Expos et visites à Paris : quid de l’accessibilité

La semaine dernière, j’ai prof­ité d’une escapade à Paris où je par­tic­i­pais à une for­ma­tion organ­isée par Ani­mafac pour me promen­er quelques jours en touriste à Paris, avec une amie. Nous avons pris du temps pour ren­con­tr­er plusieurs de nos amis fran­ciliens, et pour aller vis­iter quelques expo­si­tions et lieux forts de la cap­i­tale. Quand on vit dans une petite ville comme Cler­mont-Fer­rand, ça fait du bien de pou­voir se pro­cur­er sa dose de cul­ture de temps en temps…

L’amie que j’ac­com­pa­g­nais se déplace en fau­teuil roulant élec­trique. Je ne ren­tr­erai pas dans les détails de l’ac­ces­si­bil­ité des trans­ports parisiens, mais ce que l’on peut retenir, c’est que la SNCF est bien mieux pré­parée que la RATP. Il faut priv­ilégi­er le RER, véri­fi­er à chaque sta­tion en entrant que l’as­censeur de la sta­tion de sor­tie est fonc­tion­nelle, ne pas avoir peur de revenir en arrière, avoir des choses à faire le long de la ligne 14, ou ne pas avoir peur des bus et de leurs chauf­feurs qui ne maîtrisent pas les ram­pes d’ac­cès… Un défi de chaque minute, que l’on doit en plus plan­i­fi­er la veille avant 20h si l’on veut être pris en charge… Heureuse­ment, passé cette bar­rière, il reste plein de choses acces­si­bles.

L’esprit du Bauhaus

quelques documents de l'exposition

Cela fai­sait quelques semaines que j’avais lu sur le site pointy­po- l’an­nonce d’une expo­si­tion très alléchante au musée des arts déco­rat­ifs : l’e­sprit du Bauhaus. Cette école artis­tique, dis­soute par le régime fas­ciste en 1933, a influ­encé beau­coup de courants artis­tiques au XXe siè­cle, aus­si bien en archi­tec­ture que chez les plas­ti­ciens améri­cains. Cepen­dant, les valeurs plus poli­tiques du Bauhaus n’ont pas pu prof­iter de la même dif­fu­sion. Cette expo­si­tion retrace à la fois le par­cours artis­tique et le pro­jet poli­tique de cette école, qui prô­nait le faire ensem­ble, et l’im­por­tance des pra­tiques arti­sanales dans la con­struc­tion des démarch­es artis­tiques. L’ex­po­si­tion est vis­i­ble jusqu’au 26 févri­er 2017, et per­met de décou­vrir la joyeuse vie qui ani­mait les par­tic­i­pants à ce pro­jet.

Les globes à la BNF

globesune carte tactile qui décrit la salle des globes

J’avais beau­coup lu sur les globes du Roi-Soleil, car ils mar­quent l’his­toire de la vul­gar­i­sa­tion car­tographique, à une époque où la géo­gra­phie était un art et une sci­ence en pleine explo­sion. Mais jamais je n’avais pris le temps d’aller les voir à la BNF. C’est vrai­ment quelque chose à faire. La salle d’ex­po­si­tion est très sim­ple, sans détails super­flus, et dis­pose de plusieurs out­ils de médi­a­tion pour les publics défi­cients visuels. Salu­ons ici ce bel effort qui per­met de prof­iter pleine­ment de ces globes.

L’ex­po­si­tion en cours dans l’al­lée ouest est con­sacrée aux estam­pes con­tem­po­raines. Quelques pièces et auteurs sont vrai­ment intéres­sants. J’ai par exem­ple beau­coup aimé les œuvres de Rémy Jacquier, gravures sur linoléum.

Accessibilité à la cinémathèque

Une carte tactileUn guide au sol qui mène à une borne parlante

Tou­jours en quête de ques­tion­nements autour de la manière de ren­dre acces­si­ble les bâti­ments aux défi­cients visuels, j’ai été agréable­ment sur­pris de décou­vrir les pan­neaux et guides de déplace­ment pro­posés à la ciné­math­èque : des plans tac­tiles du bâti­ment, ain­si que des guides au sol qui mènent à des bornes par­lantes per­me­t­tant d’obtenir des infor­ma­tions pra­tiques sur le lieu. Ces instal­la­tions sont notam­ment référencées sur le site accessible.net, que je décou­vre à l’in­stant.

Les archives nationales, et celles de la maison de la radio

La grosse décou­verte de cette virée à Paris a été pour moi l’ac­cès aux archives nationales, dans ce nou­veau bâti­ment instal­lé à Pier­refitte-sur-Seine. Je vous invite à y aller le lun­di, pour prof­iter à 14h de la vis­ite guidée du bâti­ment, qui per­met de com­pren­dre les défis et le fonc­tion­nement des archives nationales.

un document de mon cartonune lectrice aux archives nationalesles dossiers de mon carton

En tant qu’usager, il est donc pos­si­ble de réserv­er sur le site inter­net les doc­u­ments de votre choix. Une fois arrivé sur place, et passé les bar­rières de sécu­rité de rigueur, on vous donne accès à un bureau, dans une grande salle de lec­ture, et les doc­u­ments choi­sis vous sont con­fiés (un car­ton par un car­ton).

Chaque car­ton con­tient un ensem­ble de dossiers, qui à leur tour peu­vent con­tenir plusieurs cen­taines de doc­u­ments. Pour ma part, j’avais choisi d’ex­plor­er les archives per­son­nelles d’Ag­nès Tan­guy, car je m’in­téres­sais à la dif­fu­sion des travaux du GRM. Les doc­u­ments étaient très rich­es d’in­for­ma­tion, sur la manière de pré­par­er les émis­sions, sur la manière dont les enreg­istrements étaient réal­isés, ou encore sur les moyens mis à la dis­po­si­tion de la créa­tion radio­phonique dans les années 60. Finale­ment, vis­iter les archives, c’est comme se promen­er dans un musée qui trait­erait exacte­ment du thème de son choix. Incroy­able­ment pas­sion­nant.

Le lende­main, nous nous sommes aus­si ren­dus aux archives de la mai­son de la radio, pour con­tin­uer nos explo­rations. C’est là que nous avons com­pris le début de la chaîne d’archivage qui amène les doc­u­ments pro­duits par les ser­vices publics jusqu’à Pier­refitte-sur-Seine. En par­ti­c­uli­er, nous avons décou­vert que les doc­u­ments sont sou­vent sauvés de la benne, car les gens qui pro­duisent des objets radio­phoniques oublient sou­vent que ce n’est pas unique­ment l’ob­jet sonore final qui con­stitue une archive : toute la pro­duc­tion écrite en amont est aus­si quelque chose de très riche…

Bref, vous l’au­rez com­pris, ces qua­tre jours ont été intens­es, et par­ticipent à ali­menter mes ques­tion­nements actuels, autour de la créa­tion sonore et de l’ac­ces­si­b­lité. Sur ce dernier sujet, restez con­nec­té au blog, je racon­terai bien­tôt quelques-uns de mes pro­jets en cours, en cette fin d’an­née 2016…

Revue de lectures : son, bruit, radio

C’est une habi­tude qui com­mence à s’in­staller sur ce blog : la revue de lec­tures autour du thème de la créa­tion sonore. Après m’être promené du côté de la musique con­crète, autour des tech­niques de pro­duc­tion de sons, en pas­sant par la voix, nous voici avec une nou­velle série mar­quée par la ques­tion du bruit, et par l’amour de la radio. Si vous avez raté les épisodes précé­dents, il n’est pas trop tard : le pre­mier épisode et le deux­ième sont bien sûr encore en ligne !

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Il y a peu, j’é­tais à Nantes avec quelques copains de Radio Cam­pus Cler­mont-Fer­rand pour par­ticiper à la neu­vième édi­tion du fes­ti­val [SONOR]. Beau­coup de dis­cus­sions et de décou­vertes intéres­santes, comme le super Gilles Mala­tray qui ouvre les portes de l’é­coute urbaine, ou encore le tra­vail sur la voix et machines d’Anne-Julie Rol­let et Anne-Lau­re Pigache avec leur pro­jet Par­lo­phonie. Il y avait beau­coup à voir et à enten­dre, cer­taines tables ron­des étaient vrai­ment intéres­santes.

Pen­dant toute la durée du fes­ti­val, le Trem­poli­no accueil­lait un espace librairie, où j’ai eu du mal à me retenir de butin­er. J’ai tout de même été raisonnable, et ne suis repar­ti qu’avec trois livres sous le bras. Et depuis, j’ai eu entre les mains deux autres livres plutôt chou­ettes et com­plé­men­taires, que j’avais envie de partager ici.

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Locus sonus, 10 ans d’expérimentation en art sonore, de Jérôme Joy et Peter Sinclair

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Par­mi les livres réu­nis jusqu’à présent dans les pages de ce blog, il man­quait tout un pan de l’ex­pres­sion en musique con­tem­po­raine, celle qui ques­tionne la manière de dif­fuser les œuvres pro­posées. Locus sonus répond en bonne par­tie à ces attentes. Il s’ag­it d’un lieu con­sacré à la fois à la recherche et à la créa­tion sonore, qui ques­tionne les nou­veaux moyens de dif­fu­sion du son, notam­ment à tra­vers les out­ils du numérique. Ce livre recueille une série d’ar­ti­cles rédigés au fil des ans par les dif­férents par­tic­i­pants à ce pro­jet, ini­tié par Jérôme Joy et Peter Sin­clair. On y décou­vre nom­bre de ques­tion­nements qui font sens pour qui envis­age de réalis­er des objets sonores à dif­fuser au delà de la FM.

Histoire de la la radio

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Avant de lire ce livre, j’é­tais un peu per­du sur la chronolo­gie de la radiod­if­fu­sion en France : com­ment était-on passé des débuts très ama­teurs et éparpil­lés à une radio d’é­tat qui avait le mono­pole des ondes ? Com­ment s’é­tait dif­fusé l’usage de la radio dans les foy­ers, et com­ment pro­dui­sait-on la radio dans les décen­nies passées ? Mais aus­si, com­ment s’é­taient suc­cédées les évo­lu­tions tech­niques ? Mes idées là-dessus étaient bien vagues, et cet ouvrage col­lec­tif réal­isé à l’oc­ca­sion d’une expo­si­tion du Musée des arts et métiers en 2012 per­met de bal­ay­er tout cet his­torique, pour com­pren­dre l’his­toire des gens et des tech­niques qui ont fait ce média.

Le goût de la radio et autres sons

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Les textes présen­tés dans ce petit livre de 130 pages ont été choi­sis par Thomas Baum­gart­ner. Il invite le lecteur à se promen­er par­mi les auteurs qui ont mar­qué l’imag­i­naire col­lec­tif sur la ques­tion du son, depuis les paroles gelées de Rabelais jusqu’à la vis­ite de la mai­son de la radio par Jacques Roubaud, qui fait vibr­er la sonorité des mots, en pas­sant par le témoignage de Kriss, ani­ma­trice-pro­duc­trice sur France Inter qui évoque l’in­fi­ni de la prop­a­ga­tion sonore. Une belle manière de pour­suiv­re les lec­tures plutôt tech­niques jusqu’à présent.

L’art des bruits, manifeste futuriste, de Luigi Russolo (1913)

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Par­mi les textes cités dans le recueil de Thomas Baum­gart­ner, il y a un court extrait de ce texte de 1913, l’art des bruits, man­i­feste futur­iste. Quelle puis­sance, quelle clair­voy­ance quant à l’évo­lu­tion de la musique et de la créa­tion sonore&nbps;! Ce texte, vision­naire, place les bases de ce qui a fait la musique et la créa­tion sonore dans le siè­cle qui a suivi. Un incon­tourn­able.

Une histoire de la modernité sonore, Jonathan Sterne

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En dis­cu­tant avec Cécile (nous pré­parons à trois avec Lise une nou­velle émis­sion pour la ren­trée, j’en par­lerai bien­tôt ici) de mes lec­tures récentes, elle m’a très vite invité à lire Jonathan Sterne. L’ou­vrage est dense, pointu, il invite à pren­dre le temps pour bien mesur­er l’his­toire dense de la moder­nité sonore, qu’il fait naître avec les out­ils médi­caux tels que le sté­to­scope. Il ques­tionne les prob­lé­ma­tiques la repro­duc­tion con­fron­tée à l’o­rig­ine, inter­roge les dimen­sions sociales de ces moyens de dif­fu­sion. Parsemé d’ex­em­ples issus de l’his­toire éta­suni­enne de l’en­reg­istrement et de la radiod­if­fu­sion, l’ou­vrage est égale­ment très riche­ment illus­tré, et n’ayant que lu l’in­tro­duc­tion, j’ai déjà du mal à me retenir de le par­courir par bonds suc­ces­sifs et curieux, tant les chapitres sem­blent plus pas­sion­nants les uns que les autres, mal­gré la forme exigeante de la langue.

Édit : la suite des lec­tures sur le son, quelques mois plus tard, à lire sur Revue de lec­tures : bruit, musique, soci­olo­gie.

Création sonore : continuons à lire

Il y a une poignée de semaines, je par­lais ici de quelques livres pas­sion­nants, autour de la créa­tion sonore. Depuis ce bil­let, j’ai fini de lire Le son, traité d’acoulogie de Michel Chion. C’est un livre pas­sion­nant, qui reprend les idées théoriques et expéri­men­tales de Pierre Scha­ef­fer, en les éten­dant. On y lit par exem­ple une caté­gori­sa­tion des sons qui dépasse le strict assez pau­vre envis­agé par la musique, qui se restreint à la hau­teur, la longueur, la puis­sance… Scha­ef­fer et Chion arrivent avec 7 échelles de car­ac­téri­sa­tion, qui per­me­t­tent de décrire pré­cisé­ment un son. Il faut avouer que sans une grille de ce type, on est assez dému­nis pour décrire un son, car le vocab­u­laire nous manque.

Et puis j’ai con­tin­ué à lire, au gré de mes trou­vailles. Voici donc trois nou­veaux livres à explor­er, tous les trois très intéres­sants.

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Le guide ultime du sound designer, Ric Viers

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Quand on réalise des doc­u­ments sonores, tôt ou tard on a envie de com­pren­dre com­ment marche un micro, ce qu’est un enreg­istreur, com­ment choisir son équipement… Ce n’est pas le sujet pre­mier du guide ultime du sound design­er , mais toute la pre­mière par­tie est con­sacrée à ça. Si vous avez lu mon arti­cle récent sur l’amélio­ra­tion de la chaîne d’en­reg­istrement, et que ça a attisé votre curiosité, c’est le moment de lire les pre­miers chapitres de ce guide.

Dans la deux­ième par­tie, le livre abor­de ce qu’il annonce dans le titre : la manière de con­cevoir du son, en pro­posant de réfléchir à la manière d’en­reg­istr­er du son qui servi­ra ensuite d’élé­ment pour des créa­tions sonores, que ça soit en envi­ron­nement « réel », ou sur un plateau de bruitage. Très ori­en­té vers la pra­tique, il donne des pistes de bonnes pra­tiques, évoque les déboires que l’on peut facile­ment éviter, et pro­pose à la fin une liste impres­sion­nante d’idées pour réalis­er des bruitages réal­istes. Sont aus­si abor­dés la manière de se fab­ri­quer un plateau de bruitage, une sta­tion de mon­tage, de se con­stituer un équipement de reportage.

Un bouquin à con­seiller pour qui veut appren­dre de la prise de son.

Le documentaire radiophonique, Christophe Deleu

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Pub­lié en 2013 aux édi­tions INA, ce livre est un essai sci­en­tifique, une ten­ta­tive de déf­i­ni­tion de ce qu’est le doc­u­men­taire sonore. L’au­teur, Christophe Deleu, est un enseignant-chercheur en sci­ences de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion à l’u­ni­ver­sité de Stras­bourg. Avec lui, on cherche à com­pren­dre ce qui dis­tingue le doc­u­men­taire radio­phonique des autres formes d’ex­pres­sions sonores. On prend ensuite le temps de décom­pos­er cha­cun des sous-gen­res du doc­u­men­taires, qu’il pro­pose de dis­tinguer en : doc­u­men­taire d’in­ter­ac­tion, doc­u­men­taire poé­tique, doc­u­men­taire d’ob­ser­va­tion, et doc­u­men­taire fic­tion. Évidem­ment, ces sous-gen­res ne sont pas imper­méables, et les exem­ples qu’il cite à longueur d’ou­vrage aident à en saisir les con­tours poreux.

L’au­teur prend aus­si le temps de décom­pos­er l’his­toire de la radio, évo­quant le radiore­portage, évo­quant le rôle crois­sant joué par les jour­nal­istes dans le média. Il souligne ici la dif­férence notable entre le doc­u­men­taire et le tra­vail de jour­nal­isme, lequel cherche à retran­scrire pour l’au­di­teur le réel, se met­tant en scène comme médi­a­teur. À l’in­verse, le doc­u­men­taire est un objet qua­si­ment artis­tique, le créa­teur se plaçant sou­vent à l’ex­térieur du cadre offert par le micro, sauf s’il est lui-même l’ob­jet du doc­u­men­taire.

Pour Christophe Deleu, si le doc­u­men­taire est un genre mineur de par le vol­ume qu’il occupe sur les fréquences FM, il s’ag­it d’une expres­sion radio­phonique à la richesse tou­jours renou­velée. Agré­men­tant son dis­cours de références à des émis­sions régulières ou à des doc­u­men­taires en par­ti­c­uli­er, il invite le lecteur à pour­suiv­re l’ex­plo­ration par l’é­coute. On appréciera aus­si la très large bib­li­ogra­phie.

Le doc­u­men­taire radio­phonique tel qu’il est présen­té par Christophe Deleu cor­re­spond grossière­ment au chaînon man­quant entre un tra­vail de reportage et une pièce de musique con­crète telle qu’elle est abor­dée par Michel Chion. L’in­ter­valle entre les deux modes d’ex­pres­sion est gigan­tesque, et l’on com­prend large­ment pourquoi il existe une telle diver­sité d’ex­pres­sions doc­u­men­taires, telles que les décrit Christophe Deleu.

Les carnets de Synthone

syntone

Si vous vous intéressez au monde radio­phonique, vous êtes cer­taine­ment tombés plus ou moins par hasard sur le site Syn­tone, sous-titré actu­al­ité & cri­tique de l’art radio­phonique. On y lit régulière­ment de belles con­tri­bu­tions, qui offrent un instan­ta­né de l’ex­plo­ration radio­phonique. Bien que rel­a­tive­ment pointu, je le trou­ve assez acces­si­ble. Dif­fi­cile alors de ne pas avoir envie de les soutenir en souscrivant à l’abon­nement des car­nets de Syn­thone, trimestriel papi­er à la maque­tte soignée.

J’ai reçu la semaine dernière mon pre­mier exem­plaire (le numéro 7), qui traite d’une aven­ture radio­phonique aux Baumettes, sur la recon­sti­tu­tion (qui fait écho au tra­vail du sound design­er évo­qué plus haut), ou encore l’in­ter­view d’un audion­at­u­ral­iste. Les illus­tra­tions et le papi­er choisi, la qual­ité d’im­pres­sion, tout invite à col­lec­tion­ner ces petits car­nets.

Édit : la suite des lec­tures sur la créa­tion sonore, quelques semaines plus tard, à lire sur Revue de lec­tures : son, bruit, radio.

Toi aussi, enregistre en qualité pro

Il y a un mois, on dis­cu­tait sur ce blog de la manière d’amélior­er la qual­ité du son quand on enreg­istre quelque chose avec un enreg­istreur numérique. Une des pistes évo­quées était d’u­tilis­er un pré-préam­pli. Avant de dire un peu plus sur le Fet­head de Tri­tonAu­dio, qui est ABSOLUMENT GÉNIAL (!!!), j’ai envie de revenir sur la chaîne de traite­ment du son. Parce que sinon, on ne com­prend pas.

Le sché­ma ci-dessous racon­te en image ce qu’est la chaîne du son. Tout com­mence par une source, qui pro­duit une vibra­tion de l’air. Cette vibra­tion est cap­tée par un micro, dont le rôle est de trans­former cette vibra­tion en sig­nal élec­trique (ou sig­nal analogique). Sou­vent, ce sig­nal est faible, alors on utilise un pré-amplifi­ca­teur pour l’aug­menter. Enfin, on utilise un con­ver­tis­seur numérique pour trans­former ce sig­nal en sig­nal numérique (com­posé de 0 et de 1), com­préhen­si­bles et stock­ables par un ordi­na­teur.

Cha­cune des étapes (micro, pré-amplifi­ca­teur, con­ver­tis­seur numérique) peut être réal­isée par du matériel de plus ou moins bonne qual­ité, avec des tech­nolo­gies très var­iées. Les enreg­istreurs numériques comme le Zoom h4n ou le Tas­cam DR-40 con­ti­en­nent l’ensem­ble de ces trois com­posants, dans une ver­sion assez sim­ple, plutôt grand pub­lic.

Quand on com­mence à s’in­téress­er à la qual­ité de tout ça, il arrive sou­vent que l’on veuille amélior­er sa chaîne de traite­ment du son. La pre­mière étape que j’ai franchie a con­sisté à chang­er de micro. En fait, si on veut amélior­er le pas­sage son/signal élec­trique, la seule solu­tion, c’est de chang­er de micro. De la même manière, amélior­er la con­ver­sion analogique/numérique, cela impose de chang­er le con­ver­tis­seur. Mais ça, ce n’est pas pos­si­ble dans un enreg­istreur numérique. Par con­tre, on peut très bien rem­plac­er ou com­pléter le pré-amplifi­ca­teur interne par un autre pré-amplifi­ca­teur. Et bien c’est cette his­toire-là que je vais racon­ter aujour­d’hui.

fethead

Le pré-ampli TritonAudio FetHead

Le Fet­head de Tri­tonAu­dio est un pré-amplifi­ca­teur, que l’on place avant le pré-amplifi­ca­teur de l’en­reg­istreur, afin de réhauss­er la puis­sance du sig­nal venant du micro. Vous allez me dire : mais pourquoi le faire avant, alors que c’est le rôle du pré-amplifi­ca­teur de l’en­reg­istreur ? Et bien il faut l’avouer, ces pré-ampli inté­grés sont d’une qual­ité assez médiocre. Ils sont bien sûr flex­i­bles (on peut régler le gain, c’est-à-dire de com­bi­en on aug­mente le sig­nal), mais ils ajoutent du bruit. Le bruit, c’est ce souf­fle con­tinu que l’on entend sur un enreg­istrement de mau­vaise qual­ité. Quand on enreg­istre, on cherche à n’en­ten­dre que ce qui était devant le micro, et on ne veut pas que la chaîne de traite­ment ajoute quelque chose.

Le Fet­Head est un tout petit appareil, qui se loge dis­crète­ment entre l’en­reg­istreur et le câble du micro, et qui pro­pose une qual­ité d’am­pli­fi­ca­tion sans égal, pour une somme très raisonnable (env­i­ron 70 euros sur le site du fab­ri­cant). Ce pré-ampli n’est pas réglable, mais il aug­mente de 28dB la puis­sance du sig­nal, et sans ajouter une larme de bruit ! Il fal­lait que je teste ça, et que je vous en par­le.

Il existe plusieurs mod­èles de ce pré-ampli. Dans tous les cas, ils utilisent l’al­i­men­ta­tion fan­tôme pour fonc­tion­ner. Il existe une ver­sion qui laisse pass­er l’al­i­men­ta­tion fan­tôme (pour ampli­fi­er un micro sta­tique), et une ver­sion qui réalise un coupe-bas (afin de fil­tr­er les bass­es fréquences). J’ai choisi le troisième mod­èle, qui sem­ble être le plus stan­dard, et cor­re­spond mieux à mes besoins. Il ne laisse pas pass­er l’al­i­men­ta­tion fan­tôme, et n’a pas de coupe-bas.

Les tests

J’ai suivi la même démarche de test avec deux micros dif­férents, en enreg­is­trant une courte phrase avec et sans le Fet­head. J’ai bien sûr dû ajuster le gain du pré-ampli de l’en­reg­istreur que j’ai util­isé, pour arriv­er à un sig­nal presque équiv­a­lent à l’or­eille.

Micro Sennheiser MD 21

Le pre­mier micro avec lequel j’ai testé le pré-ampli, c’est le Sennheis­er MD 21. Un micro mythique, qui a fait l’his­toire de la radio, avec lequel on peut par­tir en reportage sans crainte de ramen­er du son inex­ploitable. Un bijou, mais qui manque de puis­sance, son design datant des années 50. L’un de ses défauts, c’est de man­quer de sen­si­bil­ité. Ça veut dire que le sig­nal qu’il pro­duit est très faible, et qu’il faut beau­coup l’am­pli­fi­er.

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Spec­tres tem­porels des enreg­istrements à com­par­er (Sennheis­er MD 21)

Dans l’or­dre : sans le Fet­head, puis avec Fet­head

Il faut cli­quer sur les spec­tres don­nées ci-dessus pour bien com­pren­dre la dif­férence. Ce que l’on voit, c’est qu’avec le Fet­head, il n’y a pas cet espèce de fond « moucheté » qui recou­vre toutes les par­ties noires du spec­tre. Et c’est juste­ment ce moucheté qui est le bruit, ce qu’on entend comme un souf­fle con­stant… La qual­ité à l’é­coute est tout sim­ple­ment géniale avec le fet­head : on arrive à une qual­ité impos­si­ble à attein­dre nor­male­ment avec un matériel d’en­trée de gamme comme ces petits enreg­istreurs !

J’ai aus­si pris le temps de regarder le résul­tat de l’analyse de spec­tre pro­posée par ardour, qui fait une syn­thèse du sig­nal sur toute la durée des extraits.

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Spec­tres globaux des enreg­istrements à com­par­er (Sennheis­er MD 21)

Dans l’or­dre : sans le Fet­head, puis avec Fet­head

On con­state claire­ment une meilleure réso­lu­tion dans le sig­nal. Par con­tre, j’ai du mal à analyser de manière com­préhen­si­ble la zone noire en bas du spec­tre issu de l’en­reg­istrement avec Fet­head. Si un lecteur com­prend ça, je suis intéressé.

Micro AKG D5

J’ai ensuite fait le même test avec un micro récent, dynamique aus­si. C’est un micro net­te­ment plus sen­si­ble, et je me demandais si on aurait le même type d’amélio­ra­tion, puisque l’on pousse moins le pré-ampli de l’en­reg­istreur… Le résul­tat est là aus­si très par­lant !

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Spec­tres tem­porels des enreg­istrements à com­par­er (AKF D5)

Dans l’or­dre : sans le Fet­head, puis avec Fet­head

Là encore, le spec­tre est très par­lant, et l’é­coute des fichiers le con­firme : l’u­til­i­sa­tion de ce pré-ampli aug­mente grande­ment la qual­ité de l’en­reg­istrement.

J’ai aus­si repro­duit ci-dessous l’analyse spec­trale glob­ale d’ar­dour…

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Spec­tres globaux des enreg­istrements à com­par­er (AKF D5)

Dans l’or­dre : sans le Fet­head, puis avec Fet­head

Je suis moins à l’aise avec la lec­ture de ces dia­grammes, si quelqu’un a un mot à dire, je serais con­tent !

La conclusion

La con­clu­sion, c’est que ce petit appareil une tuerie ! Il me sem­ble indis­pens­able avec un micro dynamique, d’au­tant qu’il est peu sen­si­ble comme le MD 21, et que l’on a un pré-ampli de médiocre qual­ité.

À not­er tout de même que l’on ne peut pas régler le gain sur le Fet­head. Il faut donc faire atten­tion à ne pas avoir un son trop puis­sant en entrée, ou un micro très sen­si­ble, car alors on aura beau met­tre le gain du pré-ampli inté­gré à zéro, on ris­quera d’avoir de la sat­u­ra­tion.

Enfin, une ques­tion me taraude : ne pour­rait-on pas utilis­er directe­ment sur le Fet­head un con­ver­tis­seur analogique/numérique indépen­dant, et ain­si aban­don­ner défini­tive­ment l’en­reg­istreur ? Évidem­ment, un enreg­istreur ne pro­pose pas que cela, mais c’est une idée intéres­sante…