Cartographie et urbanisme

Il y a deux semaines, j’étais à Londres pour quelques jours. C’est vraiment une ville où je me sens bien, avec sa multitude de facettes incroyables. C’est la ville citadine par excellence, multiple, cosmopolite, culturelle, vivante. Bon, c’est quand même la ville au loyers les plus chers d’Europe, avec des prix quasiment deux fois plus élevés qu’à Paris…

Pendant cette visite, ma sœur m’a fait la surprise d’une soirée au Ronnie Scott’s jazz club, ce lieu mythique des nuits londoniennes… Et quel lieu ! Douceur, élégance, classiques et improvisation, une superbe soirée !

J’en ai aussi profité pour aller découvrir la superbe exposition Maps and the 20th century: drawing the line. Une belle occasion pour partager ici quelques-unes de mes lectures récentes sur la cartographie, topographie et sur l’urbanisme… en continuant à ouvrir les rayons de ma bibliothèque.

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Paris-Londres

extrait de la couverture de paris-londres

Un mois avant cette virée londonienne, j’avais découvert à la librairie de la BNF un livre parfaitement adapté à un voyage en eurostar : Paris-Londres, ouvrage dirigé par Dana Arnold et Jean-Louis Cohen, publié en 2016. Recueil d’articles présentés à l’occasion de deux séminaires regroupant des chercheurs aux domaines d’études assez variés, on se promène dans Paris-Londres entre urbanisme, architecture, histoire de l’art, influence politique et sociologie. Les articles sont tous plus intéressants les uns que les autres. Ils illustrent l’opposition marquante des deux villes, qui se sont construites en parallèle, puisant chacune leur futur dans une vision fantasmée de l’autre. On découvre aussi combien la culture politique des deux pays a influencé la structure globale des cités, avec par exemple à Londres les parcs privés, à Paris les promenades arborées. On apprend à déconstruire des idées reçues sur les grandes restructurations du baron Haussmann, on en apprend plus sur le rôle majeur des fleuves dans les développements propres aux deux villes.

Cette étude comparée, majoritairement ancrée avant le vingtième siècle, aide à comprendre les deux villes d’aujourd’hui, où l’on retrouve à chaque coin de rue un héritage de ces périodes…

Catalogue de l’exposition Maps and the 20th century: drawing the line

extrait de la couverture du catalogue d'exposition de maps-20th

L’exposition Maps and the 20th century: drawing the line, jusqu’au 1er mars 2017, raconte comment la carte a joué un rôle clé au XXe siècle, que ce soit comme outil de guerre, mais aussi comme moyen d’entretenir la paix, en diffusant auprès des peuples des valeurs et idées pacifistes. La propagande, notamment au moment de la guerre froide, n’est pas en reste. Et puisque l’exposition se tient à Londres, on découvre aussi combien le monde était britannique au XXe siècle, avec la lecture géographique donnée par le Commonwealth.

L’exposition est très belle, avec un nombre impressionnant de cartes, toutes plus pertinentes les unes que les autres. J’ai particulièrement aimé le début de l’exposition, qui est structurée en une succession de diptyques, chaque duo de cartes sélectionné par les organisateurs de l’exposition éclairant une réflexion proposée par le cartel commun.

Le catalogue de l’exposition est aussi très intéressant, permettant comme souvent au visiteur de prolonger la réflexion.

Catalogue de l’exposition Cartes et figures de la terre

extrait de la couverture de cartes et figures de la terre

En flânant chez les bouquinistes du centre de Clermont-Ferrand, j’ai trouvé rue terrasse, grâce aux conseils de Florent, un exemplaire du catalogue de l’exposition Cartes et figures de la terre qui a eu lieu en 1980 au centre Pompidou. Aux vues de ce catalogue, l’exposition devait être passionnante ! Les articles, qui se suivent sans se ressembler dans ce catalogue, explorent toutes les questions des rôles et des formes que peuvent prendre les cartes, dans la représentation du monde. On y trouve des thématiques scientifiques, historiographiques, artistiques, journalistiques… On y retrouve aussi de belles reproductions de cartes marquantes, qui illustrent les points de vue proposés. Très accessible et en même temps pointu, j’ai adoré l’ouvrage.

Paris

extrait de la couverture de Paris

La plupart d’entre nous ont déjà arpenté Paris, ses bâtiments et boulevards mythiques. Mais à quoi ressemblait la ville avant ! Et comment s’est construit cet enchevêtrement de bâtiments tous plus impressionnants les uns que les autres ! J’ai trouvé au puces il y a quelques mois un petit bouquin plutôt chouette, édité par la documentation française en 1963, qui propose en 20 pages de retracer l’histoire architecturale de la ville, puis décrit en 50 pages la place que joue dans les années 60 cette ville à l’échelle du pays, comment elle est structurée, comment elle fonctionne en terme de circulation, d’habitat, d’activités industrielles… Enfin, le livre fini par une projection intitulée vers le Paris de l’an 2000, où l’on ressent tous les espoirs de futurs propres à cette époque, mais où l’on décèle déjà dans la plume des auteurs les craintes réalistes en terme de circulation, de surpopulation et de pollution. Illustré de photos contemporaines en noir et blanc, c’est une très belle promenade dans un Paris qui n’existe plus vraiment.

Éléments de topographie

extrait de la couverture d'éléments de topographie

La cartographie a petit à petit pris de plus en plus de place dans mes centres d’intérêts, notamment parce que mes activités de recherche tournent autour de la topologie et la géométrie. Or, la topographie est un sujet très proche, qui allie sciences et techniques pour répondre à un problème concret : comment mesurer la géographie. J’avais particulièrement aimé regarder le documentaire La naissance d’une carte qui raconte le travail de l’IGN dans les années 50.

C’est par hasard que je suis tombé sur ces Éléments de topographie, édité chez Gabriel. Il s’agit d’un manuel permettant à de futurs fonctionnaires de préparer des concours d’état qui incluent des épreuves d’arpentage, de levé de plans, du nivellement et du tracé des vois de communications. Difficile de dater cet ouvrage, mais au fil du texte, on arrive à le situer aux alentours de 1920. C’est un manuel pratique, qui décrit les outils utilisés pour construire des relevés. On apprend aussi beaucoup de la manière de dessiner les cartes de manière moderne, scientifique et accessible, ainsi que l’art de mesurer le réel en vue de récolter toutes les informations nécessaires à ces cartes. À la fois techniques et scientifiques, ces outils sont présentés en utilisation dans des cas pratiques. On trouve aussi une partie historique, décrivant la manière dont le métier a évolué pour arriver à ce niveau de précision. Superbement illustré de gravures, cartes et photos, l’ouvrage se termine par une description des techniques les plus modernes de phototopographie, lesquelles sont évoquées dans le documentaire de l’IGN. Une manière de comprendre toute l’histoire de ces métiers au long du vingtième siècle. J’ai dévoré ce bouquin en 3 jours, tellement il est captivant !

Les lieux disparus de Lyon

extrait de la couverture des lieux disparus de Lyon

Parmi les villes où j’aime traîner mes guêtres, il y a Lyon aussi bien sûr. L’année dernière, en me promenant sur les berges, j’avais trouvé un exemplaire des lieux disparus de Lyon, dans une version légèrement différente de celle disponible à la consultation sur Gallica, avec une belle carte ancienne sur la couverture. C’est cette gravure qui m’avait donné envie de l’acheter. Le texte lui-même est intéressant aussi, même si son style fait beaucoup penser à ces ouvrages d’auteurs régionaux, passionnés par leurs territoires, mais au style souvent lourd et maladroit. Mais pour qui aime se promener le nez en l’air dans une ville en imaginant son passé, c’est un livre qui vaut le détour.

La carte, mon nouveau sujet de recherche

Vous l’aurez compris, la question de la représentation du monde motive énormément mes lectures ces derniers temps, tout comme la question de l’accessibilité. C’est donc naturellement que je me suis rapproché de l’équipe COGIT, et plus précisément de Guillaume Touya, avec une proposition de sujet de recherche commune, autour de l’utilisation d’OpenStreetMap (le wikipédia de la cartographie) pour offrir de nouvelles possibilités en terme de supports pour l’accessibilité. Cette année, on construit un prototype, et l’année prochaine, on commence à explorer les nœuds scientifiques associés… Restez connectés !

Rentrée radiophonique

Ça y est, Radio Campus Clermont-Ferrand a fait sa rentrée ! Plein de belles choses en perspective, que j’ai envie de partager avec vous.

Atelier création sonore du SUC

Si je me suis lancé depuis quelques mois dans une lecture compulsive autour de la création sonore, ça n’était pas un hasard. Cette année, je co-anime avec les permanents de la radio un atelier du SUC dédié à la création sonore. Les deux premières sessions ont été plutôt chouettes, et nous avons déjà une idée du quartier où la balade sonore ira tendre l’oreille. J’en profite pour partager ici quelques notes sous forme télégraphiques qui regroupent des idées sur la création sonore. C’est bien sûr un document qui sera étoffé au fil du temps.

Le CRDV à Radio Campus

Depuis que je suis membre du CA de Radio Campus, je pense presque chaque mois à un atelier radio à destination de déficients visuels. Après tout, la radio est le média qui leur est le plus adapté. Et bien c’est enfin chose faite ! Depuis une semaine, cinq jeunes de 15 à 17 ans du CRDV découvrent le monde de la radio. Pendant quelques mois, nous allons travailler ensemble à la construction d’histoires sonores, à la manière de José le scarabée. On attend avec impatience de les entendre !

100% créa sonore

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La création sonore, c’est ce qui motive énormément mes écoutes radiophoniques ces dernières années. Évidemment, quand on écoute des choses, on a envie de les partager. Et puis je ne suis pas le seul dans ce cas-là, Théo et Noémie ont les mêmes curiosités. On a donc démarré cette année un créneau d’une heure par semaine, afin de vous proposer notre programmation d’objets sonores 100% créa sonore, de la musique contemporaine à la . Gardez l’oreille ouverte, en direct ou en podcast !

La Campusienne, saison 2

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La Campusienne, le magazine qui parle d’actualité locale, politique, féministe ou alternative reprend du service. Sans Noémie cette année, l’émission commence doucement, sous forme d’une mensuelle. Pour la première émission, nous avions comme invités quelques bénévoles du PARCC Oasis, le nouveau projet de tiers-lieu qui démarre tout juste à Clermont-Ferrand.

La Collective parle de l’ITSRA

Après avoir couvert l’aventure Nuit Debout dans la collective, en empruntant l’émission à Théo et Adam, j’ai participé il y a deux semaines à une nouvelle émission de la Collective qui couvrait les actualités à l’ITSRA, cette institut de formation pour travailleurs sociaux (on entendra par exemple éducateurs spécialisés). Là-bas, tout se passe mal en ce moment, et il fallait que Radio Campus en parle.

Invitation à Veganez-vous

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Et puis parfois, au lieu d’animer une émission, on est invité par une toute jeune équipe radiophonique. C’est ainsi que j’ai été interviewé par Isabelle et Aurélien de Véganez-vous. Nous avons parlé de végétalisme et végétarisme, en évoquant l’aventure Végéweb qui date d’il y a déjà 10 ans, ou encore le militantisme autour de la cause animale avec la griffe, par exemple.

Et ce n’est pas fini…

Et puis avec Lise et Cécile, on prépare avec un grand soin une nouvelle émission, dont j’aurais l’occasion de vous parler un peu plus tard ici…

Expos et visites à Paris: quid de l’accessibilité

La semaine dernière, j’ai profité d’une escapade à Paris où je participais à une formation organisée par Animafac pour me promener quelques jours en touriste à Paris, avec une amie. Nous avons pris du temps pour rencontrer plusieurs de nos amis franciliens, et pour aller visiter quelques expositions et lieux forts de la capitale. Quand on vit dans une petite ville comme Clermont-Ferrand, ça fait du bien de pouvoir se procurer sa dose de culture de temps en temps…

L’amie que j’accompagnais se déplace en fauteuil roulant électrique. Je ne rentrerai pas dans les détails de l’accessibilité des transports parisiens, mais ce que l’on peut retenir, c’est que la SNCF est bien mieux préparée que la RATP. Il faut privilégier le RER, vérifier à chaque station en entrant que l’ascenseur de la station de sortie est fonctionnelle, ne pas avoir peur de revenir en arrière, avoir des choses à faire le long de la ligne 14, ou ne pas avoir peur des bus et de leurs chauffeurs qui ne maîtrisent pas les rampes d’accès… Un défi de chaque minute, que l’on doit en plus planifier la veille avant 20h si l’on veut être pris en charge… Heureusement, passé cette barrière, il reste plein de choses accessibles.

L’esprit du Bauhaus

quelques documents de l'exposition

Cela faisait quelques semaines que j’avais lu sur le site pointypo- l’annonce d’une exposition très alléchante au musée des arts décoratifs : l’esprit du Bauhaus. Cette école artistique, dissoute par le régime fasciste en 1933, a influencé beaucoup de courants artistiques au XXe siècle, aussi bien en architecture que chez les plasticiens américains. Cependant, les valeurs plus politiques du Bauhaus n’ont pas pu profiter de la même diffusion. Cette exposition retrace à la fois le parcours artistique et le projet politique de cette école, qui prônait le faire ensemble, et l’importance des pratiques artisanales dans la construction des démarches artistiques. L’exposition est visible jusqu’au 26 février 2017, et permet de découvrir la joyeuse vie qui animait les participants à ce projet.

Les globes à la BNF

globesune carte tactile qui décrit la salle des globes

J’avais beaucoup lu sur les globes du Roi-Soleil, car ils marquent l’histoire de la vulgarisation cartographique, à une époque où la géographie était un art et une science en pleine explosion. Mais jamais je n’avais pris le temps d’aller les voir à la BNF. C’est vraiment quelque chose à faire. La salle d’exposition est très simple, sans détails superflus, et dispose de plusieurs outils de médiation pour les publics déficients visuels. Saluons ici ce bel effort qui permet de profiter pleinement de ces globes.

L’exposition en cours dans l’allée ouest est consacrée aux estampes contemporaines. Quelques pièces et auteurs sont vraiment intéressants. J’ai par exemple beaucoup aimé les œuvres de Rémy Jacquier, gravures sur linoléum.

Accessibilité à la cinémathèque

Une carte tactileUn guide au sol qui mène à une borne parlante

Toujours en quête de questionnements autour de la manière de rendre accessible les bâtiments aux déficients visuels, j’ai été agréablement surpris de découvrir les panneaux et guides de déplacement proposés à la cinémathèque : des plans tactiles du bâtiment, ainsi que des guides au sol qui mènent à des bornes parlantes permettant d’obtenir des informations pratiques sur le lieu. Ces installations sont notamment référencées sur le site accessible.net, que je découvre à l’instant.

Les archives nationales, et celles de la maison de la radio

La grosse découverte de cette virée à Paris a été pour moi l’accès aux archives nationales, dans ce nouveau bâtiment installé à Pierrefitte-sur-Seine. Je vous invite à y aller le lundi, pour profiter à 14h de la visite guidée du bâtiment, qui permet de comprendre les défis et le fonctionnement des archives nationales.

un document de mon cartonune lectrice aux archives nationalesles dossiers de mon carton

En tant qu’usager, il est donc possible de réserver sur le site internet les documents de votre choix. Une fois arrivé sur place, et passé les barrières de sécurité de rigueur, on vous donne accès à un bureau, dans une grande salle de lecture, et les documents choisis vous sont confiés (un carton par un carton).

Chaque carton contient un ensemble de dossiers, qui à leur tour peuvent contenir plusieurs centaines de documents. Pour ma part, j’avais choisi d’explorer les archives personnelles d’Agnès Tanguy, car je m’intéressais à la diffusion des travaux du GRM. Les documents étaient très riches d’information, sur la manière de préparer les émissions, sur la manière dont les enregistrements étaient réalisés, ou encore sur les moyens mis à la disposition de la création radiophonique dans les années 60. Finalement, visiter les archives, c’est comme se promener dans un musée qui traiterait exactement du thème de son choix. Incroyablement passionnant.

Le lendemain, nous nous sommes aussi rendus aux archives de la maison de la radio, pour continuer nos explorations. C’est là que nous avons compris le début de la chaîne d’archivage qui amène les documents produits par les services publics jusqu’à Pierrefitte-sur-Seine. En particulier, nous avons découvert que les documents sont souvent sauvés de la benne, car les gens qui produisent des objets radiophoniques oublient souvent que ce n’est pas uniquement l’objet sonore final qui constitue une archive : toute la production écrite en amont est aussi quelque chose de très riche…

Bref, vous l’aurez compris, ces quatre jours ont été intenses, et participent à alimenter mes questionnements actuels, autour de la création sonore et de l’accessiblité. Sur ce dernier sujet, restez connecté au blog, je raconterai bientôt quelques-uns de mes projets en cours, en cette fin d’année 2016…

Revue de lectures : son, bruit, radio

C’est une habitude qui commence à s’installer sur ce blog : la revue de lectures autour du thème de la création sonore. Après m’être promené du côté de la musique concrète, autour des techniques de production de sons, en passant par la voix, nous voici avec une nouvelle série marquée par la question du bruit, et par l’amour de la radio. Si vous avez raté les épisodes précédents, il n’est pas trop tard : le premier épisode et le deuxième sont bien sûr encore en ligne !

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Il y a peu, j’étais à Nantes avec quelques copains de Radio Campus Clermont-Ferrand pour participer à la neuvième édition du festival [SONOR]. Beaucoup de discussions et de découvertes intéressantes, comme le super Gilles Malatray qui ouvre les portes de l’écoute urbaine, ou encore le travail sur la voix et machines d’Anne-Julie Rollet et
Anne-Laure Pigache avec leur projet Parlophonie. Il y avait beaucoup à voir et à entendre, certaines tables rondes étaient vraiment intéressantes.

Pendant toute la durée du festival, le Trempolino accueillait un espace librairie, où j’ai eu du mal à me retenir de butiner. J’ai tout de même été raisonnable, et ne suis reparti qu’avec trois livres sous le bras. Et depuis, j’ai eu entre les mains deux autres livres plutôt chouettes et complémentaires, que j’avais envie de partager ici.

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Locus sonus, 10 ans d’expérimentation en art sonore, de Jérôme Joy et Peter Sinclair

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Parmi les livres réunis jusqu’à présent dans les pages de ce blog, il manquait tout un pan de l’expression en musique contemporaine, celle qui questionne la manière de diffuser les œuvres proposées. Locus sonus répond en bonne partie à ces attentes. Il s’agit d’un lieu consacré à la fois à la recherche et à la création sonore, qui questionne les nouveaux moyens de diffusion du son, notamment à travers les outils du numérique. Ce livre recueille une série d’articles rédigés au fil des ans par les différents participants à ce projet, initié par Jérôme Joy et Peter Sinclair. On y découvre nombre de questionnements qui font sens pour qui envisage de réaliser des objets sonores à diffuser au delà de la FM.

Histoire de la la radio

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Avant de lire ce livre, j’étais un peu perdu sur la chronologie de la radiodiffusion en France : comment était-on passé des débuts très amateurs et éparpillés à une radio d’état qui avait le monopole des ondes ? Comment s’était diffusé l’usage de la radio dans les foyers, et comment produisait-on la radio dans les décennies passées ? Mais aussi, comment s’étaient succédées les évolutions techniques ? Mes idées là-dessus étaient bien vagues, et cet ouvrage collectif réalisé à l’occasion d’une exposition du Musée des arts et métiers en 2012 permet de balayer tout cet historique, pour comprendre l’histoire des gens et des techniques qui ont fait ce média.

Le goût de la radio et autres sons

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Les textes présentés dans ce petit livre de 130 pages ont été choisis par Thomas Baumgartner. Il invite le lecteur à se promener parmi les auteurs qui ont marqué l’imaginaire collectif sur la question du son, depuis les paroles gelées de Rabelais jusqu’à la visite de la maison de la radio par Jacques Roubaud, qui fait vibrer la sonorité des mots, en passant par le témoignage de Kriss, animatrice-productrice sur France Inter qui évoque l’infini de la propagation sonore. Une belle manière de poursuivre les lectures plutôt techniques jusqu’à présent.

L’art des bruits, manifeste futuriste, de Luigi Russolo (1913)

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Parmi les textes cités dans le recueil de Thomas Baumgartner, il y a un court extrait de ce texte de 1913, l’art des bruits, manifeste futuriste. Quelle puissance, quelle clairvoyance quant à l’évolution de la musique et de la création sonore&nbps;! Ce texte, visionnaire, place les bases de ce qui a fait la musique et la création sonore dans le siècle qui a suivi. Un incontournable.

Une histoire de la modernité sonore, Jonathan Sterne

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En discutant avec Cécile (nous préparons à trois avec Lise une nouvelle émission pour la rentrée, j’en parlerai bientôt ici) de mes lectures récentes, elle m’a très vite invité à lire Jonathan Sterne. L’ouvrage est dense, pointu, il invite à prendre le temps pour bien mesurer l’histoire dense de la modernité sonore, qu’il fait naître avec les outils médicaux tels que le stétoscope. Il questionne les problématiques la reproduction confrontée à l’origine, interroge les dimensions sociales de ces moyens de diffusion. Parsemé d’exemples issus de l’histoire étasunienne de l’enregistrement et de la radiodiffusion, l’ouvrage est également très richement illustré, et n’ayant que lu l’introduction, j’ai déjà du mal à me retenir de le parcourir par bonds successifs et curieux, tant les chapitres semblent plus passionnants les uns que les autres, malgré la forme exigeante de la langue.

Création sonore: continuons à lire

Il y a une poignée de semaines, je parlais ici de quelques livres passionnants, autour de la création sonore. Depuis ce billet, j’ai fini de lire Le son, traité d’acoulogie de Michel Chion. C’est un livre passionnant, qui reprend les idées théoriques et expérimentales de Pierre Schaeffer, en les étendant. On y lit par exemple une catégorisation des sons qui dépasse le strict assez pauvre envisagé par la musique, qui se restreint à la hauteur, la longueur, la puissance… Schaeffer et Chion arrivent avec 7 échelles de caractérisation, qui permettent de décrire précisément un son. Il faut avouer que sans une grille de ce type, on est assez démunis pour décrire un son, car le vocabulaire nous manque.

Et puis j’ai continué à lire, au gré de mes trouvailles. Voici donc trois nouveaux livres à explorer, tous les trois très intéressants.

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Le guide ultime du sound designer, Ric Viers

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Quand on réalise des documents sonores, tôt ou tard on a envie de comprendre comment marche un micro, ce qu’est un enregistreur, comment choisir son équipement… Ce n’est pas le sujet premier du guide ultime du sound designer , mais toute la première partie est consacrée à ça. Si vous avez lu mon article récent sur l’amélioration de la chaîne d’enregistrement, et que ça a attisé votre curiosité, c’est le moment de lire les premiers chapitres de ce guide.

Dans la deuxième partie, le livre aborde ce qu’il annonce dans le titre : la manière de concevoir du son, en proposant de réfléchir à la manière d’enregistrer du son qui servira ensuite d’élément pour des créations sonores, que ça soit en environnement « réel », ou sur un plateau de bruitage. Très orienté vers la pratique, il donne des pistes de bonnes pratiques, évoque les déboires que l’on peut facilement éviter, et propose à la fin une liste impressionnante d’idées pour réaliser des bruitages réalistes. Sont aussi abordés la manière de se fabriquer un plateau de bruitage, une station de montage, de se constituer un équipement de reportage.

Un bouquin à conseiller pour qui veut apprendre de la prise de son.

Le documentaire radiophonique, Christophe Deleu

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Publié en 2013 aux éditions INA, ce livre est un essai scientifique, une tentative de définition de ce qu’est le documentaire sonore. L’auteur, Christophe Deleu, est un enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Strasbourg. Avec lui, on cherche à comprendre ce qui distingue le documentaire radiophonique des autres formes d’expressions sonores. On prend ensuite le temps de décomposer chacun des sous-genres du documentaires, qu’il propose de distinguer en : documentaire d’interaction, documentaire poétique, documentaire d’observation, et documentaire fiction. Évidemment, ces sous-genres ne sont pas imperméables, et les exemples qu’il cite à longueur d’ouvrage aident à en saisir les contours poreux.

L’auteur prend aussi le temps de décomposer l’histoire de la radio, évoquant le radioreportage, évoquant le rôle croissant joué par les journalistes dans le média. Il souligne ici la différence notable entre le documentaire et le travail de journalisme, lequel cherche à retranscrire pour l’auditeur le réel, se mettant en scène comme médiateur. À l’inverse, le documentaire est un objet quasiment artistique, le créateur se plaçant souvent à l’extérieur du cadre offert par le micro, sauf s’il est lui-même l’objet du documentaire.

Pour Christophe Deleu, si le documentaire est un genre mineur de par le volume qu’il occupe sur les fréquences FM, il s’agit d’une expression radiophonique à la richesse toujours renouvelée. Agrémentant son discours de références à des émissions régulières ou à des documentaires en particulier, il invite le lecteur à poursuivre l’exploration par l’écoute. On appréciera aussi la très large bibliographie.

Le documentaire radiophonique tel qu’il est présenté par Christophe Deleu correspond grossièrement au chaînon manquant entre un travail de reportage et une pièce de musique concrète telle qu’elle est abordée par Michel Chion. L’intervalle entre les deux modes d’expression est gigantesque, et l’on comprend largement pourquoi il existe une telle diversité d’expressions documentaires, telles que les décrit Christophe Deleu.

Les carnets de Synthone

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Si vous vous intéressez au monde radiophonique, vous êtes certainement tombés plus ou moins par hasard sur le site Syntone, sous-titré actualité & critique de l’art radiophonique. On y lit régulièrement de belles contributions, qui offrent un instantané de l’exploration radiophonique. Bien que relativement pointu, je le trouve assez accessible. Difficile alors de ne pas avoir envie de les soutenir en souscrivant à l’abonnement des carnets de Synthone, trimestriel papier à la maquette soignée.

J’ai reçu la semaine dernière mon premier exemplaire (le numéro 7), qui traite d’une aventure radiophonique aux Baumettes, sur la reconstitution (qui fait écho au travail du sound designer évoqué plus haut), ou encore l’interview d’un audionaturaliste. Les illustrations et le papier choisi, la qualité d’impression, tout invite à collectionner ces petits carnets.

Édit : la suite des lectures sur la création sonore, quelques semaines plus tard, à lire sur Revue de lectures : son, bruit, radio.

Toi aussi, enregistre en qualité pro

Il y a un mois, on discutait sur ce blog de la manière d’améliorer la qualité du son quand on enregistre quelque chose avec un enregistreur numérique. Une des pistes évoquées était d’utiliser un pré-préampli. Avant de dire un peu plus sur le Fethead de TritonAudio, qui est ABSOLUMENT GÉNIAL (!!!), j’ai envie de revenir sur la chaîne de traitement du son. Parce que sinon, on ne comprend pas.

Le schéma ci-dessous raconte en image ce qu’est la chaîne du son. Tout commence par une source, qui produit une vibration de l’air. Cette vibration est captée par un micro, dont le rôle est de transformer cette vibration en signal électrique (ou signal analogique). Souvent, ce signal est faible, alors on utilise un pré-amplificateur pour l’augmenter. Enfin, on utilise un convertisseur numérique pour transformer ce signal en signal numérique (composé de 0 et de 1), compréhensibles et stockables par un ordinateur.

Chacune des étapes (micro, pré-amplificateur, convertisseur numérique) peut être réalisée par du matériel de plus ou moins bonne qualité, avec des technologies très variées. Les enregistreurs numériques comme le Zoom h4n ou le Tascam DR-40 contiennent l’ensemble de ces trois composants, dans une version assez simple, plutôt grand public.

Quand on commence à s’intéresser à la qualité de tout ça, il arrive souvent que l’on veuille améliorer sa chaîne de traitement du son. La première étape que j’ai franchie a consisté à changer de micro. En fait, si on veut améliorer le passage son/signal électrique, la seule solution, c’est de changer de micro. De la même manière, améliorer la conversion analogique/numérique, cela impose de changer le convertisseur. Mais ça, ce n’est pas possible dans un enregistreur numérique. Par contre, on peut très bien remplacer ou compléter le pré-amplificateur interne par un autre pré-amplificateur. Et bien c’est cette histoire-là que je vais raconter aujourd’hui.

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Le pré-ampli TritonAudio FetHead

Le Fethead de TritonAudio est un pré-amplificateur, que l’on place avant le pré-amplificateur de l’enregistreur, afin de réhausser la puissance du signal venant du micro. Vous allez me dire : mais pourquoi le faire avant, alors que c’est le rôle du pré-amplificateur de l’enregistreur ? Et bien il faut l’avouer, ces pré-ampli intégrés sont d’une qualité assez médiocre. Ils sont bien sûr flexibles (on peut régler le gain, c’est-à-dire de combien on augmente le signal), mais ils ajoutent du bruit. Le bruit, c’est ce souffle continu que l’on entend sur un enregistrement de mauvaise qualité. Quand on enregistre, on cherche à n’entendre que ce qui était devant le micro, et on ne veut pas que la chaîne de traitement ajoute quelque chose.

Le FetHead est un tout petit appareil, qui se loge discrètement entre l’enregistreur et le câble du micro, et qui propose une qualité d’amplification sans égal, pour une somme très raisonnable (environ 70 euros sur le site du fabricant). Ce pré-ampli n’est pas réglable, mais il augmente de 28dB la puissance du signal, et sans ajouter une larme de bruit ! Il fallait que je teste ça, et que je vous en parle.

Il existe plusieurs modèles de ce pré-ampli. Dans tous les cas, ils utilisent l’alimentation fantôme pour fonctionner. Il existe une version qui laisse passer l’alimentation fantôme (pour amplifier un micro statique), et une version qui réalise un coupe-bas (afin de filtrer les basses fréquences). J’ai choisi le troisième modèle, qui semble être le plus standard, et correspond mieux à mes besoins. Il ne laisse pas passer l’alimentation fantôme, et n’a pas de coupe-bas.

Les tests

J’ai suivi la même démarche de test avec deux micros différents, en enregistrant une courte phrase avec et sans le Fethead. J’ai bien sûr dû ajuster le gain du pré-ampli de l’enregistreur que j’ai utilisé, pour arriver à un signal presque équivalent à l’oreille.

Micro Sennheiser MD 21

Le premier micro avec lequel j’ai testé le pré-ampli, c’est le Sennheiser MD 21. Un micro mythique, qui a fait l’histoire de la radio, avec lequel on peut partir en reportage sans crainte de ramener du son inexploitable. Un bijou, mais qui manque de puissance, son design datant des années 50. L’un de ses défauts, c’est de manquer de sensibilité. Ça veut dire que le signal qu’il produit est très faible, et qu’il faut beaucoup l’amplifier.

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Spectres temporels des enregistrements à comparer (Sennheiser MD 21)

Dans l’ordre : sans le Fethead, puis avec Fethead

Il faut cliquer sur les spectres données ci-dessus pour bien comprendre la différence. Ce que l’on voit, c’est qu’avec le Fethead, il n’y a pas cet espèce de fond « moucheté » qui recouvre toutes les parties noires du spectre. Et c’est justement ce moucheté qui est le bruit, ce qu’on entend comme un souffle constant… La qualité à l’écoute est tout simplement géniale avec le fethead : on arrive à une qualité impossible à atteindre normalement avec un matériel d’entrée de gamme comme ces petits enregistreurs !

J’ai aussi pris le temps de regarder le résultat de l’analyse de spectre proposée par ardour, qui fait une synthèse du signal sur toute la durée des extraits.

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Spectres globaux des enregistrements à comparer (Sennheiser MD 21)

Dans l’ordre : sans le Fethead, puis avec Fethead

On constate clairement une meilleure résolution dans le signal. Par contre, j’ai du mal à analyser de manière compréhensible la zone noire en bas du spectre issu de l’enregistrement avec Fethead. Si un lecteur comprend ça, je suis intéressé.

Micro AKG D5

J’ai ensuite fait le même test avec un micro récent, dynamique aussi. C’est un micro nettement plus sensible, et je me demandais si on aurait le même type d’amélioration, puisque l’on pousse moins le pré-ampli de l’enregistreur… Le résultat est là aussi très parlant !

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Spectres temporels des enregistrements à comparer (AKF D5)

Dans l’ordre : sans le Fethead, puis avec Fethead

Là encore, le spectre est très parlant, et l’écoute des fichiers le confirme : l’utilisation de ce pré-ampli augmente grandement la qualité de l’enregistrement.

J’ai aussi reproduit ci-dessous l’analyse spectrale globale d’ardour…

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Spectres globaux des enregistrements à comparer (AKF D5)

Dans l’ordre : sans le Fethead, puis avec Fethead

Je suis moins à l’aise avec la lecture de ces diagrammes, si quelqu’un a un mot à dire, je serais content !

La conclusion

La conclusion, c’est que ce petit appareil une tuerie ! Il me semble indispensable avec un micro dynamique, d’autant qu’il est peu sensible comme le MD 21, et que l’on a un pré-ampli de médiocre qualité.

À noter tout de même que l’on ne peut pas régler le gain sur le Fethead. Il faut donc faire attention à ne pas avoir un son trop puissant en entrée, ou un micro très sensible, car alors on aura beau mettre le gain du pré-ampli intégré à zéro, on risquera d’avoir de la saturation.

Enfin, une question me taraude : ne pourrait-on pas utiliser directement sur le Fethead un convertisseur analogique/numérique indépendant, et ainsi abandonner définitivement l’enregistreur ? Évidemment, un enregistreur ne propose pas que cela, mais c’est une idée intéressante…

Création sonore: quelques lectures

Depuis cet été, j’ai commencé à collecter quelques lectures pour alimenter mes réflexions sur la création sonore telle qu’elle est envisagée à la radio. Je vous propose un tour d’horizon de mes découvertes récentes, certaines trouvées au hasard des promenades chez les bouquinistes, d’autres proposées lors de discussions avec des passionnés du son, et d’autres encore dénichées grâce à l’internet.

quelques livres sur le son

Mais d’abord, il faut bien dire que création sonore, c’est un terme bien vaste. Suivant qui le dit, et d’où il parle, ça peut vouloir dire : documentaire, interview, reportage, musique concrète, contemporaine, bruitage, théâtre enregistré, voire même musique actuelle ! C’est parfois le propos qui définit l’objet radiophonique comme création sonore, parfois l’intention dans le choix des techniques, parfois le procédé de construction, d’assemblage, ou même le procédé de diffusion.

Alors évidemment, les livres qui ont retenu mon attention ces derniers mois ne couvrent pas tout le spectre, c’est le début d’un rayon de ma bibliothèque personnelle que j’espère étoffer au fil du temps, et qui répond mon début de collection des moyens de captation, à l’amorce de banque de son qui s’installe tranquillement sur mon disque dur, à la panoplie de logiciels de traitement de son que j’apprends à utiliser petit à petit… Je sais qu’il manque des choses pour couvrir raisonnablement le spectre : par exemple, je n’ai pas encore trouvé d’ouvrage sur le son vu par un acousticien, sur les différentes formes d’interview radiophoniques, sur la composition de musique de film, sur l’histoire de la radio du point de vue de ceux qui l’ont faite…

Pour une écriture du son, Daniel Deshays (2006)

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C’est l’un des livres dans lequel j’ai pris conscience du plus de choses sur la fabrication d’objets sonores. Daniel Deshays a construit la bande-son de nombreuses pièces de théâtre et de films, il est responsable de l’enseignement du son à l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre. Dans ce bouquin, on prend conscience de la spécificité du son par rapport à l’image, on comprend l’écoute comme accès instantanée sans vue globale, on conçoit le son comme incarnant le geste plutôt que l’objet, on comprend pourquoi il faut reconstruire l’ambiance sonore que l’on veut rendre plutôt que de l’enregistrer d’un bloc…

On peut aussi regarder une de ses conférences récentes qui s’adresse là un peu plus aux gens du cinéma, et donc plus aux faiseurs d’images. Mais on y comprend quand même pas mal de choses.

Le son, traité d’acoulogie, Michel Chion (2000)

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Celui-là, je viens de le récupérer, je l’ai commandé grâce à chez mon libraire, le site qui permet de trouver un livre chez les libraires près de chez soi, ou de les commander.

Michel Chion est un compositeur de musique concrète. De ce que j’ai vu pour l’instant, son livre est très accessible, qui aborde notamment la question de l’écoute, de ce qu’est le bruit au regard de la musique, il questionne la place des instruments électroniques face à ceux dit acoustiques. Il décrit et étend les réflexions de Pierre Schaeffer.

Dictionnaire de la radio, Robert Prot (1997)

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C’est un dictionnaire au sens premier du terme, qui commence avec Abergel (Jacques), et fini avec Zurfluh (Éliane). C’est un dictionnaire qui s’intéresse plutôt à la radio du point de vue de l’auditeur : peu de choses au sujet des éléments qui composent une émission (pas d’entrée pour conducteur par exemple), mais beaucoup d’informations sur les acteurs de la radio, depuis les débuts jusqu’à 1997. La radio francophone, principalement en France, avec les reporters, créateurs radiophoniques, responsables d’émissions. Les émissions importantes ont aussi leur entrée. En première partie, un texte d’une trentaine de pages retrace l’histoire de la radio, depuis les balbutiements techniques jusqu’à la RNT.

Le guide de la voix, Yves Ormezzano (2000)

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Le docteur Yves Ormezzano est ORL-phoniatre. C’est un docteur de la voix. En près de 500 pages, avec un ton très accessible, il vulgarise pour le lecteur non expert toutes les questions liées à la voix : l’anatomie, les mécanismes de production de la voix, les maladies, les risques associés à la pratique. Il s’adresse aux chanteurs, acteurs, gens de radio, enseignants, à tout ceux qui travaillent avec leur voix. Plein de choses intéressantes, qui aident à comprendre des comment travailler la voix : le mécanisme lourd et le mécanisme léger, la variation de la voix au fil de la journée, de la vie, la manière de se placer pour bien exploiter sa voix… Voilà une référence intéressante, car la voix est un élément important de la création sonore.

Guide de la théorie de la musique, Claude Abromont et Eugène de Montalembert (2001)

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Ce guide permet à un néophyte comme moi d’avoir les points d’entrée théoriques sur ce qu’est la musique, depuis la construction des notes jusqu’à l’écriture musicale, en passant par les concepts de rythmes, durées, tonalités, accords, etc. J’aime particulièrement l’approche scientifique de la construction du livre, qui fait écho à l’aspect très scientifique de la construction de la musique.

Musiques contemporaines, perspectives analytiques, 1950-1985, Jean-Yves Bosseur et Pierre Michel (2007)

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Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion d’interviewer Jean-Yves Bosseur lors de son passage à Clermont-Ferrand pour le festival Musiques Démesurées. Directeur de recherche CNRS et compositeur, il avait parlé à mon micro de l’écriture de la musique… Le livre proposé ici parcourt trente œuvres centrales dans l’histoire de la musique contemporaine, et pour chacune d’elles propose quelques éléments de la partition, et détaille l’objet de la pièce. Un peu loin de la création sonore, il constitue tout de même des éléments de réflexions sur les questions de rythme, de structure, d’écriture et de composition.

Les fous du son, Laurent de Wilde (2016)

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Il y a quelques mois, j’avais parlé ici de ce livre, dans un billet consacré à la musique électronique. Avant de lire ce livre, j’avais du mal à comprendre ce qu’était un synthétiseur, pourquoi c’était un instrument intéressant, ce qu’il permettait de produire… Maintenant, j’en ai un peu moins peur, jusqu’à l’intégrer dans une création sonore récente.

Et après…

Évidemment, lire c’est important, mais il faut écouter aussi, et faire.

Suite aux conseils de plusieurs amies, je suis en train d’écouter Grande traversée : Women’s power, les nouveaux féminismes, une série proposée cet été par Charlotte Bienaimé. Plus loin dans le spectre, j’écoute aussi beaucoup Radio Mulot, une radio nantaise, manifeste poétique. Beaucoup de belles propositions. On peut aussi aller fureter sur le perce-oreilles, un site qui agrège plein de contenus…

En ce moment, je suis en train de réaliser le deuxième volet d’Interface, une fiction radiophonique avec ma fille, et je commencerai bientôt l’habillage de Sensation, la nouvelle émission que je commence cette année avec Lise et Cécile. Que du bon !

Et puis je prépare avec une grande assiduité l’atelier que je vais co-animer cette année avec les gens de Radio Campus, pour le Service Université Culture : l’atelier balade sonore, avec un bel objectif de création sonore… Restez connectés !

Édit : la suite des lectures sur la création sonore, quelques semaines plus tard, à lire sur création sonore : continuons à lire.

Régler le pré-ampli de son enregistreur

Il y a eu un bon paquet de discussions techniques à Utopie Sonore, notamment avec Serge aka Blast. L’une de nos discussions a porté sur la qualité des pré-ampli dans les appareils tels que le zoom H4n ou le Tascam DR40. Pour peu qu’on le couple avec un micro dynamique un peu vieux tel que le seinnheiser MD 21, on se retrouve très vite avec du souffle (aussi appelé bruit). Un léger parasite qui empêche d’entendre le silence, et qui nuit souvent à l’esthétique de la prise de son.

bruit

Parmi les pistes évoquées pendant nos discussions pour réduire ce souffle, deux semblaient intéressantes.

La stratégie du pré pré-ampli

La première consiste à utiliser un pré pré-ampli. Oui, ça fait bizarre comme ça, mais l’idée consiste à placer avant l’enregistreur un petit amplificateur tel que le FetHead Tritonaudio ou le Cloudlifter CL-1, qui amplifient de 22dB le signal en utilisant l’alimentation fantôme de l’enregistreur, et semblent être très plats. l’idée est d’éviter de trop solliciter le pré-ampli en le laissant dans sa zone « de confort ». On rencontre sur internet quelques sites internet qui évoquent cette idée. Bon, mais c’est un petit investissement, alors n’y a-t-il pas autre chose de plus simple à faire ?

La stratégie du -12dB

La description

Toujours d’après Serge, l’affichage des niveaux sur les enregistreurs numériques ne représente pas réellement le niveau tel qu’on l’entend en analogique (c’est-à-dire n’est pas un VU-mètre), mais serait plutôt un Quasi PPM, qui suivant les normes aurait l’équivalent du zéro analogique plus proche du niveau de test, c’est-à-dire aux alentours de -12dB (voire plus bas d’après Serge). Au delà de cette valeur, les pré-ampli de ces petits appareils seraient sur-exploités.

Une piste pour réduire le souffle serait donc de ne pas pousser l’enregistreur jusqu’à 0dB, mais plutôt de le faire plafonner à -12dB, tout en enregistrant avec une qualité numérique élevée (wav à 24 bits). Il suffirait ensuite d’utiliser une normalisation numérique afin de retrouver un niveau de voix correcte, sans pour autant perdre trop de détails. Pendant les discussions, on a tout de même évoqué le problème du casque de monitoring, qui devient quasiment inutilisable, car le son enregistré est très faible. Là encore, la suggestion serait d’utiliser un casque avec une faible impédance, comme un casque de smartphone…

Les tests

Je me suis dit que c’était quelque chose de facile à tester. Il suffit en effet de faire deux enregistrements distincts (l’un à 0dB, l’autre à -12dB), puis de comparer les deux. Dans l’idéal, on devrait enregistrer exactement la même chose pour faciliter la comparaison. Alors j’ai pris mon enregistreur et mon micro, je les ai installés face à une enceinte de monitoring, et j’ai joué deux fois de suite le même son…

J’ai alors récupéré les deux sons, puis je les ai normalisés, et j’ai ensuite écouté et regardé le spectre des deux enregistrements pour tenter de les différencier.

normalisation préampli_captation -2dB.wavnormalisation préampli_captation -18dB.wav

Spectres des enregistrements à comparer

Dans l’ordre : avec le pré-ampli à -2dB, avec le pré-ampli à -18dB

Les spectrogrammes ne permettent pas de différencier les deux enregistrements… Je mets ici aussi pour comparaison les deux fichiers (convertis en mp3) pour une comparaison à l’oreille :


À l’oreille aussi, il est difficile de distinguer les deux enregistrements. En conclusion, la différence entre les deux enregistrements n’a pas été perceptible dans mon cas de test. Peut-être est-ce dû au bruit ambiant (les enceintes ont un tout petit souffle). À réessayer dans d’autres conditions donc, peut-être avec une voix en direct…

La présidentielle n’aura pas lieu

Il y a quelques jours, nous étions à Utopie Sonore avec Noémie et Théo de Radio Campus. Pendant cette rencontre, les organisateurs avaient prévu des discussions et des échanges, mais aussi préparé quelques défis à la création. C’est ainsi qu’en arrivant nous avons découvert l’invitation à création intitulée la présidentielle n’aura pas lieu, qu’ils décrivaient ainsi :

Sous ce titre et en échos à la proposition littéraire de Lundi Matin, construire de petites capsules fictionnelles, d’anticipation, discursives ou juste vénères. En matières préalables, vous disposez des rushes des participants ayant enregistré pendant le mouvement du printemps. Les fichiers-matière sont courts (quinze minutes maximum) et explicitement nommés.
Les capsules présidentielles ne devront idéalement pas dépasser les dix minutes. En fin de réalisation, elles seront notamment proposées à Radio Cayenne pour une diffusion Place du Bouffay, à Nantes (pendant l’Université d’été des luttes).

Proposition initiale

Le top départ a été lancé 24 heures avant la restitution, mais nous étions tous tellement pris dans les ateliers et rencontres que c’est quelques heures avant l’heure fatidique que nous nous sommes lancés dans la création. Noémie a travaillé de son côté avec une amie pour réaliser sa réponse à la contrainte.

Microkorg

Avec Théo, nous avons aussi décidé de répondre à l’appel. Dès le début, nous avions envie de placer notre création en contrepoint de la contrainte. Nous n’avons donc pas utilisé la banque de sons proposée, mais avons plutôt pris du temps pour construire nos propres sons, en enregistrant différentes textures et matières. Nous avons bien sûr intégré le formidable larsen micro-contact dans notre création, mais c’est je crois la découverte d’un MicroKORG qui a le plus alimenté notre création. Ajoutez à ça un micro seinnheiser MD 21 saturé à outrance, et notre composition était prête.

Dans notre proposition, l’état d’urgence est guidé par des intérêts financiers, et les citoyens sont invités à marcher au pas, à se goinfrer de frivolité.

(télécharger la version studio)

Le soir même, cette pièce de 2mn21 a été diffusée en introduction des autres propositions. L’originalité de sa forme résonnait comme un générique de début à cette série de diffusions.

Version live

nanoKontrol2

Et puis le lendemain matin, pendant le petit déjeuner, on réfléchissait avec Théo à ce que nous allions proposer à l’antenne de Radio Friture. Il n’a pas fallut attendre longtemps pour que l’on se décide à rejouer la pièce en live, avec le MicroKORG et le seinnheiser MD 21 pour les sons en direct, et un contrôleur midi pour rejouer les sons enregistrés.

Il faut dire que les copains de Friture sont des gens bien gentils, parce qu’ils ont tout de suite accepté notre proposition. On a donc passé une ou deux heures à préparer nos outils et à réviser notre set. On avait tout de même prévu une partition pour ne pas partir dans tous les sens…

Au final, on a un peu fait évoluer la pièce pour le live, et on l’a un peu rallongée, mais l’esprit est resté le même, et on s’est vraiment éclatés !

(télécharger le live)

presidentielle

Mes projets radiophoniques

Je profite de ce billet pour glisser un lien vers le site où je regroupe toutes mes créations radiophoniques. On y retrouve notamment notre version de la présidentielle n’aura pas lieu, dans ses deux versions.

Fabriquer son micro contact

En arrivant à Utopie Sonore, j’avais dans mes valises un peu de matériel, pour improviser des ateliers autour du fait main et de l’expérimentation. Je ne savais pas si ça allait intéresser des gens, alors je n’avais rien annoncé en amont de l’événement. Pendant la réunion de présentation, j’ai tout de même évoqué les deux idées que j’apportais : la réalisation de bonnettes de micro, et l’expérimentation autour de micro contacts, ou disques piézo-électriques.

Et bien il faut le dire, les deux ateliers ont plutôt bien marché : j’ai écoulé tout mon stock de tissu, et au moins 8 participants sont repartis avec des bonnettes.

fabrication de bonnettes
capteurpiezo

Les bonnettes, j’en avais déjà fait, mais jouer avec un micro contact, c’était la première fois. Pour faire simple, il s’agit d’utiliser un petit disque d’un matériau un peu spécial, qui transforme les vibrations en courant électrique. En collant la pastille sur une surface, on récupère donc ses vibrations, et on en fait du son. Un jouet idéal pour bidouilleurs de son, d’autant que ça coûte moins d’un euro !

Et pour compléter cette première idée, une participante d’Utopie Sonore a évoqué dans sa présentation l’enceinte qu’elle avait amenée : une enceinte sans membrane, mais qui transforme n’importe quel objet en un haut-parleur.

Rock R2

Et comme j’étais avec Théo, le bidouilleur fou de Radio Campus Clermont-Ferrand, on s’est très vite demandés : peut-on faire un larsen avec un micro contact et une enceinte de son par vibration ? Il ne fallait pas plus pour initier un atelier improvisé…

soudure

Nous avons donc démarré un atelier soudure, pour assembler une prise XLR, un câble blindé audio et un contact piézoélectrique. Après quelques bricolages, et à l’aide d’un enregistreur, nous avons ainsi assemblé l’enceinte et le micro-contact, puis nous nous sommes précipités sur la cuve métallique abandonnée derrière la maison de Geneviève… Et nous avons obtenu très vite la réponse : oui, on peut faire un larsen avec ce montage ! Et il est beau en plus ! L’enregistreur que nous avons utilisé a quelques problèmes de parasites dans la prise, donc le son n’est pas pur, mais je vous laisse tout de même y jeter une oreille…

Ce qui est particulièrement amusant avec ce larsen, c’est que même si on approche émetteur et récepteur, il ne part pas dans des niveaux de volumes à tout casser : il reste stable… On peut donc jouer très facilement avec !

On était tellement fiers de notre performance qu’on est allés le raconter au micro de Radio Friture, une super radio itinérante qui a posé ses micros à Utopie Sonore pendant tout le week-end. On leur a même refait un larsen en direct en utilisant une petite boîte en métal comme caisse de résonance…