régler correctement airtime, il est nécessaire d’aller dans l’onglet Système, puis de régler le flux de sortie.

Fenêtre de réglage des flux dans airtime

Airtime est installé avec icecast, logiciel qui se charge de faire la diffusion du flux vers les auditeurs. Il suffit donc de régler airtime pour qu’il envoie le flux qu’il produit à l’instance d’icecast installée sur le même serveur. Sur la capture d’écran ci-dessus, c’est le panneau droit qui permet de faire cela. On peut d’ailleurs régler plus d’un flux, par exemple pour avoir différentes qualités d’encodage, ou différents formats (mp3, ogg).

Programmation d’airtime

Ensuite, on téléverse des morceaux dans airtime, puis on créé des blocs intelligents, des listes de diffusion, et enfin des émissions dans le calendrier. Et puis on glisse des listes de diffusion dans les émissions, et c’est prêt à jouer ! Pour plus de détails, je vous propose de consulter la documentation que j’avais écrite pour Radio Campus France à ce sujet.

Petits réglages

Si on a oublié d’installer la version corrigée de silan, les titres joués par airtime seront coupés à la moitié de leur durée à chaque diffusion. On peut alors installer la bonne version de silan, puis utiliser airtime-re-silan, un petit script que j’ai écrit pour corriger les durées des titres déjà importés dans airtime…

À suivre…

Vous l’aurez sans doute compris en lisant ce billet, avec une paire de potes on se lance dans la création d’une webradio, pour ne pas tomber dans la dépression post Radio Campus. Affaire à suivre, donc !

Lectures sur la musique

Je continue ma revue de lecture autour du son et de la création sonore avec quelques pas en direction de la musique. Depuis que j’ai commencé à compiler et structurer quelques éléments d’histoire des musiques électroniques, j’ai envie de compléter un peu mieux ma compréhension de tout ça.

Bruits, Jacques Attali

Bruits, Jacques Attali

Au fil de mes lectures sur le son, je suis très souvent tombé sur la référence à cet essai de Jacques Attali, sous-titré Essai sur l’économie politique de la musique, dont la première édition date de 1977. Jusqu’à présent, j’avais choisi de ne pas lire ce texte, parce que l’idée que je me faisais de l’auteur, et les autres livres de lui que j’avais eu sous la main m’avaient plutôt fait fuir. Et puis à force de le lire comme une référence, je me suis finalement laissé tenté par cette lecture.

Le livre que j’ai entre les main est une nouvelle édition datant de 2001. J’avais peur que l’auteur n’affirme des faits sans références. Je me trompais, l’ouvrage est bien documenté. Il raconte l’histoire de la musique du point de vue économique et politique : le va et vient constant entre musique contrôlée par les puissants et musique du peuple, les débuts de la propriété intellectuelle, de la commercialisation, l’histoire du support d’enregistrement, et sur la fin la dématérialisation.

C’est finalement un ouvrage que je trouve intéressant, si l’on choisi de focaliser notre lecture sur l’objet premier annoncé par le sous-titre, en dépassant les avis personnels de l’auteur.

Histoire de la musique, Jacqueline Jamin

Histoire de la musique, Alphonse Leduc

Quand on se promène aux puces, on tombe parfois sur des livres improbables comme celui-ci. Comment pensait-on l’histoire de la musique en Europe en 1966 ? Fortement ancrée en Europe, évidemment, marquée par des affirmations puissantes : tel courant est marqué par Tel et Tel compositeur. Très bien illustré en noir et blanc, avec photos de représentations de théâtre classique, reproduction de portraits de compositeurs, ce bouquin nous amène jusqu’aux portes de la musique contemporaine et du jazz, en prenant le temps de raconter la musique des civilisations anciennes, le moyen-âge, la renaissance (évacuée en 2 pages), l’époque classique, le romantisme, et la seconde moitié du 19e siècle 20e siècle. Le tout marqué par cette assurance catégorique et professorale qui laisse peu de place à une histoire alternative. C’est beau, c’est drôle, et ça fait un bon recueil de classiques… Ah oui, on parle en quelques pages de la musique des civilisations orientales, aussi.

Musiques actuelles, musique savante, quelles interactions ?

Musiques actuelles, musiques savantes

Avec mon exploration de la naissance de la musique électronique, je me suis aperçu que les musiques actuelles et la musique contemporaine utilisant les supports électroniques avaient très peu en commun. Bien sûr, certains musiciens de techno actuels puisent une partie de leurs influences chez des gens comme Pierre Boulez par exemple, mais ce n’est pas l’histoire du mouvement musical où ils appartiennent. Les deux histoires semblent s’être construites en parallèle. J’avais donc très envie de lire cette série d’entretiens, réalisés réunis et présentés par Éric Denut, et intitulés Musiques actuelles, musique savante, quelles interactions ?. Le recueil date de 2001, mais en le parcourant on trouve des propos qui alimentent nombre de clichés : là un compositeur hautain et méprisant envers la culture des producteurs de musique techno, là un compositeur attiré par l’exotisme et qui au contraire cherche à se dévergonder…

L’avant-propos, de Danielle Cohen-Levinas invite à la réflexion : pourquoi les festivals et rencontres qui proposent au public de la musique contemporaine cherchent avant tout à faire vibrer la fibre de la curiosité chez un public qui peine à venir ? Pourquoi proposer des programmes éclectiques au point qu’aucune cohérence ne puisse être lue par le spectateur ? Bien sûr, on comprendra la stratégie des programmateurs, mais combien de publics passent à côté de ce qui pourrait les faire vibrer, précisément parce que l’argument de curiosité les fait fuir ?

Voyage de mon oreille

Voyage de mon oreille

C’est un texte assez ardu, je trouve, mais dont l’objet a beaucoup motivé ma lecture : essayer de comprendre les réflexions, les démarches, les constructions qui guident le travail d’un compositeur de musique contemporaine. On y lit des questionnements autour de la frontière entre artisan et artiste, un travail sur le temps, une recherche permanente de nouvelles manières de penser la musique. Très enrichissant.