Hadopi : loi liberticide

« On » vient de trouver une méthode géniale pour empêcher à jamais les comportements illégaux. Aujourd’hui vient de commencer un débat à l’Assemblée Nationale pour imposer à chaque automobiliste d’équiper son véhicule d’un GPS. Ce dernier enverra à chaque instant un identifiant unique et une trace de sa position à une entreprise mandatée par l’État. Dès lors qu’une infraction sera commise, on utilisera ces informations pour déterminer qui est le coupable. La première mesure, automatique, sera de déclencher un mécanisme d’arrêt des automobiles identifiées par ce mécanisme dans un proche voisinage.

Chouette comme idée, non ? Bon, ça fera pas mal de faux positifs, on connaît même dès à présent des moyens techniques pour ne pas envoyer les bons identifiants, faisant ainsi passer Henri, ce voisin insupportable, pour l’auteur de notre éventuel méfait. Et la liberté individuelle dans tout ça ? Ah mais vous parlez de liberté, alors qu’on va pouvoir arrêter des milliers d’horribles criminels ? Soyez modernes, que diable, c’est pour le bien de tous !

Cette histoire n’est pas vraiment de la science-fiction. J’ai juste remplacé ordinateur et connexion internet par automobile, et substitué GPS à programme mouchard. Vous l’aurez compris, pour répondre au téléchargement illégal d’œuvres par internet, la solution proposée (et en passe d’être votée) consiste à imposer sur chaque ordinateur la présence d’un mouchard. En cas de détection d’un « piratage » depuis votre connexion, on bloquera votre connexion.

HADOPI - Le Net en France : black-out

Cela pose dans la pratique de nombreux problèmes. D’une part, il n’est pas impossible de faire passer son ordinateur pour celui de quelqu’un d’autre. Plus simple, on peut pirater la connexion wifi disponible chez lui. Ainsi, celui qui sera suffisamment motivé pour contourner le fliquage fera porter à quelqu’un d’autre le chapeau. Ce dernier sera alors présumé coupable, et devra après une longue procédure judicière prouver son innocence avant de pouvoir retrouver sa connexion internet.

Belle avancée, non ! Quel beau pays que celui où nous vivons, ça fait chaud au cœur.

Pour plus d’information, je vous invite à consulter le site laquadrature.net.

26 thoughts on “Hadopi : loi liberticide”

  1. Et en plus ça ne marche pas sur ma voiture leur gps, je dois en changer.

    Quand j’ai vu ça la première fois, je ne l’ai pas cru tellement il est surréaliste que l’on puisse proposer de mettre un mouchard sur les connection internet des gens à un niveau industriel en France.

  2. Ah oui, sur ton ordinateur non plus, ce dispositif ne marche pas ? Mais alors, on va devenir des délinquants ?

  3. Très bien ta métaphore sur la voiture. Ça aide les gens à comprendre l’énormité de la chose, alors que la loi semble peu choquante pour de trop nombreuses personnes.

  4. Je ne suis pas l’inventeur de cette métaphore, mais je l’ai croisée sur la page d’une discussion au sujet de cette loi, et elle m’a semblé suffisamment explicite pour la développer ici.

  5. Je suis de loin cette loi mais ce que tu me dis m’inquiète d’autant plus ! Je vais devoir équiper mon ordi d’un système ? Sérieux ? A mes frais ?
    Je n’ai jamais téléchargé et n’ai pas l’intention de le faire, ce qui n’empêche que ça puisse me saoûler qu’on sache où je navigue à tout moment. Cette histoire de téléchargement est un prétexte à mon avis. Ca rejoint surtout cette idée d’agence de surveillance des enseignants qui ouvrent un peu trop leur gueule sur Internet.
    Société biométrique, surveillance électronique… le pire scénario de SF se déroule sous nos yeux.

  6. L’idée qu’ils avancent est de scruter ce qui est télécharger sur ton ordinateur, et de vérifier si c’est du contenu illégal. La seule manière de le faire est de vérifier tout ce que tu télécharges, car tout contenu peut être illégal…
    L’idée générale est celle-là. Ensuite, la Commission des Affaires Culturelles a proposé l’idée d’un logiciel fonctionnant sur un principe similaire aux antivirus (qui scrutent chaque fichier échangé).

    On trouve au cœur d’un article très complet de PC INpact la position de cette commission :
    http://www.pcinpact.com/dossiers/hadopi-riposte-graduee/129-5.htm

  7. – sur le fond, que préfère-t-on : 3 ans de prison et 300 000 € d’amende ou une suspension de l’abonnement à Internet ?

    – sur la forme, je partage l’idée que les moyens utilisés pour traquer le piratage sont disproportionnés (et beaucoup trop coûteux, autant sur le plan des libertés individuelle que financier pour les FAI)

    Sur les modalités d’action, j’ai trouvé ça : http://maitre-eolas.fr/2009/02/27/1329-pas-de-blackout-chez-eolas

  8. Sur le fond : ne pratiquant pas le téléchargement illégal d’œuvres déposées à la SACEM ou régies par le droit d’auteur, je ne choisi ni les 3 ans de prison, ni les 300 000 euros, ni la suspension de l’abonnement internet.
    Je ne pense pas être le seul dans ce cas, et la présence d’un logiciel enregistrant toutes les opérations effectuées à partir de mon ordinateur ne me satisfont pas. Je préfère encore me désabonner de l’Internet.

    J’ai vu les prises de positions de Maître Éolas. Mais je pense qu’il est dangereux de trouver normal les lois passées (DADVSI & co), même si dans les faits elles n’ont que peu de conséquences.

    La Vague est un bon film à voir en ce moment sur un sujet pas trop éloigné.

  9. hum hum … je ne parlerai pas d’un ton aussi assuré en matière de contrefaçon …

    Le contrefacteur-type, c’est pas forcément le méchant vilain qui télécharge de la musique et des flims auquel on pense facilement.

    Le droit d’auteur est un droit technique et les conditions pour y échapper sont parfois très, mais alors très très subtiles. L’affaire Mulholland Drive qui ajoute à l’exception de copie privée les conditions du « triple test » le montre bien. Idem avec la photographie de la place des Terreaux avec la représentation « accessoire » de l’œuvre de Buren…

    Il me semble important de trouver une solution réellement applicable face à une pratique courante, qui va à l’encontre des droits élémentaires des auteurs.

    Ça n’est pas parce que ça n’est pas ton cas personnel qu’il faut que tout le monde se contrefoute à volonté sur le droit d’auteur (parce que bon, 300000 € et 3 ans d’emprisonnement, vous y croyez ? C’est pas crédible deux minutes et s’il y a bien eu quelques procès, pour faire peur, ils sont restés des coups d’épées dans l’eau : aucun tribunal ne condamne un pirate-lambda reconnu coupable dans de telles conditions tellement ça n’a aucun sens).

    Après, ce qui est totalement délirant, ce sont bien les moyens mis en œuvre. Que l’on mette quelqu’un qui a déjà été condamné sous haute surveillance, à la limite, ça me choque pas plus que ça. Mais que l’on flique tout le monde de la sorte, en plus d’être peu fiable, de violer la présomption d’innocence et le principe d’égalité des peines (auquel le conseil constitutionnel est attaché), ça n’a strictement aucun intérêt …

    En ce qui me concerne, je sens que cette loi n’est pas uniquement dangereuse. Elle est vouée à un puissant échec sur tous les plans (juridique, technique, politique, économique ou encore social). C’est cet échec qui fera qu’elle n’aura que peu de conséquences pratiques.

  10. « aucun tribunal ne condamne un pirate-lambda reconnu coupable dans de telles conditions tellement ça n’a aucun sens). »

    C’est tout à fait vrai.

    Si je me souviens bien avec la riposte gradué, pas de présomption d’innoncence. On doit la prouver. Ce qui n’est pas toujours possible (et oui pour laisser des preuves il faut agir) et on passe dans l’éxecutif. On court-circuite le juge qui est quand même une sécurité contre les peines disproportionnée, et il faut refaire un tour qui prend du temps et coûte de l’argent pour se retrouver devant un juge.

  11. Ce qui est choquant dans cette histoire c’est le fait qu’on puisse t’accuser de piratage parce que toi-même es piraté !
    Et très franchement, l’idée de me débarrasser d’Internet à la maison me traverse également l’esprit…
    C’est quand même très faux-cul comme prise de position, cette loi, car on dit aux gens “droits d’auteurs, blablabla…” mais on a jamais été choqué qu’il puisse exister du matériel pour enregistrer, copier… et ce, depuis longtemps. Vous vous souvenez des K7 qu’on se faisait, ados, avec nos chansons préférées ? On ne les aurait pas faites sans ces postes double-K7…
    Le jour où mon ciné fait ses places à 5 €, j’y retourne. J’avais bien aimé la réaction du gars de Beemotion face à Besson (qui manque cruellement d’argent, plaignez-le) : il est où le vol ? Une place de ciné à 7 € (prix par chez moi mais je sais que cela peut être encore plus cher) ou le fait de diffuser une oeuvre sur Internet (qui est une forme de reconnaissance tout de même) ?
    Une taxe sur les abonnements (comme cela existait sur les K7) serait un bon compromis.
    En tout cas, les Monty Python ne regrettent pas d’avoir mis en ligne officiellement leurs oeuvres : ils n’ont jamais autant vendu de coffrets de dvds par la suite…

  12. Tu as raison Arno, j’ai répondu de manière trop ferme.
    En poursuivant ton raisonnement, une des solutions serait de communiquer sur la non application des lois, et retourner la question vers les maisons de production en leur demandant s’ils ne cherchent pas à orchestrer eux-même leur propre “piratage”. Après tout, comme Microsoft qui profite financièrement de l’existence de copie illégales massives (car imposent par les faits un monopole), on peut facilement imaginer que ces grands groupes entretiennent le même monopole en favorisant le téléchargement illégal (tout en affirmant que “c’est mal”).

  13. Sarah : « C’est quand même très faux-cul comme prise de position, cette loi, car on dit aux gens “droits d’auteurs, blablabla…” mais on a jamais été choqué qu’il puisse exister du matériel pour enregistrer, copier… et ce, depuis longtemps. Vous vous souvenez des K7 qu’on se faisait, ados, avec nos chansons préférées ? On ne les aurait pas faites sans ces postes double-K7… »

    Attention, ça n’est pas parceque l’on trouve des couteaux dans les magasins que c’est un appel au meurtre permanant.

    (mais ce qui est effectivement choquant avec ces supports, c’est que l’on paye une taxe destinée à limitée le préjudice des auteurs en raison de la contrefaçon –à ma connaissance, il n’y a pas de taxe sur les couteaux destinés à rembourser les victimes poignardées..–)

    « Le jour où mon ciné fait ses places à 5 €, j’y retourne. J’avais bien aimé la réaction du gars de Beemotion face à Besson (qui manque cruellement d’argent, plaignez-le) : il est où le vol ? Une place de ciné à 7 € (prix par chez moi mais je sais que cela peut être encore plus cher) ou le fait de diffuser une oeuvre sur Internet (qui est une forme de reconnaissance tout de même) ? »

    Il y a des système de « pass forfaitaires » ou d’achat simultanés de place à un prix beaucoup plus intéressant que le plein tarif. Ça peut être très intéressant mais ça a un côté un peu loterie (les films peuvent être nuls pendant la période en question, tu peux avoir autre chose à faire qu’aller au cinéma, etc etc)

    Sur le prix du ciné, je te rejoins tout à fait Ici à Strasbourg, avec la « carte culture » (http://www.carte-culture.org/) la place de cinéma est à 4,00 € pour les séances de 18h et de 22h pendant la semaine. Je crois que je suis jamais autant allé au cinéma depuis cette année …

    JM : Oui, carrrément :)

  14. La prochaine loi sera : “Tu as volé du chocolat !, on te platre les 2 bras pendant 2 mois à un an.” …

  15. C’est un hasard du calendrier électoral, mais il est judicieux que cette loi soit débattue à l’approche des élections européennes. Elle permet à Libertas, le mouvement de Declan Ganley (celui qui a gagné le référendum du « non » en Irlande) de rappeler à ses potentiels électeurs français qu’il défend comme eux les libertés individuelles. Oui à une Europe libre !

  16. D’accord pour la comparaison couteau/crime. Mais comme tu l’as bien notifié, on paie des taxes pour l’éventuel préjudice d’une copie.
    Question culture, l’Etat pourrait très bien se donner les moyens de la financer et surtout de financer les “petits”, ceux qui ont du mal à joindre les 2 bouts. Généralement – en tout cas dans le domaine musical – les “petits” proposent gratuitement leurs titres car c’est leur moyen pour se faire connaître et pour ainsi remplir des salles de concert. C’est bien souvent les gros qui brassent plein de fric à ne plus savoir qu’en faire qui râlent.
    Je suis pour un retour de la pub le soir sur la télé publique (m’en fous, j’ai pas la télé) – et suppression autour des programmes pour enfants par contre – et réinvestissement dans une politique culturelle de qualité.
    Le ciné à 4 €, le rêve (que je réalise quand je fais des sauts à l’Utopia pendant mes virées toulousaines)… mais à la campagne : nix, nada. 5,70 € si tu achètes par 10… avec 2 places, tu t’achètes presque le dvd version sans bonus…
    jm, très bien vu le coup de Microsoft. C’est ce que je pense aussi.

  17. Très intéressant de lire ton retour sur cette expérience. :)
    Merci pour le lien (pointeur comme tu dis ;)). A mon tour de te donner celui d’un article sur le site du Monde Diplomatique. Il va tout à fait dans le sens de ce qui m’effraie aussi : simple prétexte pour surveiller. Tu le liras à ton retour. Bon séjour ! :)
    http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-03-12-Hadopi

  18. Je le lis même avant de revenir ;)
    Merci pour le lien, cet article résonne dans le même sens que les discussions que nous avons eu ici, c’est rassurant de lire ça dans un média à large diffusion.

  19. Bonjour,

    168 jours que Julien Coupat est retenu par les F.A.T. ne l’oublions pas…

    Excusez cette introduction mais elle est dans le même élan que la révolte contre la loi HADOPI : celle pour notre liberté future.

    Je propose à ceux qui ont acheté un CD, un livre, un DVD ces derniers temps, d’aller voir le magasin où ils l’ont acheté et de leur laisser un mot du type (cela peut s’étendre au grandes salles de spectacle et de cinéma):

    “Messieurs,

    “Jusqu’à abrogation de la loi HADOPI, pour conserver mon espace de liberté, je n’achèterai plus aucun titre.
    “Je vous prie de faire suivre cette information à vos fournisseurs.

    “Signé : un de vos clients (inutile que ce soit nominatif, si vous ne le désirez pas)

    Voilà : je ne pense pas que ce seront les artistes qui en souffriront le plus mais bien ceux pour qui cette loi a été votée et qui se goinfrent en donnant des miettes (et même parfois rien) aux artistes…

    Faites suivre : je donne un mois à la loi si nous tenons et si nous sommes nombreux.

    Je vous remercie de votre réactivité.

    Yannick

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