Faire son trousseau-suisse avec Meccano

Par les hasards d’internet, je me suis trouvé à regarder la vidéo de présentation de KeySmart. Le principe, c’est d’avoir un trousseau de clé bien rangé, chaque clé comme une lame d’un couteau suisse.

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Ça semble tellement simple à faire que j’ai réuni mes Meccano et me suis lancé dans la confection de mon propre trousseau. Voilà en quelques images la réalisation, suivie de quelques indices de bonne réalisation.

Clés suisses (1)Clés suisses (2)Clés suisses (3)Clés suisses (4)

Le trousseau-suisse en action.

Pour commencer, il faut identifier les clés trop grosses, et ôter toutes les parties inutiles. Dans le cas de ma clé de voiture, la partie plastifiée est là uniquement pour la déco (edit : en fait pas tant que ça, elle contient la puce anti-démarrage, donc on ne peut pas juste enlever la partie plastifiée sous peine d’avoir une voiture qui ne démarre pas). Je l’ai retirée. On sort ensuite toutes les clés de son trousseau, puis on sort les Meccano.

Démonter ses grosses clésDéfaire les clés de son trousseauRéunir ses meccano

Démonter les parties des clés inutiles, défaire ses trousseaux de clés, réunir ses Meccano.

Quelques idées que j’ai explorées pendant cette réalisation :

  • Utiliser le principe du contre-écrou pour vous assurer que les vis ne se déferons pas au fil du temps. On peut aussi utiliser des écrous autobloquants, qui contiennent une bague de caoutchouc. Il en existe dans les set Meccano récents.
  • Puisqu’il y a deux vis dans le petit montage que je vous propose, autant ne pas mettre les contre-écrous du même côté afin d’équilibrer l’ensemble et de permettre le passage des clés du côté A au niveau du contre écrou du côté B.
  • Il arrive que des clés aient un trou trop fin pour l’axe des vis Meccano. Pour cela, on opte tristement pour une solution alternative, avec un boulon non standard, dont la vis sera plus fine.
  • On peut utiliser de petits éléments Meccano pour déporter une partie des clés et ainsi réduire l’épaisseur globale. Ces éléments déportés peuvent être placés à l’intérieur ou à l’extérieur des deux montants principaux. On peut par exemple déporter les clés qui ont des petits trous, afin de garder les deux axes principaux de section standard.
  • Utiliser de petits disques de feutrine (type patins anti-bruit pour mobilier) afin de bloquer les clés aux trous trop grands (exemple de la clé usb).

Et voilà ! On vient d’économiser vingt dollars, et on s’est bien amusés…

Mesurer la performance d’une bonnette de micro

Il y a quelques mois, je me suis équipé d’un couple de micros ORTF. Couplé à un enregistreur muni d’entrées XLR, ces micros permettent de faire des captations en stéréo de très bonne qualité. Le modèle que j’ai choisi, un Superlux S502 a l’avantage principal d’être nettement moins onéreux que la plupart de ses équivalents du marché. Il est fourni avec des petites bonnettes en mousse dites anti-pop, qui sont utiles quand on fait une prise de son en intérieur. Mais en extérieur, ou quand on déplace le micro, le déplacement de l’air sature immédiatement le micro.

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Réalisation d’une bonnette anti-vent

Je me suis donc lancé dans la confection d’une bonnette anti-vent. Un petit tour chez un revendeur de tissu en gros, et j’ai mis la main sur une belle imitation fourrure, au poil long, et au tissu de support plutôt fin. Ensuite, il suffit d’une paire de ciseaux, d’une aiguille et de fil, et on fabrique facilement une chaussette pour son micro ! Alors bien sûr, on peut aller plus loin et confectionner une structure rigide autour des micros, mais je suis parti sur le principe plus simple d’ajouter la bonnette anti-vent par dessus la bonnette anti-pop. Reste tout de même une question : de combien le son est-il atténué avec cet assemblage de filtres ? Ne perd-t-on pas trop de fréquences ? Qu’en est-il du spectre ?

Je me suis donc lancé dans un petit atelier pour commencer à visualiser ça.

Mesures d’atténuation

Pour mesurer l’atténuation causée par l’utilisation successive des différentes bonnettes, l’idée est de générer du son qui s’exprime dans toutes les fréquences, puis de l’enregistrer avec les micros, dans chacune des configurations de bonnettes, puis d’utiliser un spectromètre pour visualiser la puissance du son dans chacune des fréquences qui le composent. Voilà en quelques étapes simples comment réaliser une telle mesure.

Produire du bruit blanc

bruit blanc

Comme le raconte si bien wikipédia, le bruit blanc est « une réalisation d’un processus aléatoire dans lequel la densité spectrale de puissance est la même pour toutes les fréquences de la bande passante. » Pour faire simple, toutes les fréquences (du grave à l’aigu) sont présentes avec la même puissance. Certains utilisent ce bruit pour faciliter leur sommeil (cliquez sur ce lien, vous pourrez entendre du bruit blanc justement), d’autres s’en servent pour créer une texture à une réalisation sonore. J’ai donc repris mon logiciel de son favori et ai utilisé un plugin de génération de bruit blanc. On fait ici confiance à son auteur pour avoir produit un son qui respecte bien la contrainte souhaitée.

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Évidemment, il faut que le système de diffusion du son de l’ordinateur ne coupe pas trop de fréquences, sinon on aurait déjà un spectre amoindri par endroits, et on raterai une bonne partie de l’expérience. L’idéal est donc d’utiliser des enceintes de monitoring. Ce sont ces enceintes que l’on utilise en studio, quand on fait de la création sonore par exemple. Suivant la documentation de la paire d’enceintes, on choisira de les positionner proche d’un mur ou non, et on respectera en général un angle de 45°, les enceintes visant les oreilles de l’auditeur, en un triangle quasiment équilatéral. Il existe beaucoup d’explications très complètes sur la manière de positionner de telles enceintes.

Capter le bruit blanc

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Une fois les enceintes positionnées, on installe le micro de manière fixe à l’emplacement normalement dévolu à l’auditeur. On génère du bruit blanc avec l’ordinateur, via les enceintes de monitoring, et on réalise une captation de 10 à 15 secondes avec chacunes des configurations souhaitées. Dans mon cas, j’ai utilisé deux volumes sonores, et j’ai successivement utilisé les micros nus, les micros avec juste les bonnettes anti-pop, puis les micros avec bonnettes anti-pop et anti-vent. Pour identifier les fichiers, penser dans la première seconde de l’enregistrement à parler pour expliciter la prise (« son faible, micros nus »).

Pour faire ces enregistrements, j’ai utilisé un enregistreur tascam, sur lequel j’ai réglé l’enregistrement sur du wav 24 bit, afin d’avoir le moins de destruction possible lors de l’enregistrement. J’ai aussi vérifié que la puissance sonore ne saturait pas l’installation.

Préparer les fichiers son

Une fois récupérés les fichiers sur l’ordinateur, il s’agit d’extraire de chacun des fichiers une plage de son la plus pure possible, c’est-à-dire sans bruit parasite ni annonce parlée. Pour cela, j’ai utilisé le logiciel wavbreaker qui a le bon goût de couper les fichiers sans ne rien modifier d’autres (pas de ré-encodage, de ré-échantillonnage, etc.). Il existe d’autres outils, comme par exemple shntool, mais j’ai découvert pendant cet exercice que ce dernier ne supportait pas les fichiers wav autrement qu’en 16 bits (le format standard CD). Pour couronner le tout, l’interface graphique de wavbreaker est déroutante de simplicité.

wavbreaker

Pour cet exercice, j’ai donc choisi d’extraire sur tous les enregistrements le passage situé entre la huitième et la treizième seconde. Ce sont maintenant ces morceaux propres que nous allons étudier.

Visualiser le spectre du son enregistré

La dernière étape consiste à visualiser le spectre de ces échantillons. Pour cela, j’ai utilisé le logiciel spek, qui fait les choses de manière efficace et simple : on lui donne un fichier en entrée, et il produit en sortie une image représentant un spectrogramme du fichier, où l’on lit sur l’axe horizontal la ligne du temps, sur l’axe vertical la fréquence observée, et par un jeu de couleur la puissance d’une fréquence à un instant donné. Le spectrogramme est accompagné sur le côté droit d’une échelle des couleurs indiquant l’atténuation en décibels, pour une lecture chiffrée du graphique.

Spectre obtenu avec une source sonore puissante, et un micro nuSpectre obtenu avec une source sonore puissante, et un micro équipé d'une bonnette anti-popSpectre obtenu avec une source sonore puissante, et un micro équipé d'une bonnette anti-pop et d'une bonnette anti-vent

Spectres obtenus une source sonore élevée

Dans l’ordre : micros nu, micros avec bonnette anti-pop seulement, micros avec bonnette anti-pop et bonnette anti-vent

Spectre obtenu avec une source sonore faible, et un micro nuSpectre obtenu avec une source sonore faible, et un micro équipé d'une bonnette anti-popSpectre obtenu avec une source sonore faible, et un micro équipé d'une bonnette anti-pop et d'une bonnette anti-vent

Spectres obtenus une source sonore faible

Dans l’ordre : micros nu, micros avec bonnette anti-pop seulement, micros avec bonnette anti-pop et bonnette anti-vent

La première remarque que l’on peut faire, c’est que chacune des bonnettes atténue un peu plus le son. Mais ça, on s’en doutait. Si l’on regarde plus attentivement, on constate que ce sont d’abord les hautes fréquences qui sont atténuées. Du moins, c’est là que le contraste est notablement visible dans l’enregistrement avec la source sonore élevée. À l’inverse, en étudiant la série de spectres issues de l’enregistrement de faible volume sonore, on constate que l’ensemble du spectre est marqué par l’ajout de la bonnette anti-souffle. Cette baisse est bien plus importante qu’avec la simple bonnette anti-pop. C’est compréhensible : les bruits très peu forts seront étouffés par l’utilisation du double dispositif. Peut-être d’ailleurs l’atténuation apparente des hautes fréquences dans les cas de la source élevée est dûe à une atténuation uniforme qui serait plus visible là où le spectre montre une plus faible puissance…

Difficile d’aller plus loin que ces premières analyses sans utiliser plus de connaissances en traitement du signal. Si quelqu’un passe par ici et a quelques idées, je suis preneur ! J’ai bien sûr conservé les sons bruts…

Critiques et prochaines étapes

Plusieurs critiques sont tout de même à émettre dans ce protocole expérimental plus que bancal. Tout d’abord, il n’y a pas eu d’étalonnage de la source d’émission du bruit blanc. Difficile de savoir à quel point les enceintes restituent bien le son dans tout le spectre. Afin de compléter cette étude, il serait intéressant d’utiliser d’autres micros pour comparer le spectre d’émission de ces enceintes, voire utiliser un appareil de mesure plus précis…

On pourrait aussi s’intéresser à comparer le spectrogramme produit par les micros sans bonnettes aux courbes fournies par les spécifications du fabricant. Sommes-nous proches de ce qui est annoncé ?

Enfin, dans ce protocole expérimental, je n’ai fait varier que la puissance du son émis par les enceintes. On pourrait aussi moduler leur distance aux microphones pour étudier la variation du spectre suivant ce paramètre.

Tous les logiciels cités dans cet article sont des logiciels libres, notamment disponibles comme paquets dans la distribution debian.

Un nouveau tiers-lieu à Clermont-Ferrand

Radio Campus déménage ! On quitte le 16 rue Degeorges, accompagnés des trois autres associations historiques, et on s’installe au 22 bis impasse Bonnabaud. Et plus qu’un déménagement, c’est un nouveau début ! On démarre un pôle associatif (le pôle 22 bis) qui sera ouvert sur la ville, où on pourra venir déjeuner le midi, écouter des concerts le soir, organiser des réunions… Et pour que tout cela se réalise, il ne manque pas grand chose à notre budget… Allez faire un tour sur l’appel à financement participatif, on a jusqu’au 8 juillet pour récolter l’argent qui nous servira à faire les travaux de la salle principale.

les nouveaux locaux

Pour aider le pôle 22 bis à bien commencer, partagez le lien et participez à notre financement participatif : http://fr.ulule.com/pole-22bis/ !

ESS, tiers-lieu, potlatch, ces mots vous parlent ? Ce sont les mots à la mode pour parler de ces beaux projets de partage et de collaboratif qu’on a tous déjà un peu vécu… Une maison de quartier, une association, des gens qui partagent, sans que la dimension commerciale soit invoquée…

Il existe ou il a existé plusieurs projets de lieux participant de cette dynamique à Clermont-Ferrand. On peut penser à l’atelier jaune, la maison de quartier autogérée qui aura duré deux années, on pense aux squats comme l’hôtel des vil-e-s, à des lieux emblématiques comme le Raymond bar, ou encore à LieU’topie, avec son lieu de vie partagée pour les étudiants. Plus proche de l’économie classique, on trouve aussi Épicentre, le local 19, le BO collectif pour le co-working. Mais à nos yeux, aucun lieu ne ressemblait au nouveau pôle 22 bis.

Dans ce lieu, il y aura des associations résidentes, et de la place pour accueillir plein d’autres projets : un espace détente, avec des canapés, pour réfléchir et rêver, un espace travail pour avancer à plusieurs et construire ensemble, et enfin un espace polyvalent de 55m2 pour organiser des rencontres, des événements. C’est pour réaliser tout ça qu’on a besoin de votre aide financière… Toute contribution sera la bienvenue sur notre ulule.

Pour participer à la génèse de ce projet, partagez le lien et participez à notre financement participatif : http://fr.ulule.com/pole-22bis/ !

Nuit Debout Clermont: Atelier accès à l’information, liberté et autonomie

Cela fait maintenant plusieurs semaines que je participe de près ou de loin à Nuit Debout Clermont-Ferrand : participation aux AG, discussions, etc. À la radio, on a bien sûr couvert l’événement avec une émission spéciale, puis une hebdomadaire.

Mais depuis le début, quelque chose me chagrinait : le fait que les militants de Nuit Debout à Clermont-Ferrand soient peu attentifs aux outils de communication qu’ils utilisaient. Les informations passent passivement par facebook, notamment, alors qu’il existe beaucoup d’outils alternatifs utilisés au niveau national, ou à Paris. J’ai donc proposé à la commission animation un atelier sur l’autonomie et les libertés individuelles sur internet. On a mis du temps à trouver une date, mais ça s’est finalement passé ce week-end.

Le compte-rendu de cet atelier participatif est disponible en ligne, sur le wiki de nuit debout. N’hésitez pas à le consulter, et à me faire des retours sur la structure. Ils s’agissait ici de faire de l’éducation populaire autour de ces outils, des enjeux liés au fait d’utiliser des services liberticides, et des solutions envisageables. L’un des points d’entrée pour comprendre ces problématiques, c’est bien sûr le principe « si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ». L’idée que si on est utilisateur d’un service qui nous est offert gracieusement par une firme à but lucratif, c’est forcément qu’elle vend quelque chose à quelqu’un d’autre. Et puisqu’elle ne nous offre pas le service pour la beauté du geste, c’est donc qu’elle monnaie auprès d’autres le fait qu’elle nous offre ce service.

internet

Pendant une heure, on a donc pris le temps de répondre à différentes questions ! que faut-il pour faire fonctionner internet, depuis les infrastructures jusqu’aux humains, en passant par les logiciels ; comment se financent les acteurs du net, en décortiquant les modèles économiques classiques du domaine ; quelles conséquences, quels enjeux pour le citoyen, qui voit ses libertés individuelles disparaître aussi vite qu’il poste sur twitter ; et enfin quelles solutions pour pallier ça, avec beaucoup de solutions, comme celles proposées par framasoft, ou FDN.

C’était un beau moment d’échange, et j’espère que ça sera l’occasion pour certains des nuit-deboutistes de faire avancer leurs pratiques…

Musique électronique

QBasic

J’ai très tôt été sensibilisé à la musique électronique. Je pense au début grâce à Max, un animateur sur Fun Radio qui dans les années 90 proposait la nuit un univers éclectique, se promenant entre l’Adagio d’Albinoni et la psy trance. C’était l’époque de mes premiers CD, avec bien sûr l’incontournable Homework de Daft Punk. À la maison, on avait aussi une K7 de Jean-Michel Jarre, sans doute Oxygene. Alors j’ai grandit avec dans les oreilles du son électronique plutôt commercial certes, mais qui affûte l’oreille. C’était aussi le moment où je découvrais l’informatique, avec quelques années de retard, baignant dans les technologies du début des années 90 et d’avant. Bidouiller, programmer, créer avec un clavier. C’était plus le graphisme des jeux que je créais qui accaparaient mon intérêt, mais la puissance de ces outils faisait vraiment rêver.

Quand je suis arrivé à Clermont-Ferrand, j’ai découvert Space Plumber, le one-man band au doux son 8 bits, réhaussé d’un Thérémine.

space plumber

Waw ! Un instrument électronique datant des années 20, c’est possible ! Découvrir ce son produit électroniquement, qui faisait penser à la scie musicale, avec ce glissando parfait, continu, souple à l’infini… Quelle découverte ! Et puis François Arbon, le musicien de Space Plumber, facteur d’instruments électroniques plus fous les uns que les autres, j’ai vu combien on pouvait bidouiller pour produire du son, tout comme j’avais bidouillé mes premiers programmes dans les années 90.

theremine

Ces derniers temps, quand François a démarré avec Jimmy Virani la formation Fourrure, on a vu à Clermont-Ferrand la première formation de deux joueurs de thérémine, et l’exploration de sons assez pop, mais grattant tout de même vers l’expérimental, avec l’électrification de plusieurs instruments acoustiques traditionnels. Quelque chose de vraiment intéressant, à la frontière entre musique électronique et acoustique.

De tout cet univers de bidouilles, je connaissais assez peu de choses. Pour moi, les synthés des groupes de pop-rock n’avaient rien à voir avec toute cette ébullition sonore. Et puis j’ai lu Les fous du son, que Laurent de Wilde vient de publier aux éditions Grasset.

Les fous du son sur un synthé d'enfant

Ça se lit comme un roman, avec des héros, des éléments perturbateurs, des rebondissements, des tragédies et des bonheurs. On est tenus en haleine du début à la fin, depuis les premières découvertes d’Edison jusqu’aux prémices de la musique informatique. Passionnant, trépident, accessible au néophyte, et extrêmement bien documenté, pour alimenter la curiosité des passionnés. Un très beau bouquin, qui raconte comment des explorateurs, à la fois inventeurs et musiciens, ont su explorer la frontière des possibles, repoussant les limites imposées par la technique du moment pour en tirer de nouveaux sons. On pense bien sûr au GRM, à des explorateurs comme Bernard Parmegiani (dont j’ai gloutonnement utilisé l’univers sonore dans la première variation d’Interface). On pense à toutes les propositions du festival Musiques démesurées, autour de la musique électro-acoustique… Toutes ces explorations qui se placent dans la continuité directe des fous de son évoqués dans le livre de Laurent de Wilde…

Mais ces sons complètement révolutionnaires ne restent pas cantonnés aux expressions musicales expérimentales, et plus on avance dans les années 70 et 80, plus Laurent de Wilde cite les formations de rock, pop, musique psychédéliques qui incorporent ces instruments du futur dans leurs albums. On pense bien sûr à des précurseurs, comme Kraftwerk, mais aussi les Pink Floyd, ou même Stevie Wonder !

Le livre se fini sur une belle ouverture, en rappelant que si la suite de l’aventure a été menée dans le monde de l’informatique avec la MAO, la question de l’interface entre l’instrument et le musicien, véritable quête menée autour de l’affranchissement du clavier, est plus que jamais d’actualité : aucune alternative universellement adoptée n’a été proposée pour interagir avec le son produit par les machines du XXIe siècle…

La maison des feuilles

Il y a quelques temps, en me promenant sur l’internet, je suis tombé sur la description d’un livre qui a attiré mon attention. Je l’ai vite trouvé d’occasion, et j’ai pris quelques semaines pour le lire. Il est tout simplement génial ! La maison des feuilles, roman apathique par sa forme, est le premier roman de Mark Z. Danielewski.

la maison des feuilles

La typographie et la mise en page sont un des personnages principaux de ce roman ; la forme vient renforcer, alimenter, voire éclairer nombre de rebondissements de l’histoire principale. Par sa forme d’écriture aussi, ce roman est atypique. On ne suit pas une seule histoire, mais un empilement de narrations, qui s’empilent, pour commenter et retracer un événement initial surréaliste : tout commence quand Will Navidson décide avec sa famille de s’installer dans une maison pour tenter de sauver sa vie. Reporter inconditionnel, Will décide de filmer cette installation, mais très vite un élément déclencheur vient perturber cette installation sereine. Une pièce apparaît soudain dans la maison, qui devient plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Ce qu’on lit, ce n’est pas l’histoire de Will Navidson et de sa famille, mais l’analyse filmique de la série de documents qu’en ont tiré les protagonistes de l’histoire. Analyse filmique rédigée par un certain Zampanò, et qui fait référence à de nombreuses autres publications sur le sujet, qui parsèment en référence le livre.

Et pour ajouter au mille-feuille de ce roman, on comprends en lisant la maison des feuilles que l’analyse filmique de Zampanò a été retrouvée à l’état de brouillon par Johnny Errand, un type à la vie chaotique, qui entreprend de finir de mettre en forme cette étude. Chemin faisant, il parsème de notes l’écrit initial, retraçant son enquête puis sa vie de junkie.

Le lecteur, loin d’être perdu, se laisse guider à travers ce dédale, découvrant petit à petit l’aventure incroyablement surréaliste de Will Navidson, et les errances de Johnny Errand. La lecture est grandement facilitée par un jeu sur les polices de caractères et un énorme travail de mise en page, les 700 pages du roman se parcourant avec une très grande facilité.

Intriguant, passionnant, drôle, élégant, perturbant, voilà un roman que je vous conseille !

Nouvelle vie scientifique

Il y a maintenant quelques années, j’étais recruté comme maître de conférences à l’Université d’Auvergne. J’avais rejoins un laboratoire dont la problématique se focalisait sur la réalité augmentée au service de la chirurgie. Bien que loin de mes problématiques scientifiques initiales, j’avais espéré réussir à construire un projet personnel au sein de cette équipe. Malheureusement, le temps a montré que je n’arriverais pas à m’y épanouir sereinement.

En particulier, le projet scientifique de l’ISIT est guidé par une problématique appliquée identifiée (l’amélioration des outils pour la chirurgie), et on cherche ici à explorer des pistes scientifiques qui répondent à ces questions. De mon côté, j’ai une plus grande affinité avec une démarche exploratoire un peu différente : partir de questions plus fondamentales et abstraites, proposer des approches scientifiques originales, puis interroger l’environnement (industriel, culturel, scientifique) pour proposer ces approches méthodologiques comme réponse à des questions ouvertes.

À l’occasion de la fusion des universités clermontoises à l’horizon 2017, j’ai donc entrepris avec deux collègues un rapprochement avec le LIMOS, une UMR CNRS du site clermontois. Nous avons donc rejoint un thème de recherche initialement focalisé sur l’image et l’apprentissage, et avons participé à sa nouvelle redéfinition. Ainsi démarre le thème G4 (pour Géométrie, imaGes, apprentissaGe et alGorithmes) de l’axe MAAD (Modèles et Algorithmes de l’Aide à la Décision). Nous sommes pour l’instant 7 enseignants-chercheurs à démarrer cette activité, qui je le crois sera un véritable espace d’épanouissement personnel et collectif.

Aller hop, vous pouvez regarder la vidéo promotionnelle du thème G4 réalisée par la Maison Innovergne :

Sur la déficience visuelle

Conférence-débat sur la déficience visuelle

Le 4 février dernier, j’ai animé une après-midi de conférence-débat autour de la déficience visuelle, qui avait pour objectif de sensibiliser aux problématiques liées à ce handicap, depuis la vie quotidienne jusqu’à l’insertion professionnelle, en passant par l’accès au savoir. Cette vidéo était filmée, et le service de l’université bien de mettre en lien la vidéo que je vous invite à visionner, pour comprendre un peu plus les défis qui jalonnent la vie d’un non voyant ou d’un mal voyant.

La vidéo commence par l’intervention d’Emmanuelle Feschet, qui parlait pour le Service Université Handicap.

Cette conférence a été l’occasion de discussions très enrichissantes, et plusieurs acteurs de la place clermontoise ont également appris à se connaître. Une belle initiative portée par des étudiants du département GEA de l’IUT de Clermont, j’étais vraiment content d’y participer.

Audiodescription au court métrage

Quelques jours plus tard, j’ai interviewé pour Radio Campus les réalisateurs des différentes audiodescriptions projetées pendant le festival international du court métrage. C’est la troisième année que j’interview Bruno Darles et ses lycéens, mais cette année, j’ai aussi pu discuter avec les non voyants qui ont travaillé sur le sujet. Je vous invite à les écouter, c’est très instructif sur ce moyen d’accès au cinéma pour les déficients visuels.

D’ailleurs, restez vigilants, parce que l’année prochaine, on passe à l’action, et l’audiodescription aura encore plus sa place au festival !

Interface

Ça y est, le projet qui me tient réveillé toutes les nuits depuis plusieurs semaines vient de sortir… Enfin du moins, le premier volet de la série intitulée Interface. Il s’agit d’une création sonore que j’ai initiée à la fin de l’année dernière, grâce aux chaleureux conseils de Catherine. Petit à petit, j’ai rassemblé mes idées, puis construit un projet de cheminement radiophonique autour de la question de la place de la technique dans les sciences.

Pour réaliser cette émission, je suis allé tendre mon micro dans différents laboratoires de Clermont-Ferrand, pour écouter les gens, mais aussi capter l’univers sonore de leur quotidien. J’ai aussi choisi quelques textes, et c’est François Fabre qui les as lus. Et puis Noémie a donné sa voix pour les sous-titres. Ensuite, j’ai ajouté un peu d’ambiances musicales de Kraftwerk et de Parmegianni, puis saupoudré d’extraits de films et d’archives diverses. Un peu de ma voix, et c’était fait…

Les prochains épisodes sont prévus dans 2 mois et 4 mois… Affaire à suivre !

Edit : grâce au réseau Radio Campus France, et à son partenariat avec France Culture, cette première variation d’Interface est diffusée sur France Culture Plus !

Techniques cartographiques et analyse spatiale

J’ai toujours été passionné par les cartes et les plans. C’est la première chose que je cherche à avoir entre les mains quand je découvre une nouvelle ville. Se promener avec les yeux, constater des alignements, des structures, distinguer les quartiers par leur apparence, identifier des vestiges de constructions passées. C’est passionnant.

J’ai eu l’occasion il y a quelques semaines de visiter l’exposition consacrée aux cartes pendant la première guerre mondiale, où l’on peut découvrir beaucoup de choses sur la manière dont l’établissement des cartes est devenu un enjeu capital et un défi scientifique au début du XXe siècle.

L’IGN des années 50

En continuant à explorer ces questions, j’ai regardé il y a une semaine avec un grand intérêt du documentaire La naissance d’une carte de l’IGN datant des années 50, qui explique par le détail les innovations scientifiques, techniques et humaines mises en place pour construire les cartes telles que nous les connaissons aujourd’hui.

La persévérance et la rigueur déployées pour établir ces cartes sont vraiment impressionnantes. On y découvre aussi la maîtrise des techniques récentes de la mécanique, de l’optique ou encore de l’électronique, avec des ateliers équipés d’appareils de restitution stéréo photogrammétriques, ou encore un ordinateur (lisant des cartes perforées) servant à uniformiser et corriger les erreurs de triangulation…

Histoire urbaine

Cette semaine, j’ai aussi dévoré le livre Analyse spatiale, cartographie et histoire urbaine de Jean-Luc Arnaud, publié en 2008 aux éditions parenthèses.

C’est en découvrant cet ouvrage que j’ai compris un peu mieux ce qui me fascinais dans ces constructions graphiques. J’ai ainsi rencontré le domaine scientifique qui explore ce sujet que je pratiquais vaguement par curiosité citadine : l’analyse spatiale, et plus encore, son utilisation pour l’exploration du passé des cités, et de l’histoire des hommes et femmes qui les ont habitées…

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